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L’idiocratie

FD-Marche anti masque
Photo Agence QMI, Guy Martel

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Un rassemblement de motards au Dakota du Sud serait à lui seul responsable de 200 000 nouveaux cas de COVID-19.

Chez nous, des crétins s’entassent dans un bar de karaoké pour chanter du Bon Jovi. Devinez le résultat.

Des idiots dénoncent le grand complot mondial promasque en s’imaginant qu’ils sont de courageux manifestants antiapartheid.

Un imbécile menace le premier ministre et dit ensuite qu’il a « écrit ça sous l’impulsion ».

Il utilise son vrai nom. On songe ici au voleur qui oublie son permis de conduire sur le lieu du crime.

  • ÉCOUTEZ Joseph Facal à l'émission de Sophie Durocher, à QUB radio

Vérité

Tout cela survient au moment où les cas remontent en flèche, où l’école recommence, où le message du gouvernement ne passe plus, et où il n’ose plus sévir pour vrai. 

Je confesse mon erreur : je savais que nous étions entourés de crétins, mais je ne savais pas qu’ils étaient si nombreux.

Jadis, les épais se cachaient. Aujourd’hui, ils s’affichent fièrement. On découvre donc leur nombre.

Certes, on peut proposer de respectueuses explications sociologiques de ces comportements stupides.

On dira que ces gens se méfient des institutions, qu’ils « s’informent » auprès de sources qui les renforcent dans leur certitude, que le virus est nouveau, que les vrais scientifiques tâtonnent, etc. 

Mais en dessous de tout cela, pas besoin de trop gratter pour trouver une bêtise spectaculaire, totalement assumée, chimiquement pure, aveuglante de pureté.

En fait, j’avais oublié Cipolla.

En 1976, Carlo Cipolla, professeur d’histoire économique à Berkeley, publie un livre sérieux intitulé Les lois fondamentales de la stupidité humaine

Voici les cinq lois immuables de Cipolla :

1. Nous sous-estimons toujours le nombre d’idiots.

Pourquoi ? Parce que nous sommes portés à croire que quelqu’un n’est pas idiot s’il a un bon emploi, des diplômes ou si c’est une personnalité connue. Faux.

2. La probabilité qu’une personne soit stupide est indépendante de toutes ses autres caractéristiques : sexe, ethnie, âge, religion, revenus, profession, etc. 

Bref, quel que soit le milieu, il contient un nombre fixe d’idiots. Combien exactement ? Nul ne le sait, mais il sera supérieur à votre supposition (voir loi 1).

3. Un être stupide crée des problèmes pour les autres sans retirer des bénéfices personnels pour lui. 

Un voleur de banque est moralement détestable, mais il n’est pas irrationnel : il va là où se trouve l’argent, et il ne veut pas investir temps et énergie pour l’acquérir légalement.

Comme il a une logique, on peut la comprendre et se protéger. 

Le stupide, lui, foncera sans rationalité, sans plan, sans logique, donc sans prévisibilité, juste parce que « ça lui tente » ou « parce que j’ai le droit ».

On peut donc difficilement le voir venir.

4. Les non-stupides sous-estiment toujours les dégâts que font les stupides.

Regardez autour de vous. Ai-je besoin d’en rajouter ?

5. Les stupides sont les êtres les plus dangereux au monde.

Pourquoi ? Parce que leur nombre (loi 1), leur omniprésence (loi 2), leur imprévisibilité (loi 3) et notre sous-estimation (loi 4) nous laissent sans défense ou presque.

Voilà pourquoi la bêtise est une arme de destruction massive.