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«Les aérostats» d'Amélie Nothomb: le salut par la lecture des classiques

Amélie Nothomb
Photo courtoisie, Jean-Baptisme Mondino Amélie Nothomb

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Pour son 29e roman, Les aérostats, Amélie Nothomb s’est penchée sur les grands classiques de la littérature et l’intérêt (ou le manque d’intérêt) des ados pour la lecture. À travers le personnage d’Ange, jeune femme férue de littérature, et de Pie, un ado peu stimulé, elle entraîne ses lecteurs dans une odyssée marquée par l’analyse de grands textes littéraires. Pie connaîtra-t-il le salut par la lecture des classiques?

Le point de départ des Aérostats est né de la propre expérience d’Amélie Nothomb. «Quand j’étais jeune, j’ai été répétitrice de français pour des garçons plus jeunes que moi», écrit-elle, en entrevue par courriel. «Aujourd’hui, je reçois beaucoup de courriers de filles ou de garçons de plus ou moins 16 ans qui me demandent ce qu’il faut lire.»

 La lecture des classiques est un bon départ. «On a tous besoin d’être tirés vers le haut, quel que soit notre âge. La lecture des classiques est un excellent moyen d’y arriver.»

La dyslexie?

Ange, personnage-clé du roman, est une brillante étudiante en philologie qui offre ses services de tutorat pour les jeunes qui éprouvent des difficultés en français. Elle est chargée par Grégoire Roussaire, un homme désagréable et contrôlant, de stimuler Pie, son ado soi-disant aux prises avec un problème d’apprentissage. Le père parle de «dyslexie», mais Ange réalise vite que là n’est pas le problème: c’est plutôt une question d’intérêt et de motivation. 

Voici ce qu’en pense d’ailleurs l’écrivaine. «Je ne pense pas que Pie soit dyslexique. La dyslexie existe, certes, mais comment expliquer l’incroyable épidémie de dyslexie à laquelle on assiste aujourd’hui ? C’est de l’abus de diagnostic. On appelle dyslexiques des gens à qui l’on n’a jamais fait lire un livre en entier.»

Au travail!

Sous la surveillance du riche Grégoire, qui l’épie sans cesse, Ange se met au travail, chargeant Pie de lire classique sur classique. Elle le met au défi de lire des textes écrits par Homère, Stendhal, Kafka, Raymond Radiguet. Dans la maison cossue de la famille de Pie, à Bruxelles, Pie et Ange analysent brillamment l’Iliade et l’Odyssée, se relancent sur les grands thèmes de ces histoires qui ont traversé les siècles. 

Amélie Nothomb, d’ailleurs, aime beaucoup les textes anciens d’Homère. «Je raffole de son rythme, de son sens du détail, de son foisonnement d’épithètes.»

Curieusement, l’ado de 16 ans n’a jamais lu un roman en entier, mais il se passionne pour les mathématiques, les zeppelins et les aérostats. Sous la gouverne d’Ange, il progresse de manière fulgurante, analyse, réfléchit. Le père est stupéfait. 

«Ange est bienfaisante parce qu’elle refuse la niaiserie du discours actuel. Elle est allergique à la démagogie», note Amélie Nothomb. L’écrivaine partage d’ailleurs deux traits de personnalité avec son héroïne, dit-elle: «l’intransigeance et le refus de la facilité».

Un ado intelligent

Pie a tout un sens de la répartie. «Pie est extrêmement intelligent. Pour avoir eu une correspondance avec tant de garçons et de filles de plus ou moins 16 ans, j’ai observé une récurrence de l’intelligence admirable à cet âge», commente-t-elle.

«À chaque fois, j’y crois. Je me dis : “Voilà un nouveau génie !” Et dans 99,9 % des cas, cinq ans plus tard, il n’en reste pas grand chose. L’individu est rentré dans le rang, la fulgurance est finie.»

Amélie Nothomb rêve-t-elle, comme Pie, de voir Bruxelles du haut des airs à bord d’un engin volant d’un autre temps? Il semble bien que oui! «Quoi de plus beau qu’un zeppelin? Oui, j’aurais adoré voyager dans ce genre d’aérostat!»

Les aérostats<br/>
Amélie Nothomb<br/>
Éditions Albin Michel<br/>
environ 144 pages.
Photo courtoisie
Les aérostats
Amélie Nothomb
Éditions Albin Michel
environ 144 pages.