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Laurent Duvernay-Tardif : études à Harvard et CHSLD au menu

Laurent Duvernay-Tardif
Photo courtoisie Au CHSLD Gertrude-Lafrance, en Montérégie, Laurent Duvernay-Tardif a tissé des liens étroits avec son équipe pendant neuf semaines.

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Ce serait bien mal connaître Laurent Duvernay-Tardif que de croire que sa saison loin des terrains de la NFL allait se dérouler sous le signe du repos. Le futur médecin entreprendra plutôt des études à distance en santé publique à la prestigieuse Université Harvard, en plus de poursuivre son travail au CHSLD Gertrude-Lafrance, à Saint-Jean-Sur-Richelieu. Le tout, bien sûr, en préparant son retour au jeu en 2021.

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Ah, et durant ses temps «libres», le garde des Chiefs de Kansas City continuera aussi de siéger au comité des mesures sanitaires de la NFL, qui a contribué à établir les protocoles de santé et de sécurité pour les joueurs et le personnel afin de réduire les risques de propagation de la COVID-19.

À Harvard, il se concentrera sur des notions telles la santé et le comportement social de la population, sur des études statistiques en biologie et en épidémiologie, ainsi que sur la nutrition au niveau de la population mondiale.

Inutile de vous en vouloir si vous avez le tournis!

«Au moment où j’ai décidé de mettre un trait sur la saison, je n’avais rien devant moi et c’est super important de me trouver des projets. La question c’était: “est-ce que je m’en vais en résidence en médecine à temps plein, en CHSLD à temps plein ou des études autres?”»

«Puisque je suis encore sous contrat avec les Chiefs l’an prochain, l’occasion était là de faire un programme en santé publique, ce que j’ai toujours voulu faire. Pour moi, c’est une façon d’aligner ensemble ma formation médicale, ma tribune médiatique et mes aspirations philanthropiques en faisant la promotion de la santé auprès des jeunes», a expliqué le géant multifonctionnel lors d'une conférence téléphonique avec les médias québécois.

Des risques pour la collectivité

Laurent Duvernay-Tardif
Photo courtoisie

Lorsqu’il a opté pour la clause échappatoire en juillet, oubliant ainsi la saison qui s’amorce jeudi soir pour les Chiefs, Duvernay-Tardif a créé une onde de choc. Quelques semaines plus tard, il mentionne que cette décision était basée sur des craintes d’une potentielle propagation dans la communauté, plutôt que sur la peur de contracter lui-même le virus.

«Mon expérience en CHSLD m’a amené à réaliser l’ampleur que cette pandémie pouvait avoir sur les patients et les gens dans le réseau de la santé. Il y a aussi eu une recrudescence des cas aux États-Unis dans des états où on allait jouer durant la saison, mais le risque personnel était bien encadré par les protocoles mis en place par la NFL.

«Il reste qu’il y a des risques au niveau collectif et ça a pesé plus gros dans la balance. On pouvait potentiellement mettre des communautés à risque durant nos voyagements. Comme futur médecin, le fait de jouer au football de manière égoïste en pensant que je pouvais mettre des gens à risque, ça m’agaçait», a-t-il tranché.

Bien que son contrat d’embauche en CHSLD ne soit pas finalisé, il entend rejoindre son équipe de Saint-Jean-sur-Richelieu sous peu, à temps partiel.

«J’ai envie d’y retourner parce que j’y ai rencontré des gens qui m’ont motivé en étant extrêmement passionnés. J’ai envie de contribuer. On parle moins des CHSLD, mais il pourrait y avoir une deuxième pénurie de personnel. C’est important de rester sur le terrain et d’apprendre des gens qui sont là en termes d’interaction humaine. Ça fait partie des plus grands enseignements que j’ai reçus là-bas», a-t-il confié.

Son histoire unique fascine de plus en plus les grands médias américains et il a d’ailleurs fait la une du « Daily Cover » du prestigieux magazine Sports Illustrated, mercredi.
Photo courtoisie, Sports Illustrated
Son histoire unique fascine de plus en plus les grands médias américains et il a d’ailleurs fait la une du « Daily Cover » du prestigieux magazine Sports Illustrated, mercredi.

De retour en 2021

Côté football, Duvernay-Tardif entend maintenir la pédale dans le plancher à l’entraînement et assure qu’il n’a pas dit son dernier mot avec les Chiefs.

«On a des fois l’impression après quatre ou cinq années que ma place était garantie, mais elle ne l’est jamais. Il faut que je gagne ma place et c’est ce que je vais faire l’an prochain. En ce moment, tout ce que je peux faire, c’est de m’entraîner avec la même passion, en continuant de me pousser. Je m’ennuie déjà de jouer au football et l’an prochain, l’envie sera encore là.»

Un premier match «difficile à regarder»   

La décision de faire une croix sur la saison n’a évidemment pas été prise de gaieté de cœur. C’est d’ailleurs à quelques heures du botté d’envoi de ses Chiefs face aux Texans, jeudi soir, que Laurent Duvernay-Tardif ressent le plus gros pincement.

