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Ridicule

Le président américain Donald Trump
Photo AFP Le président américain Donald Trump

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En découvrant mercredi les révélations du plus récent livre du vénérable Bob Woodward, c’est le film Ridicule de Patrice Leconte qui m’est immédiatement venu à l’esprit.

Ce petit bijou, sorti en 1996, brossait un tableau sombre d’une monarchie vacillante qui allait sombrer sous peu avec le début de la Révolution française. Cherchant à sensibiliser la cour au sort pénible réservé à sa région, un jeune noble tente de se frayer un chemin parmi les courtisans.

Pour y parvenir, il doit se livrer à un jeu aussi cruel que ridicule, celui de rivaliser en ingéniosité pour lancer les meilleurs mots d’esprit. Si la pratique permet au roi de préserver son autorité sur les nombreux courtisans, elle est d’une parfaite vacuité et elle détourne l’attention des problèmes bien réels qui affligent les habitants du royaume.

Sur fond de pandémie, les États-Unis traversent à n’en point douter une période particulièrement pénible. Au-delà de la quête de meilleurs traitements ou d’un vaccin pour limiter les dégâts de la COVID-19, nous constatons que l’étoile des États-Unis, sur la scène internationale, pâlit plus rapidement que ce qu’on imaginait, que l’économie s’enlise en affichant des faiblesses structurelles plus inquiétantes et que la fracture sociale est majeure.

Je ne prétends pas présenter ici une liste exhaustive des défis que devront relever nos voisins, mais on peut aussi ajouter les effets catastrophiques des changements climatiques. Les images saisissantes des feux qui sévissent sur la côte Ouest nous démontrent une fois de plus le retard accumulé. À cela, il faut ajouter un climat politique malsain où chacun, comme dans Ridicule, rivalise non pas de jeux d’esprit, mais de bêtises partisanes.

Toute l’attention, ou presque, est aujourd’hui concentrée sur les déclarations enregistrées de Donald Trump alors qu’il se confiait à Woodward. Pour choquantes que puissent être certaines affirmations, elles ne nous apprennent rien de bien nouveau. Rien que les nombreux livres ou articles publiés depuis trois ans ne nous aient déjà appris.

Tous ces ouvrages nous présentent un homme incompétent, véreux et vaniteux. Et puis? Si vous en doutiez encore, rien ne parviendra à vous en convaincre. Que toute l’attention des médias soit braquée sur Rage, de Woodward, m’attriste, parce qu’on se complaît une fois de plus dans la politique spectacle au lieu de chercher des solutions.

Même en imaginant une victoire démocrate, il est difficile d’envisager qu’une seule administration puisse replacer ce gigantesque paquebot que sont les États-Unis sur la bonne trajectoire. Au mieux, Biden freinera la dérive et ramènera un peu de calme. Au pire, le pays va s’entredéchirer pendant que la puissance américaine s’effrite. Ridicule.