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Geneviève Hamelin se sent renaître

Quebec
Photo Stevens LeBlanc La conseillère Geneviève Hamelin s’estime « très chanceuse dans sa malchance ».

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Après un an de pause pour combattre un cancer du sein détecté grâce à un coup de chance, Geneviève Hamelin a l’impression de renaître depuis son retour à l’hôtel de ville de Québec.

Le 8 juillet 2019, la vie de Geneviève Hamelin, conseillère municipale dans le district Maizerets-Lairet et présidente du conseil municipal, basculait dans l’incertitude, pour reprendre ses mots. «On n’oublie pas», souffle-t-elle. 

Assise dans le bureau de son médecin, après quelques tests, la femme de 44 ans a alors appris qu’elle souffrait d’un cancer agressif, mais qui, heureusement, en était encore à un stade très précoce. 

«J’ai été excessivement chanceuse, raconte-t-elle, car je n’avais pas prévu aller chez le médecin. Je gossais ma mère, qui a 74 ans, pour qu’elle aille voir son médecin, et c’est là qu’elle m’a dit : “Et toi, tu y vas, des fois, voir ton médecin?” Alors j’ai voulu prêcher par l’exemple et j’y suis allée.»

Pas de douleur

En bonne santé, comme elle n’avait pas grand-chose à relever, elle a parlé au médecin d’un «chatouillement» dans son sein droit. «Ça n’était pas une douleur, pas une bosse, mais je me suis dit que ça allait me faire de quoi à lui dire.»

Après une mammographie, on l’a appelée pour une échographie, et finalement pour une biopsie.

«J’aurais pu traîner ça et m’en apercevoir dans deux, trois ans, dit-elle. Souvent, ce ne sont pas des cancers nécessairement douloureux. Quand je dis que j’ai été chanceuse...»

Quebec
Photo Stevens LeBlanc

Suivie au Centre des maladies du sein Deschênes-Fabia par la Dre Louise Provencher, «une femme tellement extraordinaire et très franche», Geneviève Hamelin dit lui avoir fait entièrement confiance et s’en être remise à elle. 

«J’ai fait 10 minutes d’internet en sortant de son bureau et je me suis dit que je n’embarquais pas là-dedans. Il n’y a pas deux cancers pareils et je n’avais pas envie de m’improviser médecin.»

Univers parallèle 

Cette décision de «s’abandonner», Mme Hamelin estime qu’elle l’a très bien servie. Elle a ainsi évité beaucoup de stress, dans une période où elle a été projetée dans «un univers parallèle de douleur», au fil des 6 traitements de chimiothérapie et 19 de radiothérapie qu’elle a dû subir.

Pendant ces traitements, où elle a ressenti le mal comme jamais auparavant, Geneviève Hamelin a perdu une partie de ses cheveux, en plus de ses cils et sourcils. Elle a pris du poids aussi. «Prendre une douche, à ce moment-là, c’était l’affaire d’une journée», relate-t-elle.

«Au début, j’ai beaucoup attendu le moment de grâce, celui qui fait dire aux personnes victimes de cancer que ça a changé leur vie, qu’ils vivent le moment présent, etc. C’était quasiment une pression de gratitude, mais ça, ça vient avec le temps.»

La maladie l’a amenée à changer sa perspective sur beaucoup d’aspects de la vie, notamment par rapport à ce qui pouvait l’angoisser ou la stresser auparavant.

Elle a fait un grand ménage dans sa tête. «C’est comme si on n’a plus de place pour ça dans notre tête, et on n’a plus envie de donner de la place à ça.»

Beaucoup de gentillesse

Conseillère depuis 2009, Mme Hamelin a repris le travail quelques jours avant son retour au conseil municipal de la rentrée, le 31 août.

Pendant son congé, elle a bien répondu à quelques citoyens, mais a fini par lâcher prise, encouragée par le maire, qui venait lui aussi de combattre un cancer. 

«Il m’a dit : “Si l’équipe a pu se passer du maire pendant trois mois, tu peux certainement te permettre une pause toi aussi.”»

Pendant son absence, sa collègue Suzanne Verreault a repris ses dossiers, et les fonctionnaires ont aussi été très aidants. «J’ai senti beaucoup de gentillesse», témoigne-t-elle.

Comme il est possible de le faire pour toute épreuve, Mme Hamelin a choisi d’y voir le positif. «Ça nous permet d’évoluer comme personne», songe-t-elle.

La conseillère a choisi de céder sa place comme présidente du conseil municipal, un poste qu’elle occupait avec brio, parvenant à maintenir l’ordre de façon impeccable.

«J’avais le goût de retrouver mon droit de parole, explique-t-elle. Aussi, après sept ans, je n’ai plus la patience.»