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Les quatre grands vices de la mondialisation

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Le Québec est une petite économie très ouverte sur le monde. La plupart de nos fleurons sont de gros exportateurs. Une grosse partie de notre aluminium, de notre sirop d’érable et de notre électricité prend la poudre d’escampette.

Malgré cela, un mouvement de fond en faveur de la « démondialisation » du Québec est en train d’émerger. Paul St-Pierre Plamondon, candidat à la direction du Parti québécois, en fait son cheval de bataille. François Legault vient également de sauter dans le train du nationalisme économique. 

Beaucoup croient dur comme fer que l’ouverture des frontières n’a que du bon. Voici donc quatre raisons valables pour lesquelles beaucoup de Québécois sont devenus sceptiques quant à la mondialisation. 

1. L’évasion fiscale

Le capital est devenu tellement mobile entre pays que les multinationales peuvent déjouer les gouvernements nationaux. Elles peuvent les menacer de quitter pour quêter des subventions. Elles se servent de ce pouvoir pour diminuer les salaires de leurs employés. 

Elles peuvent aussi utiliser toutes sortes de tours de passe-passe pour réduire leurs impôts à payer. On pense tout de suite aux GAFAM et à l’épisode Netflix. Le taux effectif d’impôt des multinationales ne cesse donc de diminuer. Pendant ce temps, les gouvernements doivent augmenter la pression fiscale sur la population pour continuer de bien financer les services publics. 

2. Le respect de la langue

Le Québec ne compte qu’une seule langue officielle : le français. L’article 1 de la Charte de la Ville de Montréal mentionne que la métropole est de langue française. Malgré cela, les Montréalais ont de plus en plus de difficulté à se faire servir et à travailler en français. Il s’agit d’une situation inacceptable qui empire d’année en année.  

Face aux transitions industrielles rapides, les entreprises préfèrent souvent importer de la main-d’œuvre plutôt que de la former. Ces travailleurs ont très souvent comme point de départ le monde anglophone. 

C’est le cas dans plusieurs quartiers de la métropole, par exemple dans le Mile-Ex, où une grappe d’entreprises liées à l’intelligence artificielle a élu domicile. Depuis trois ou quatre ans, l’usage de l’anglais y progresse allègrement. Le français est devenu une langue comme les autres. 

Le Parti québécois a typiquement été en faveur du libre-échange... mais pas d’une ouverture débridée des frontières. Jacques Parizeau parlait d’améliorer la mobilité du capital et des biens, mais de conserver des restrictions quant à la mobilité de la main-d’œuvre. On comprend aujourd’hui pourquoi.

3. L’environnement

Les biens étrangers parcourent des distances considérables avant d’atterrir dans nos foyers. Les Québécois sont de plus en plus sensibles aux questions environnementales. Plusieurs ne sont pas convaincus que les dommages environnementaux causés par le transport de marchandises sont pris au sérieux par les gouvernements. 

Par exemple, la plupart des biens que nous importons des É.-U. sont transportés par camion. Or, les carburants sont clairement sous-taxés chez notre voisin du sud. La mondialisation passerait donc beaucoup mieux si elle réchauffait un peu moins la planète. 

4. La redistribution des gains

Sur papier, le libre-échange profite à tous les pays. Cependant, cette nouvelle richesse finit souvent dans les poches d’une minorité. Pour que la mondialisation soit acceptée par une majorité, les gouvernements doivent être en mesure de redistribuer ces gains parmi la population. 

Il faut dédommager les citoyens qui perdent au change. Combien de gens ont été forcés de prendre leur retraite lorsque notre industrie du textile a migré vers la Chine au début des années 2000 ?  

Pour remédier à ce problème, il faut taxer ces gains et bonifier les programmes sociaux. Mieux imposer les entreprises. Rendre la fiscalité plus progressive. Mieux financer l’éducation et la santé. 

Est-ce que cela a été fait depuis 20 ans ? Je vous laisse répondre à cette question ! 


♦ Jean-Denis Garon est professeur à l’ESG UQAM.