«C’est difficile, c’est sûr. Depuis le début du camp d’entraînement, je regarde les réseaux sociaux et je vois passer des nouvelles. Je suis en communication avec plusieurs coéquipiers.»

«De voir ça se dérouler sans toi pour la première fois en six ans, ce n’est pas évident. Le premier match sera difficile à regarder, mais je suis convaincu que j’ai pris la meilleure décision pour moi et je souhaite la meilleure des chances à mon équipe», a affirmé LDT.

Les Chiefs favoris

Ce dernier a beau ne pas être un parieur, mais s’il avait quelques dollars à investir, il n’hésiterait pas à miser sur une deuxième conquête de suite pour les Chiefs.

«On a gardé pratiquement le même alignement offensif et défensif. On a une équipe pour défendre le titre et c’est pourquoi c’est d’autant plus difficile de voir les Chiefs amorcer la saison sans que je sois là.»

«Il n’y a aucun doute que l’équipe a le potentiel de se rendre loin, mais il reste qu’il y a toujours une question de timing et de chance parce qu’on n’est jamais à l’abri de blessures. C’est à suivre, mais si j’avais à faire une gageure, je le ferais sur les Chiefs», a répondu Duvernay-Tardif, quand il a été questionné sur les chances des siens de répéter leur exploit de la saison dernière.

Le Montréalais se réjouit par ailleurs que sa décision n’ait pas froissé l’état-major de l’équipe ni ses coéquipiers.

«Ils ont compris ma perspective. D’avoir le respect de mes coéquipiers, de mes entraîneurs et de l’organisation au complet, c’est quelque chose de touchant. Ça montre encore que les Chiefs sont une organisation de première classe.»

Une saison complète

Dans les derniers mois, certains intervenants du domaine de la santé publique aux États-Unis ont exprimé des doutes quant au fait que la NFL puisse présenter son calendrier complet dans le contexte pandémique actuel.

À titre de membre du comité de la ligue quant aux mesures sanitaires, Duvernay-Tardif se dit plutôt confiant que la campagne se déroulera sans heurt.

«Pour le moment, ça se passe super bien, mais évidemment il n’y a pas eu de match et aucune équipe n’a voyagé. Durant les deux ou trois premières semaines, on en saura beaucoup plus. Jusqu’ici, je suis très optimiste. Si on compare à la NCAA, la NFL se porte très bien», a-t-il fait valoir.

Des vacances marquées par une bague... et du thon!   

Comme tous les Québécois, Laurent Duvernay-Tardif n’a pu s’offrir de vacances estivales exotiques. Cela ne signifie pas qu’elles ont été ennuyeuses pour autant.

Lors d’une escapade en Gaspésie, le garde des Chiefs a vu, à distance, ses coéquipiers recevoir leur bague du Super Bowl, à Kansas City.

Ne pouvant se rendre sur place, il a fait livrer le précieux bijou à Gaspé. Or, le colis fort attendu, qui devait arriver jeudi, n’était toujours pas là le lendemain.

Inquiet, Duvernay-Tardif a décidé de se rendre dans les entrepôts de FedEx pour tenter d’élucider le mystère. C’est finalement un employé d’une compagnie sous-traitante de FedEx, RDL Courrier, qui l’a aidé à mettre la main sur la bague.

«C’est finalement un peu à mon image de courir après [ma bague]!», a rigolé le champion, qui a finalement pu contempler le fruit de ses efforts en compagnie de ses proches.

«Je n’allais pas ouvrir ce paquet-là seul. Quand les Chiefs m’ont demandé où livrer, c’était clair pour moi que ce serait en Gaspésie, avec des amis qui n’ont pas nécessairement l’occasion de festoyer avec moi dans les grandes occasions. C’était vraiment émouvant pour moi de découvrir ça. Mes parents étaient là, Florence [sa conjointe] était là, mes amis étaient là. C’était une occasion de célébrer cette victoire avec eux, ce que je n’avais pas pu faire à cause de la COVID dans les derniers mois.»

Un «petit» thon de 500 livres!

Par ailleurs, le gaillard aux mille et un talents s’est tout bonnement adonné à la pêche durant son mémorable séjour. À sa grande stupéfaction, c’est un thon de 500 livres qui a mordu.

«J’ai un amour pour la Gaspésie, ça commence à se savoir. J’ai rencontré un pêcheur qui m’a invité avec lui. Je ne savais pas à quoi m’attendre et je ne m’y connais pas trop en pêche, mais le combat avec l’un des poissons les plus athlétiques du monde marin, ça a été un trip incroyable», s’est exprimé celui qui croyait avoir dégoté Leviathan.

«Après ça, on m’a dit que c’était un petit thon. À 500 livres, je le trouvais énorme, mais ça a l’air qu’il y en a des bien plus gros», a-t-il constaté, tout de même bien fier de la spectaculaire prise du jour.

L’histoire ne dit pas si l’homme à tout faire a capté le poisson à mains nues...