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Enfants et marketing alimentaire: nocif!

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En début d’année, le rapport intitulé Quel avenir pour les enfants du monde évoquait l’urgence d’agir pour protéger les enfants du marketing alimentaire nocif. Rédigé par une commission regroupant plus de 40 experts de la santé de l’enfant et de l’adolescent venus du monde entier, le rapport rapporte que les publicités alimentaires destinées aux enfants peuvent nuire considérablement à la qualité nutritionnelle de leur alimentation. Tour d’horizon de la réglementation et enjeux pour l’avenir des jeunes. 

La santé des enfants

Selon plusieurs experts en santé, la publicité alimentaire destinée aux enfants a contribué à une hausse rapide de l’obésité infantile. En 2016, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) estimait qu’il y avait 340 millions d’enfants en surpoids ou obèses âgés de 5 à 19 ans dans le monde. 

Au sein de notre province, les données de 2015 rapportent que 30 % des jeunes âgés de 5 à 17 ans affichent un surpoids ou de l’obésité. Ces enfants sont plus à risque de développer des problèmes de santé au cours de leur vie tels que l’hypertension et le diabète.

Étant constamment exposés aux publicités alimentaires, les enfants développent certaines habitudes.
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Étant constamment exposés aux publicités alimentaires, les enfants développent certaines habitudes.

Publicité et réglementation

Le Québec a été la première juridiction au sein de l’Amérique du Nord à émettre un projet de loi pour protéger la santé de nos enfants. Cette loi sur la protection du consommateur interdit toute publicité destinée aux enfants de 13 ans et moins. Au sein des autres provinces, le portrait est différent. Il s’agit d’une autorégulation volontaire, mise en place en 2007, de la part de l’industrie. Cette dernière s’engage alors à ne pas publiciser des aliments malsains aux enfants de moins de 12 ans. Au Canada, les annonces destinées aux enfants ne doivent pas décourager un mode de vie sain et ne pas véhiculer de surconsommation d’aliments. Une autoréglementation est aussi en vigueur dans la plupart des états américains depuis 2006. La publicité télé est également limitée durant la journée. Le Mexique, qui connaît des taux d’obésité infantile importants, a mis en place une réglementation depuis 2015 seulement.

Les enfants sont constamment exposés aux publicités. En dehors du Québec, des recherches indiquent que les enfants voient en moyenne entre 4 et 7 annonces de nourriture à la télévision toutes les heures. Au Canada, 88 % des annonces écoutées par les enfants affichent des aliments riches en calories, en gras, en sel et en sucre. Le constat est clairement que le processus d’autoréglementation canadien n’est pas suffisant. 

Certaines études démontrent même que la situation s’est aggravée avec un nombre supérieur d’annonces ciblant des aliments malsains en 2011 comparativement à 2006. Heureusement, la situation est mieux au Québec. 

Grâce à la réglementation en place, les Québécois francophones sont mieux protégés, mais les anglophones, qui écoutent souvent des chaînes canadiennes, sont beaucoup plus exposés.  

Publicité au supermarché 

Au supermarché, la disposition des aliments à tendance à attirer leur attention.
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Au supermarché, la disposition des aliments à tendance à attirer leur attention.

Malgré la réglementation, les habitudes alimentaires des enfants ne semblent pas s’améliorer. La publicité directe sur les emballages alimentaires n’aidant pas. 

Au Canada, entre 2006 et 2011, l’utilisation de personnages animés sur les emballages des produits a augmenté significativement de 38 %. Au sein des supermarchés canadiens, la majorité des produits destinés aux enfants sont embellis par des couleurs vives, des dessins animés et des personnalités. Ils sont placés à la hauteur des yeux des enfants. 

Pour Corinne Voyer, directrice de la Coalition Poids, une loi fédérale est nécessaire pour contrer le marketing abusif sur les emballages des produits. Son organisme a recensé, en 2018, 469 emballages de produits destinés aux enfants au sein de différents commerces québécois pour constater que 90 % d’entre eux étaient riches en sucre, en sel et/ou en gras saturés. 

De plus, la moitié des emballages affichaient un personnage populaire auprès des enfants. Un projet de loi, initiative de l’ex-sénatrice Nancy Green Raine, visant à interdire le marketing alimentaire destiné aux enfants, notamment sur les emballages de produits, a été déposé auprès du gouvernement fédéral.  

« Bien qu’au Québec, il soit interdit de faire de la publicité destinée aux enfants en raison de leur vulnérabilité, nos travaux démontrent que l’industrie alimentaire profite largement des exceptions de la Loi sur la protection du consommateur pour cibler ceux-ci dans les commerces. Cette situation confirme la pertinence d’une loi fédérale pour les enfants québécois », conclut Corinne Voyer, directrice de la Coalition Poids. 

Cet organisme a aussi réalisé un sondage auprès de 1296 Québécois pour constater que 85 % des répondants conviennent que les enfants sont fortement exposés à des publicités vantant des aliments malsains. Les présentoirs dans les supermarchés, les aliments présentés près des caisses et les emballages accrocheurs inquiètent les Québécois. 

L’avis des enfants

Le Canada gagnerait à s’inspirer du Chili en réduisant la publicité sur les emballages des produits pour enfants.
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Le Canada gagnerait à s’inspirer du Chili en réduisant la publicité sur les emballages des produits pour enfants.

Plusieurs chercheurs canadiens ont effectué des groupes de discussion pour évaluer les préférences, les perceptions et les interprétations des enfants par rapport aux aliments emballés. Les études indiquent que les enfants de 6 à 9 ans sont majoritairement influencés par les emballages colorés et préfèrent ceux avec des personnages animés qu’ils associent à des aliments de meilleure qualité nutritionnelle. 

Les enfants de 10 à 12 ans accordent une importance à l’allégation nutritionnelle sur le devant des emballages et considèrent les personnages animés comme étant enfantins. Enfin, les adolescents de 12 à 14 ans caractérisent la malbouffe comme étant « amusante et agréable à côtoyer ». 

Une autre étude a montré que les enfants âgés de 6 à 11 ans savent reconnaître les produits qui leur sont destinés, notamment ceux avec des dessins humoristiques sur l’emballage et ceux qui peuvent être mangés avec les mains. Ils décrivent aussi les aliments pour adultes comme étant plates et « pas pour eux ».  

Le Chili : un exemple à suivre 

En termes de publicité destinée aux enfants, le Chili est un modèle sur la scène internationale. C’est le seul pays qui interdit l’utilisation des tactiques promotionnelles sur les produits malsains, comme les dessins animés, animations et les jeux sur les emballages des produits. Le Canada devrait s’inspirer d’une telle législation et mettre en place une réglementation plus sévère qui couvre tant les publicités au sein des médias que le marketing destiné aux enfants sur les emballages. Avec de telles mesures en place, on contribuerait à améliorer la santé des jeunes. 


Merci à Asma Hassan Abidalameer, stagiaire en nutrition, de sa précieuse collaboration