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Comment une personne devient «complotiste»

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Les menaces comme celles proférées sur Facebook à l’endroit de François Legault sont parfois reliées à des adeptes de théories du complot, qu’on appelle aussi «complotistes».

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Ces menaces deviennent de plus en plus nombreuses et inquiétantes. Certains des commentaires formulés en réaction à une entrevue accordée par le premier ministre du Québec à une station de radio sur le port du masque allaient jusqu’à des menaces de mort, ce qui a mené la Sûreté du Québec (SQ) à lancer une enquête.

La police saura sans doute traiter le dossier adéquatement, mais l’incident peut créer des interrogations. Comment devient-on «complotiste» et pourquoi l'adhésion à des théories du complot génère-t-elle des points de vue binaires?

Les «bons» et les «méchants»

Jonathan Jarry, communicateur scientifique de l’Organisation pour la science et la société de l’Université McGill, a expliqué, sur les ondes de LCN lundi, la mécanique derrière ce phénomène de société, amplifié, d’après lui, par la pandémie.

«Quand on est en période d’anxiété, où il y a de gros changements dans la société et où on se sent impuissant, ça amène les gens à adhérer à des théories du complot, dit l’expert. Pourquoi? Parce que ces théories se nourrissent de la méfiance qu’on peut avoir envers les autorités.»

«On cherche qui blâmer, à qui revient la responsabilité pour tout ça, poursuit-il. Dans ces théories, très souvent, on a les bons et les méchants, soit les gens qui sont responsables [de la situation] et les héros qui vont en bataille contre ces gens. Ça amène une histoire très, très simple et facile à comprendre pour expliquer des changements d’envergure un peu difficiles à comprendre.»

Des dépliants intitulés Fausse pandémie 

La hausse récente du nombre de cas d’infections à la COVID-19 au Québec n’est possiblement pas étrangère à la popularité grandissante de ces théories «faciles à comprendre». Un relâchement au niveau des mesures sanitaires pourrait être en cause.

«En plus, on a une maladie qui n’affecte pas tout le monde, dit Jonathan Jarry. Donc, c’est très facile de se dire qu’on ne connaît personne dans son entourage qui a souffert de la maladie, qui est allé à l’hôpital ou qui en est mort.»

Des gens qui adhèrent à ces théories sont allés jusqu’à déposer, dans le panier du vélo de l’animatrice de LCN Julie Marcoux, un dépliant intitulé Fausse pandémie. Le dépliant dénonce «les dangers du vaccin et du masque» et prévient que «l’avenir du Québec est en jeu».

«J’ai vu un dépliant similaire distribué dans Notre-Dame-de-Grâce la semaine dernière, partage Jonathan Jarry. Il y a tout un mouvement antimasques qui se bâtit. Des gens n’aiment pas comment le port du masque les fait sentir; d’autres gens ont une réaction psychologique qui survient quand leur liberté individuelle est opprimée. Certains croient vraiment que c’est un complot du gouvernement pour essayer de domestiquer la population.»

«Ce mouvement va s’intégrer à d’autres mouvements réactionnaires, comme le mouvement antivaccin ou des mouvements d’extrême droite. Le cri de ralliement, c’est vraiment celui de la liberté, mais on met à risque le reste de la communauté», note-t-il.

Comment se protéger des théories du complot?

Jonathan Jarry indique qu’une étude de l’Université McGill parue il y a quelques semaines montre que la désinformation par rapport à la COVID-19 est beaucoup plus présente sur les réseaux sociaux que dans les médias traditionnels. 

Dans les derniers mois, le mouvement antimasques a pris de l’ampleur à l’international. Un tel concept «n’a plus de barrière géographique» grâce au partage facile de vidéos sur Facebook ou de liens dans des groupes fermés sur Facebook, par exemple. 

«Ce n’est pas évident, mais il ne faut pas se fier qu’à une seule source, conseille-t-il. Il faut toujours aller voir plusieurs sources indépendantes de bonne qualité et ne pas partager du contenu, sur les médias sociaux, si on n’a lu que l’en-tête. Ça, on fait ça très souvent. On ne va même pas cliquer sur le lien pour voir si le contenu va vraiment dans le même sens que l’en-tête ou si la source est fiable.»

Par ailleurs, au moins 800 personnes sont décédées à cause de la désinformation reliée à la COVID-19 à travers le monde au cours des trois premiers mois de 2020, selon ce que rapportait, en août, une étude de l’American Journal of Tropical Medicine and Hygiene.