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«Les demoiselles de Havre-Aubert»: nouvelle enquête aux Îles-de-la-Madeleine

Jean Lemieux
Photo Jean-Francois Desgagnes Jean Lemieux

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Puisque ses lecteurs lui réclamaient depuis longtemps une nouvelle enquête de Surprenant se déroulant aux Îles-de-la-Madeleine, l’écrivain Jean Lemieux leur a fait plaisir (et s’est fait plaisir aussi !) en écrivant Les demoiselles de Havre-Aubert. Ce nouveau roman, deux fois réimprimé depuis sa sortie en juin, ramène son détective vedette dans l’archipel.

Après avoir résolu deux sombres énigmes aux Îles-de-la-Madeleine, André Surprenant a été transféré à Beauport, puis à Montréal. Lors de sa première journée de vacances, le sergent-détective est appelé sur les lieux d’un meurtre dans un comptoir de prêt sur gages de Verdun. La victime est originaire des Îles-de-la-Madeleine... justement là où se dirige Surprenant pour ses vacances en famille.

Au lieu de profiter du charme de l’archipel pour un repos bien mérité, il se rend compte que l’affaire dans laquelle il est plongé devient de plus en plus compliquée. D’autres meurtres sont commis. Et bientôt, des lieux emblématiques comme La Grave et Havre-Aubert se retrouvent au cœur d’une toile d’influences qui s’étend bien au-delà du golfe du Saint-Laurent.

Jean Lemieux connaît les Îles comme le fond de sa poche. Il y a habité pendant 13 ans, il y a pratiqué la médecine, et la mère de ses enfants est une insulaire. Il peut donc cadrer son intrigue dans cette région sans risquer de se tromper ! 

Les Îles, riches en histoire et en culture, réputées pour leurs plages magnifiques, leurs villages pittoresques et leur gastronomie, lui sont très chères. 

«Les lieux mêmes sont d’une grande beauté et juste l’évocation des lieux dans le texte, ça plonge le lecteur dans un univers nouveau. Soit qu’il connaît les Îles et qu’il aime ça, soit qu’il ne les connaît pas, et ça l’intrigue. Le pouvoir évocateur des Îles est mythique, unique au Québec», commente-t-il.

Même les noms des lieux ont un charme indéniable: L’Étang-du-Nord, la Butte des Demoiselles, le Portage-du-Cap, énumère-t-il. «Tous les noms de lieux sont extrêmement pittoresques. Ce sont des images.»

Huis clos naturel

Pour un écrivain de polars, les Îles offrent un huis clos naturel, ajoute-t-il. «C’est un archipel qui n’est pas vraiment fermé, mais l’aspect d’enfermement et l’aspect insulaire augmentent le côté dramatique de l’action. Ça donne des outils à un écrivain de polars parce qu’on est aux prises avec des affaires comme les arrivées de bateaux, d’avions, l’isolement relatif.»

 Ensuite, il est inspiré par la population. «La rumeur publique, aux Îles, c’est très présent parce que les gens se connaissent, se parlent entre eux. Ça crée une espèce de caisse de résonance», explique-t-il, comparant la rumeur publique des Îles aux chœurs des tragédies grecques, par exemple.

«Quand Surprenant enquête, il enquête auprès de monsieur et madame Tout-le-Monde et s’abreuve à ce réservoir de placotage. Pour un écrivain, c’est riche. Et là, j’ai pas encore parlé du langage!», lance-t-il. 

Langage imagé

«Les Îles, c’est l’endroit où le vieux parler acadien s’est le mieux préservé : c’est le seul endroit, ou presque, où les Acadiens ont été majoritaires, sous juridiction québécoise. Le langage imagé des Madelinots est une mine d’or pour un écrivain.»

Jean Lemieux a l’avantage de très bien connaître les Îles et peut donc en parler en connaissance de cause. «J’ai vécu là 13 ans, et j’ai vécu avec une fille des Îles pendant 23 ans. J’ai été intégré aux Îles. Je dis toujours que je ne suis pas Madelinot, et je ne le serai jamais, mais je suis un gars de l’extérieur qui y est resté longtemps. Je ne connais pas toutes les subtilités du langage, mais j’en sais pas mal!»  

  • Jean Lemieux est médecin, passionné de musique et de voyages, et écrivain.  
  • Il a écrit plusieurs romans, tant pour les jeunes que pour les adultes.  
  • On finit toujours par payer a remporté les Prix France-Québec et Arthur-Ellis avant d’être porté à l’écran.  
  • Le Mort du chemin des Arsène a aussi reçu le Prix Arthur-Ellis et le Prix du Salon international du livre de Québec.  
  • Il a aussi publié Une sentinelle sur le rempart en 2018, dans lequel il raconte son parcours de médecin.    

EXTRAIT  

Les demoiselles de Havre-Aubert<br/>
Jean Lemieux<br/>
Éditions Québec Amérique<br/>
 272 pages
Photo courtoisie
Les demoiselles de Havre-Aubert
Jean Lemieux
Éditions Québec Amérique
272 pages

« Après s’être ravitaillée dans un supermarché de Lavernière, la famille refabriquée (selon un célèbre mot d’Olivier) prit la direction de la maison que Geneviève avait louée, affluence oblige, l’automne précédent. La route 199 s’engageait, telle une autre passerelle, sur le cordon de dunes qui reliait les îles de Cap-aux-Meules et de Havre-Aubert.

L’effet était saisissant. La mer à leur gauche, la lagune à leur droite étaient presque étales. Le soleil se couchait à l’ouest, au-delà du Corps-Mort.

Geneviève et Surprenant échangèrent un regard de complicité : c’était dans ce lieu magique qu’ils s’étaient rencontrés, onze ans plus tôt.»