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Confiance et défiance politique

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Capture d'écran, TVA Nouvelles Et si le refus de se plier aux règles sanitaires était le symptôme d’un mal beaucoup plus grand ?

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Le gouvernement Legault serre la vis en interdisant les karaokés et en imposant des amendes salées aux citoyens qui ne respectent pas les consignes de la Santé publique. Si on en est à restreindre certaines « libertés » citoyennes, c’est qu’il y a une portion de Québécois qui continuent de défier les règles sanitaires. 

C’est facile de pointer du doigt ces gens-là, ceux qui minimisent, qui ne veulent ni entendre ni se plier aux règles de l’État, ceux qui font payer à tous le prix de leur rébellion. 

Sauf qu’ils sont quand même en nombre suffisant pour que ça vaille la peine de se questionner sur notre confiance politique. Est-elle en train de s’étioler ? Autrement dit, comment ça se fait qu’on soit aussi nombreux à ne pas croire en la bonne parole de l’État ?

Pas des moutons

La confiance envers l’appareil étatique se construit de façon bien simple et est à envisager comme le résultat entre ce que veulent les citoyens (arrêter la pandémie) et ce que le gouvernement en place décide de faire au regard de ce désir.

Les choses se gâtent quand les gens commencent à penser que le gouvernement élu est incapable, pour toutes sortes de raisons, de résoudre les problèmes (mettre fin à la transmission) et que leur vote, finalement, ne sert pas à grand-chose. 

C’est alors la déception, et, tranquillement, la confiance citoyenne s’amenuise pour faire place à la méfiance... puis à la défiance (à quoi ça sert de porter le masque et de suivre ces règles si les cas continuent de s’accumuler). 

Les auteurs Richard Balme, Jean-Louis Marie, Olivier Rozenberg, qui se sont penchés sur les mécanismes qui mènent à la défiance politique, expliquent très bien le processus cognitif à l’œuvre quand une partie de la population, tout à coup, décide de ne plus suivre les règles établies par les politiciens.

Faites vos recherches

Devant une perte de repères, un manque de connaissances ou d’outils d’analyse sur une situation X (ici la pandémie) on a tendance, pour compenser ce déficit, à analyser la situation en se référant non pas aux informations pertinentes, mais aux informations qui sont les plus disponibles.

Ici s’opposent l’information dite crédible, donc validée scientifiquement et habituellement véhiculée par le gouvernement et les médias sérieux, et celle que l’on peut trouver en ligne. C’est le fameux « faites vos recherches ». 

On en arrive donc, à la lueur de cette nouvelle manne d’informations, à fomenter un jugement sur le politique et à vouloir s’en distancier parce qu’il y a une dissonance cognitive entre ce qui est dit par le gouvernement et ce qu’on s’imagine être un manque de résultat. La suite logique est donc la défiance, ou la désobéissance.  

L’ampleur que prend cette défiance est le signe évident d’une crise de confiance et met en lumière les attentes déçues à l’endroit du politique. 

Ce serait con de balayer ça du revers de la main en traitant ce monde-là de coucou.