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Le courage de Régis Labeaume

Labeaume Verret
Photo Simon Clark Régis Labeaume vient de défier la rectitude politique.

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Trop souvent, les politiciens parlent pour ne rien dire. 

Le maire de Québec, Régis Labeaume, fait exception à la règle. Il l’a encore démontré dans un entretien accordé à La Presse à la fin août. Il est passé plutôt sous silence. On comprend pourquoi, tellement il est explosif.

Régis Labeaume s’inquiète ouvertement que « le fossé entre Montréal et le reste du Québec se creuse ». De plus en plus de Québécois ont l’impression en allant à Montréal de « débarquer sur une autre planète », ajoute-t-il. 

On pourrait aussi dire qu’ils ont l’impression de débarquer dans un autre pays tellement la métropole se détache culturellement du reste du Québec. L’anglais, remarque Régis Labeaume, devient la norme à Montréal. Il invite le gouvernement à se montrer courageux pour y restaurer le statut du français. 

Montréal

Mais Régis Labeaume va encore plus loin lorsqu’il aborde les conséquences politiques de l’immigration massive. Je le cite : « C’est statistique : les francophones ne feront éventuellement plus la différence dans l’élection d’un gouvernement. On s’enligne tranquillement là-dessus. Et quand ça va arriver, je pense que ça va râler quelque part. Alors, je dis toujours, va falloir qu’on se comprenne ». 

Ce qu’il nous dit à sa manière, c’est que l’immigration massive aura pour conséquence la dépossession politique des Québécois francophones. 

Ne soyons pas surpris. En 1995, ils ont beau avoir voté Oui à 61 % à l’indépendance, ils ne sont quand même pas parvenus à faire du Québec un pays. Lise Bissonnette, à l’époque, l’expliquait à cause de l’existence d’une « minorité de blocage », en au vote massif des allophones et des anglophones pour le Non. Les choses ne se sont pas améliorées depuis.

Ce que nous annonce Régis Labeaume, c’est que d’ici quelques élections, les francophones ne parviendront même plus à élire les gouvernements dans le seul État en Amérique du Nord où ils sont majoritaires.

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L’hégémonie libérale à Montréal et la transformation de Laval en extension politique du West Island confirment cette tendance. 

Posons la question : que diraient les Italiens s’ils devenaient minoritaires en Italie ? Ou les Tunisiens s’ils devenaient minoritaires en Tunisie ? Ils n’apprécieraient pas. Pourquoi est-ce que cela devrait être le cas des Québécois ? Pourtant, on les traite de racistes quand ils s’en inquiètent. 

Régis Labeaume semble fataliste. Mais nous ne sommes pas obligés de l’être aussi. 

Que faire si on refuse la dépossession collective ? Heureusement, certains intellectuels de grande valeur ont réfléchi à la question. C’est le cas de Jacques Houle qui publiait en 2019 Disparaître ?, un livre que devraient lire tous les politiciens.

Houle démontrait efficacement et rigoureusement que seule une baisse majeure des seuils d’immigration peut assurer dans la durée l’existence du peuple québécois.

Minoritaires

Chose certaine, on sera reconnaissant à Régis Labeaume d’avoir dit les choses clairement alors que trop souvent, nos élites nient la réalité. 

Répétons ses propos : « c’est statistique : les francophones ne feront éventuellement plus la différence dans l’élection d’un gouvernement ». En d’autres mots, nous ne serons plus maîtres chez nous. 

Qu’en pense François Legault ?