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Souveraineté: en finir avec la stratégie de la parlotte

Souveraineté: en finir avec la stratégie de la parlotte
Capture d'écran, TVA NOUVELLES

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Au cours des dernières années, le Parti québécois a beaucoup parlé de souveraineté. Le parti a fait des tournées, de l’éducation populaire, des comités et j’en passe. Et malgré tous nos efforts, nous nous retrouvons dans un cul-de-sac. Il faut se rendre à l’évidence, pour arriver à faire un jour du Québec un pays, le seul fait d’en parler s’avère non seulement insuffisant, mais aussi contre-productif. Les Québécois écoutent de moins en moins nos arguments, comme l’indiquent très bien nos résultats électoraux désastreux depuis plusieurs élections.  

Comment stimuler l’appui à la souveraineté?

Dans notre histoire, l’appui à la souveraineté est intimement lié à la question constitutionnelle. En 1964, le gouvernement Lesage a fait l’un des plus gros gains de pouvoir de notre histoire constitutionnelle avec la création de la Caisse de dépôt et placement. Deux ans plus tard, le Rassemblement pour l’indépendance nationale obtenait 10% du vote aux élections. L’intensité de la question constitutionnelle dans les années 60 a aussi amené Daniel Johnson à parler d’égalité ou indépendance, tout comme elle a poussé René Lévesque à quitter le Parti libéral pour fonder le Parti québécois.

En 1976, Pierre Trudeau a menacé de rapatrier la Constitution sans les provinces. Cette menace était réelle, comme on l’a vu par la suite, et elle visait particulièrement le Québec. Pour contrer les fédéraux, Robert Bourassa a déclenché des élections et, contre toute attente, le Parti québécois a été porté au pouvoir. En 1981, notre parti a fait campagne sur la Constitution et nous avons obtenu la plus grosse victoire de notre histoire, avec presque 50% du vote populaire.

Un autre exemple intéressant s’est produit au tournant des années 80-90. En septembre 1989, le Parti québécois de Jacques Parizeau a mordu la poussière lors des élections. Neuf mois plus tard, avec l’échec de l’accord du lac Meech, la souveraineté a atteint des sommets inégalés. Cet événement a permis au PQ de prendre le pouvoir en 1994 et de tenir le référendum l’année suivante.

En vertu du renvoi sur la sécession datant de 1998, le Québec possède le pouvoir de forcer une négociation constitutionnelle. Tout ce dont nous avons besoin est d’une majorité à l’Assemblée nationale qui voterait une motion demandant une modification de la Constitution. Il y aurait alors une «obligation faite à toutes les parties de venir à la table des négociations», selon la règle édictée par la Cour suprême.

Suivant un sondage commandé par mon équipe et rendu public dans Le Journal, plus de 61% des Québécois souhaitent une nouvelle négociation pour que le Québec obtienne plus de pouvoirs, contre 22% qui ne le veulent pas. Cet appui monte à 80% chez les souverainistes. Même chez les fédéralistes, 54% des répondants veulent que le gouvernement québécois bouge en ce sens. Ces résultats démontrent clairement qu’un Parti québécois qui mettrait à nouveau la Constitution à l’ordre du jour obtiendrait un large appui dans la population, comme il a réussi à le faire dans le passé. 

La Constitution, c’est la force

Quand la question du régime est posée, nous gagnons des élections, et c’est avec le pouvoir que nous serons capables de débusquer les fédéraux. Ma stratégie repose sur l’action, pas les paroles. Elle forcera le Canada anglais à se commettre sur la question du Québec, ce qu’il évite soigneusement de faire depuis des décennies, sachant très bien que cela ne peut qu’avantager les souverainistes. En forçant la main aux fédéraux, les Québécois comprendront que les solutions aux débats qui touchent leur existence nationale, par exemple la langue, la laïcité ou l’immigration, ne sont pas entièrement entre leurs mains. Pour emprunter au langage de Star Wars, la Constitution, c’est la force, l’arme la plus puissante de notre galaxie politique. 

À l’inverse des autres candidats à la chefferie, je ne pense pas que c’est par une énième séance de palabres sur les avantages de l’indépendance que l’on convaincra quiconque. C’est plutôt en défendant de front les intérêts du Québec. C’est en posant des gestes forts, comme je l’ai fait dans le dossier de la loi 21 en portant plainte contre la juge Duval-Hesler, que nous marquerons des points. J’ai beaucoup de respect pour mes adversaires, je ne doute aucunement de leurs convictions, mais ils proposent tous la même vieille cassette, usée à la corde, la stratégie de la parlotte. Je suis le seul à offrir de l’action.