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Mon ami le «Prophète»!

Ron Fournier
Photo courtoisie Ron Fournier

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Tout le monde aime Ron Fournier. Même les Belges qui ont tripé sur la chanson des Cowboys fringants dont il était le surprenant thème.

Moi, j’aime Ron. J’aime le « Prophète » qui me disait « Bye !!! » d’une voix d’outre-tombe quand je m’étirais trop avec Paul Arcand.

Mais j’aime aussi le simple Ron, citoyen de Saint-Sauveur, avec son petit domaine et son lac plein de truites cordées. 

Ron Fournier en 1992, alors qu’il travaillait à CJMS avec Mario Tremblay, Paul Arcand et
Pierre Trudel.
Photo d'archives, Albert Vincent
Ron Fournier en 1992, alors qu’il travaillait à CJMS avec Mario Tremblay, Paul Arcand et Pierre Trudel.

Je n’ai pas été surpris d’apprendre hier matin que Ron prenait sa retraite. Reynald Brière, vice-président de RNC Médias, qui est au courant de tout, m’en avait parlé au début de l’été. J’ai jasé souvent avec Ron ces derniers mois. Deux cancers, deux « stents » (extenseurs vasculaires), y a des fois que la voix du « Prophète » était pas mal rocailleuse. 

Pas hier. On s’est parlé deux fois. Ronald avait la voix jeune, gaillarde, enthousiaste. La vérité, il pourrait facilement faire de la radio un autre dix ans.

« Mais je veux vivre autre chose. Pis je l’ai annoncé moi-même, par loyauté à ma station », me disait-il hier après-midi.

ARBITRE UN JOUR

On a jasé. Ce n’était pas des entrevues. Juste des rappels d’événements qui nous ont fait rire. Comme cette fois, inoubliable, dans un avion d’Air Canada entre Chicago et Montréal. Un dimanche matin.

Je couvrais le Canadien avec Bertrand Raymond et Yvon Pedneault. C’était sans doute à l’automne. Ron Fournier, qui arbitrait dans l’Association mondiale de hockey, revenait de Birmingham en Alabama. Dans l’AMH, les arbitres portaient des chandails aux rayures violettes et roses. Ron était bien beau là-dedans. Mais surtout, il avait un plaisir fou à faire son métier.

Assis sur un bras de fauteuil dans un avion aux trois quarts vide, il nous avait fait brailler à raconter des histoires. Comme ce match à Birmingham où les Bulls, des incorrigibles et incontrôlables fous furieux, s’étaient battus tout le long du match.

Avant de devenir
l’animateur chouchou de
nombreux amateurs de sport québécois, le « Prophète » a
été arbitre dans l’AMH et la LNH.
Photo d'archives, Serge Lapointe
Avant de devenir l’animateur chouchou de nombreux amateurs de sport québécois, le « Prophète » a été arbitre dans l’AMH et la LNH.

« Bad News Bilodeau était débile furieux », racontait Ron. Entre la première et la deuxième période, y a un joueur visiteur qui s’est sauvé par la fenêtre des toilettes. Avec ses patins, calibinne » ! Y voulait plus revenir sur la patinoire. » 

On était écrasés de rire. Peut-être que Ron exagérait un peu, mais c’était fabuleux de partager nos anecdotes de beat du Canadien avec lui. Ses exagérations lui avaient permis d’entendre au moins une bonne demi-douzaine d’histoires pendant le trajet.

On l’ignorait, mais on préparait déjà son après-carrière...

PAUL ARCAND ET LA GRÈVE DES ARBITRES

« C’est venu comment le surnom de Prophète ? Sans doute que j’avais entendu Ron y aller d’une prédiction à l’emporte-pièce », se rappelle Paul Arcand, le maître-bord du 98,5. J’ai eu le bonheur d’entendre la voix du Prophète à des dizaines de reprises. Paul Arcand doit avoir une formidable banque de remarques spectaculaires du « Prophète ». On ne savait jamais quand la voix sortirait des cieux. Je pense que parfois, Arcand ne le savait pas lui-même.

« Prophète » ou pas, Paul Arcand était attaché à Ron Fournier.

« Un matin, ça fait longtemps, je lisais les nouvelles à CJMS et Ron avait son émission en soirée et faisait les sports le matin. Il devait être quatre heures et demie, cinq heures du matin, Ron était dans le coin, l’air débiné, découragé.

– Qu’est-ce qu’il y a Ron ? Mauvaises nouvelles dans ta famille ? Ça va pas ?

– Non, ça va pas. Les gars vont en arracher...

– Les gars ? Quels gars ?

– Les arbitres de la Ligue nationale viennent de déclencher la grève. Ça va être bien “toffe”...

« J’avais regardé Ron, pis je lui avais dit... ‘‘Ron, t’es à la radio, les arbitres, on s’en sacre... c’est une nouvelle... c’est pas personnel’’, raconte Paul Arcand. Mais j’avais réalisé que quelque part dans le fond de son cœur, Ron était resté un arbitre », dit-il.

En fait, si je peux me permettre de le rajouter, Ron sera toujours un arbitre de l’AMH et de la LNH. Le reste, c’était en attendant...

CONTRAT DE DIX ANS

En 2003, Ron Fournier a décroché le contrat le plus long de l’histoire de la radio au Québec. Sylvain Chamberland était président de Télémédia.

« Ron était tellement un animateur passionné, il était tellement précieux pour l’entreprise qu’un contrat de dix ans ne représentait pas un risque. Je me disais qu’au pire, Ron nous donnerait les deux dernières années sous forme de représentations pour la station. Jamais je n’ai douté une seconde de sa loyauté. Et puis, Ron était le genre d’employé qui n’était pas stressant à gérer. Toujours préparé, toujours de bonne humeur, prêt à aider l’entreprise, le contrat de dix ans était un bon investissement », raconte Chamberland.

La preuve, Ron Fournier a donné sept autres années à sa station.

Donc, Ron accroche son micro.

« Je suis content de l’avoir annoncé, des fois j’écoute le monde pis c’est comme si on parlait d’un mort. Je suis bien vivant pis je prends les belles paroles pis les compliments. C’est bon pour le moral », m’a-t-il lâché. En riant.

L’ancien gardien de but des Braves d’Ahuntsic a accroché ses jambières. L’ancien joueur de troisième-but a accroché son gant. L’ancien arbitre a accroché son sifflet. Voilà que Ron Ron accroche son micro. 

Holà, Ronald ! reste quoi à accrocher ? 

Ben oui... les truites de ton lac !