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Un gouvernement hyperactif

Après deux années au pouvoir, les troupes caquistes sont en voie de tenir la majorité de leurs engagements

discours Francois Legault
Photo d'archives, Simon Clark À plusieurs reprises depuis son élection, le premier ministre François Legault s’est engagé à « respecter 100 % des promesses électorales ». On le voit ici au Salon bleu de l’Assemblée nationale, lors de son discours d’ouverture, le 28 novembre 2018, alors qu’il avait dressé un ambitieux programme pour son gouvernement.

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Depuis Lucien Bouchard, aucun gouvernement québécois n’avait réalisé autant de promesses que celui de François Legault au moment d’arriver à mi-mandat, et ce, malgré l’effet dévastateur de la COVID-19 sur les finances publiques. 

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Les troupes de François Legault, qui célébreront deux années au pouvoir le 1er octobre prochain, ont réalisé (pleinement ou en partie) 71 % de leurs 251 promesses électorales compilées par le Polimètre de l’Université Laval. Grâce à cet outil développé par le Centre d’analyse des politiques publiques de l’Université Laval, des chercheurs évaluent si un gouvernement a tenu chacune des promesses faites en campagne électorale.

À la même époque, le gouvernement Couillard avait mis en branle seulement 53 % de ses 158 engagements électoraux. 

« C’est quelque chose qu’on voit souvent avec un gouvernement de changement. La CAQ est un nouveau parti politique qui prend le pouvoir pour la première fois », rappelle Lisa Maureen Birch, directrice générale du Centre d’analyse des politiques publiques de l’Université Laval. 

Le bilan caquiste détonne d’autant plus que ses promesses étaient nombreuses en campagne électorale : une centaine de plus que les libéraux en 2014. Les généreux surplus laissés par les années d’austérité libérale ont permis au gouvernement Legault de devancer la réalisation des engagements fiscaux, comme le retour à un tarif unique dans les CPE. Les grands chantiers de déploiement des maternelles 4 ans, de construction de maisons des aînés et autres ont aussi été lancés rapidement, même si leurs coûts ont été révisés fortement à la hausse en chemin. 

Cette attitude hyperactive a permis au jeune parti de « s’imposer dans la politique québécoise » avec des réformes importantes. Mme Birch relève le même phénomène sur la scène fédérale, lorsque les gouvernements Harper et Trudeau ont voulu marquer la rupture avec les années au pouvoir de leur adversaire. « On n’a que quatre ans pour marquer le changement », note-t-elle.   

Image d’audace

Spécialiste de la communication politique, le professeur Olivier Turbide voit aussi un parallèle avec l’approche Harper.
« Ce qu’on vous a promis, on vous le donne », dit-il pour résumer le style des deux gouvernements. « Ça amène une image d’audace et de détermination, mais parfois ça peut frôler l’arrogance », souligne le professeur de l’UQAM.  

Deux bémols viennent toutefois entacher le bilan caquiste. D’une part, la volonté de rapatrier certains pouvoirs d’Ottawa s’est heurtée à une fin de non-recevoir du gouvernement Trudeau. Ensuite, la perte d’intérêts québécois dans des entreprises bien en vue (Cirque du Soleil, Ciment McInnis, Bombardier) a nui à l’image de nationalisme économique prôné par le gouvernement.

Lisa Maureen Birch fait également remarquer que certains engagements mis en branle pourraient ne pas se concrétiser. Par exemple, le Polimètre classe la promesse de réduire à 90 minutes le temps d’attente pour voir un médecin à l’urgence dans la catégorie « partiellement réalisée » grâce aux premières mesures mises en place, même si la situation ne s’est pas encore améliorée sur le terrain. De plus, puisqu’il reste un peu moins d’un mois au gouvernement Legault pour atteindre la mi-mandat, la comparaison avec ses prédécesseurs est imparfaite, précise-t-elle. 

Et tenir ses engagements ne garantit en rien une réélection en 2022. « Il n’y a pas une prime à l’urne pour avoir tenu ses promesses, seulement une pénalité pour avoir rompu des promesses », remarque Mme Birch. 

COVID-19 : obstacle ou opportunité ?

Pour Olivier Turbide, la crise de la COVID-19 a permis de prolonger encore un peu la lune de miel inhabituellement longue entre le nouveau gouvernement et la population québécoise. « Ça a permis à M. Legault de démontrer sa capacité de connecter avec les Québécois », analyse-t-il.  

Toutefois, le Québec a le pire bilan au pays en termes de décès liés à la pandémie, et les citoyens risquent d’être moins indulgents si la situation dégénère à nouveau lors d’une deuxième vague. « Le téflon risque de s’user », illustre M. Turbide.  

Alors qu’on aurait pu croire que la crise nuirait au gouvernement, en raison de son impact sur les finances publiques, l’équipe caquiste a plutôt saisi l’occasion pour accélérer la réalisation de plusieurs engagements.  

Soins à domicile, meilleur salaire pour les préposés aux bénéficiaires, construction de maisons des aînés : plusieurs promesses électorales recoupaient déjà les mesures à mettre en place pour juguler la crise sanitaire. « Donc, la crise devient une opportunité », dit Mme Birch. 

D’ailleurs, une nouvelle mouture du défunt projet de loi 61 sera déposée cet automne pour accélérer la concrétisation de certains projets phares de la CAQ, avant les prochaines élections. 

Gouvernement Nombre de promesses Complètement réalisées Réalisées ou en voie de réalisation
PQ (1994) 97 37 45
PQ (1998) 127 65 79
PLQ (2003) 106 41 46
PLQ (2007) 98 46 55
PLQ (2008) 62 16 16
PQ (2012) 113 26 57
PLQ (2014) 158 48 83
CAQ (2018) 251 54 177

Qui sont les hommes et les femmes derrière nos politiciens? Emmanuelle présente... un balado animé par Emmanuelle Latraverse.