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«Civière 41» de Catherine Cloutier-Charette: lumière sur la bipolarité

Catherine Cloutier-Charette
Photo courtoisie, Sarah Scott Catherine Cloutier-Charette

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Abordant avec franchise et aplomb de graves questions de santé mentale – les troubles bipolaires –, Catherine Cloutier-Charette signe un premier roman coup de poing inspiré de son vécu, Civière 41. Écrit dans l’urgence de se vider le cœur, le roman raconte les défis de Flavie, une jeune héroïne qui doit reconstruire sa vie, petit bout par petit bout, même quand tout s’écroule. 

En entrevue, Catherine Cloutier-Charette parle avec simplicité et beaucoup d’ouverture de son projet littéraire et de ses problèmes de santé mentale. Ce n’est pas la première fois qu’elle les aborde publiquement, puisqu’elle tient un blogue, L’Emmèredeuse, suivi par plus de 47 000 personnes. Mais elle rêvait depuis toute petite d’écrire un roman.

«Il fallait que ça sorte. Je ne savais pas ce que ça allait donner mais ça bouillait à l’intérieur de moi. C’est venu naturellement de parler de ça et il y a beaucoup de moi dans Flavie», dit-elle.

Flavie est un peu son alter ego, même si ce n’est pas elle. Il y a beaucoup de passages romancés et les autres personnages sont fictifs. «Tout ce qui est au niveau du ressenti, des émotions, c’est très proche de moi. J’ai eu un diagnostic de bipolarité. J’ai aussi fait une psychose et je connais ce sujet. C’est vraiment sorti de mes tripes.»

Briser les tabous

Psychose... un mot terrifiant. «Je me suis ouverte sur mon blogue, sur les réseaux sociaux. J’ai sorti ce livre et j’espère briser un peu les tabous pour qu’on puisse en parler. Ce serait hypocrite de ma part de dire que je ne veux pas en parler. Je n’ai pas honte de ça parce que je pense que le livre est aussi porteur d’espoir.»

Catherine dit qu’elle a une super belle vie, qu’elle aime. «Ça va bien, je suis fonctionnelle. C’est sûr que c’est une maladie avec laquelle je vais vivre toute ma vie, mais je pense qu’il y a de belles choses qui peuvent en sortir aussi.»

Elle trouve que le jugement social est encore très fort et négatif à l’endroit des personnes qui ont un diagnostic de bipolarité. «Le mot bipolarité est utilisé à toutes les sauces : la température est bipolaire... tiens, une autre bipolaire. C’est très stigmatisant.»

Un choc

Catherine a un combat à mener pour retrouver une normalité dans sa vie. «Quand tu as ton diagnostic, c’est un choc et en même temps, un soulagement, parce qu’on se dit que ça peut juste aller mieux à partir de là. On va me donner les outils. Je vais être soutenue. Mais on se cachera pas que le suivi, c’est une autre histoire: c’est quand même assez difficile.»

En cours d’écriture, un processus qui s’est étalé sur deux ans, elle ne s’est pas censurée et s’est laissée porter. «Ce qui a été dur a été de dire, oui, ça fait partie de moi, c’est écrit noir sur blanc. C’est moi et c’est ce que j’avais besoin d’écrire et envie d’écrire. Mais mon conjoint n’est pas capable de le lire : ça fait trop mal.»

Hauts et bas

Dans Civière 41, Catherine décrit comment Flavie passe des nuits à faire du macramé, à suivre des cours en tous genres, dans ses phases de high. Et combien c’est pénible de se retrouver dans une aile psychiatrique, quand son univers s’écroule.

«Des nuits, j’en ai passé à tricoter... j’ai tricoté des tuques à tout le monde que je connais. C’est vraiment ça. Chimiquement, le cerveau est surstimulé. » Son état nécessite un suivi rapproché. « Le plus longtemps que j’ai été sans voir mon médecin, c’est deux mois.»


Un deuxième roman, totalement différent, est en écriture. 

EXTRAIT 

Civière 41<br/>
Catherine Cloutier-Charette<br/>
Éditions Libre Expression<br/>
224 pages
Photo courtoisie
Civière 41
Catherine Cloutier-Charette
Éditions Libre Expression
224 pages

«On entend des fois qu’on ne peut rien faire pour ceux qui ne s’aident pas. Je suis un peu dans cette catégorie. Plusieurs pensent que je ne veux pas aller mieux. Mais c’est que je ne sais plus comment on fait pour trouver du mieux. Et des fois ça me fâche. Les gens veulent que je redevienne comme avant. Mais c’est impossible.

Y a du brouillard entre avant et maintenant.»