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Comment gagner son ciel

Les danseurs étoiles parasitent ton ciel  
Jolène Ruest
Photo courtoisie Les danseurs étoiles parasitent ton ciel
Jolène Ruest
XYZ
288 pages
2020

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Prunelle, c’est son nom, se voyait grande danseuse ; elle se retrouve vendeuse au Dairy Queen ! Brutal retour à la réalité. À moins que les rêves ne prennent d’autres tournures ?

Comment trouver l’équilibre quand on a un pied dans les étoiles, celles de la danse et celles du ciel, et l’autre dans le quotidien très terre à terre d’une fille d’Hochelaga-Maisonneuve en manque d’argent ?

C’est le défi que doit relever Prunelle Gagnon, 20 ans, finissante de l’école de ballet qu’aucun contrat n’attend. Mais il faut bien payer son loyer, par ailleurs infesté de punaises de lit. Or, maman ne veut plus aider financièrement sa fille.

Son CV quasiment vide de toute expérience de travail, à part quelques semaines comme cueilleuse de fraises à 14 ans et mascotte à la Fête des neiges, Prunelle cherche un emploi.

De désillusion en désillusion, elle finit par être embauchée au Dairy Queen de son quartier montréalais, occasion de côtoyer des personnages colorés qui n’ont pas, eux, l’ambition de briller au firmament.

Pour autant, Prunelle ne perd pas de vue ce qui l’a portée toute sa vie. À chacun de ses déboires, elle se raccroche à telle ballerine, tel grand danseur, telle chorégraphe pour mieux s’inspirer.

On voit donc passer Isadora Duncan et Rudolf Noureev comme Margie Gillis ou Marie Chouinard – en fait, plus d’un siècle de danse défile sous nos yeux.

Et ça donne un roman irrésistible.

Rebondissements

Sous des dehors désinvoltes, car le ton du récit est plein d’allant, Les danseurs étoiles parasitent ton ciel porte en fait sur une question fondamentale : qu’est-ce que réussir ? Comment savoir si persévérer est peine perdue ? Que faire de son talent ?

Aussi, Jolène Ruest conjugue avec beaucoup d’habileté la grande histoire et la petite.

Les amoureux de la danse seront ravis de relire les grandes étapes de son évolution ; les autres n’en seront pas rebutés tant celles-ci sont liées aux espoirs et aux tourments de Prunelle. C’est parce qu’elle est obsédée par ses idoles que Prunelle a tant de mal avec sa propre vie.

Et celle-ci est pleine de rebondissements ! L’action se situe à l’été 2017 dans un quartier où les tensions montent pour cause d’embourgeoisement. L’auteure arrive à intégrer avec justesse le climat social sans pourtant alourdir son récit.

Il faut dire que les personnages qui entourent Prunelle n’ont rien de sombre. On n’oubliera pas Javel, l’exterminateur punk qui squatte sans émoi, mais avec précaution !, les appartements des nouveaux venus dans Hochelaga. Ni Steven, le gérant du Dairy Queen au passé surprenant, ni Stacy, l’assistante-gérante aux talents de coiffeuse. 

Enfin, bien plus qu’une toile de fond, Hochelaga-Maisonneuve est en soi un personnage, traité avec respect par une romancière qui y vit depuis longtemps. Le petit monde qui s’y côtoie n’est-il pas finalement très grand ?

C’est la sereine leçon qu’on retirera de ce récit qui, mine de rien, nous joue un joli tour : celui de nous trotter dans la tête longtemps.