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[IMAGES] Les 50 ans de la crise d'Octobre: une escalade de violence

Jacques Bourdon
Photo Chantal Poirier Jacques Bourdon

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Les nuits de l’automne 1970 ont été mouvementées pour le photographe du Journal de Montréal, Jacques Bourdon, et ses collègues journalistes.

Tandis que l’armée canadienne occupait les rues, la «police provinciale» menait des perquisitions nocturnes pour retrouver le ministre Pierre Laporte et le diplomate britannique James Cross, enlevés par le Front de libération du Québec (FLQ). 

En parallèle, les journalistes de la radio, seul média de nouvelles en continu à l’époque, parcouraient fréquemment la métropole pour retrouver un communiqué des ravisseurs, qu’il soit un authentique ou un canular. 

«Ils recevaient un appel anonyme qui disait : un message est caché dans le bottin d’une cabine téléphonique à l’angle de telles rues, se souvient M. Bourdon. Quand on était sur un événement et qu’on voyait les gars de la radio déguerpir en vitesse, on les suivait parce qu’on savait que c’était peut-être un nouveau communiqué du FLQ.» 

  • Écoutez l'entrevue de Jacques Bourdon avec Benoit Dutrizac à QUB Radio:  

Cinquante ans après les faits, le photographe retraité a accepté de revenir, en photos, sur sa couverture de la crise d’Octobre.  

• À lire aussi: Les 50 ans de la crise d'Octobre: photos et documents inédits

Jacques Bourdon
Photo d'archives, Jacques Bourdon

À partir de 1963, le FLQ commença à placer des bombes à Montréal. 

Jacques Bourdon
Photo d'archives, Jacques Bourdon

 Ici, on voit un engin qui venait d’exploser dans l’ouest de Montréal, un peu avant la crise d’Octobre.

Jacques Bourdon
Photo d'archives, Jacques Bourdon

Le sergent Robert Côté avec une bombe dans les mains, avant les événements d’octobre. « Il n’avait pas d’affaire à manipuler la bombe comme ça, ni moi d’être aussi près. Mais à l’époque, c’était comme ça », relate Jacques Bourdon. On se souvient surtout des enlèvements et de la Loi sur les mesures de guerre, mais les violences liées à la volonté d’indépendance ont commencé bien avant, dès le début des années 1960, avec des attentats à la bombe, des braquages, des émeutes et des manifestations réprimées dans la violence.

Jacques Bourdon
Photo d'archives, Jacques Bourdon

Entre 1963 et 1970, le FLQ commet plus de 200 attentats à la bombe, en plus de vols d’armes, de dynamite et d’argent. L’organisation a causé la mort de neuf personnes, dont trois de ses membres, en plus de faire des dizaines de blessés.

Jacques Bourdon
Photo d'archives, Jacques Bourdon

En 1969, une importante manifestation à Saint-Léonard a viré à l’émeute. Les gens s’opposaient à la volonté des immigrants d’accéder à l’école anglophone. Les « Canadiens français » de l’époque craignaient d’être noyés dans un océan anglophone nord-américain, tandis que les nouveaux arrivants voyaient que l’économie était contrôlée par les anglophones. La volonté du gouvernement de l’Union nationale de promouvoir le français avec son « Bill 63 » ne réussit pas à calmer les esprits de ce mouvement nationaliste naissant. « J’ai réalisé bien après que c’était Paul Rose sur la photo », dit Jacques Bourdon, au sujet de l’homme au centre avec une courte barbe.


Le 5 octobre au matin, à 8 h 20, le délégué commercial britannique James Richard Cross est pris en otage par quatre membres de la cellule Libération. Les felquistes demandent, entre autres, la libération de 23 prisonniers « politiques ». Cinq jours plus tard, le ministre du Travail et de l’Immigration, Pierre Laporte, est enlevé à son domicile de Saint-Lambert.

Jacques Bourdon
Photo d'archives, Jacques Bourdon

La résidence cossue où résidait James Richard Cross, au 1297, Redpath Crescent, dans le Golden Square Mile, à Montréal. Sur la photo, on peut voir une des anciennes ambulances de la police de Montréal, chose qui n’existe plus aujourd’hui.

Jacques Bourdon
Photo d'archives, Jacques Bourdon

 Une voisine vient flatter les deux chiens de James Richard Cross après son enlèvement.

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Photo d'archives, Jacques Bourdon

Personnage central de la crise, le ministre de la Justice du Québec de l’époque, Jérôme Choquette, a tenu la première conférence de presse du gouvernement après l’enlèvement du diplomate britannique James Richard Cross. C’est également lui qui a demandé l’intervention de l’armée canadienne. 

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Photo d'archives, Jacques Bourdon

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Photo d'archives, Jacques Bourdon

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Photo d'archives, Jacques Bourdon

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Photo d'archives, Jacques Bourdon

 C’était la commotion devant la maison de Pierre Laporte, le soir de son enlèvement. « Mon père jouait au football avec mon cousin. Il attendait ma mère pour aller en ville. Mais quand elle est sortie, elle a vu une voiture arrêter... La voiture s’est arrêtée et des hommes sont descendus avec des mitraillettes », a rapporté son fils, Jean Laporte, au micro de Denis Lévesque en 2010. 

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Photo d'archives, Jacques Bourdon

L’avocat du FLQ, Robert Lemieux, en discussion avec le journaliste du Journal de Montréal Michel Trudeau (à droite). 

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Photo d'archives, Jacques Bourdon

 Le capitaine Jacques Cinq-Mars (au centre) avec ses hommes de la patrouille de nuit.

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Photo d'archives, Jacques Bourdon

Durant la crise, les policiers effectuaient fréquemment des vérifications d’endroits suspects. Sur la photo, à droite, on voit le grand patron de la police de Montréal la nuit, le capitaine Jacques Cinq-Mars. 

« À l’époque, les policiers nous laissaient les accompagner dans les opérations, beaucoup plus qu’aujourd’hui, raconte Jacques Bourdon. Il n’y avait pas d’affaires de grand cordon jaune pour bloquer l’accès. Au cours de ma carrière, je me suis souvent retrouvé seul avec un cadavre sur les lieux d’un crime, pendant que les premiers policiers attendaient l’arrivée des renforts. »

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Photo d'archives, Jacques Bourdon

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Photo d'archives, Jacques Bourdon

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Photo d'archives, Jacques Bourdon

Tout au long de la crise, le FLQ a fait parvenir des communiqués à la station de radio CKAC afin de faire connaître ses demandes aux autorités. Lorsque la station recevait un appel anonyme, le journaliste Mychel St-Louis (qui porte la moustache sur les photos) et ses collègues allaient récupérer les communiqués disséminés à travers la ville : sous un tapis de porte, dans une cabine téléphonique, etc.

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 Au lendemain de l’enlèvement de Laporte, ce communiqué du FLQ est trouvé dans une poubelle de la gare Windsor, à Montréal. 

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Deux faux messages attribués au FLQ adressés à Pierre Pascau de la station de radio CKLM. Les nombreux faux messages compliquaient la tâche des journalistes et des policiers. 

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Le 14 octobre, Le Journal de Montréal soulignait que des communications capitales sur les otages risquaient de se retrouver noyées dans « l’avalanche de faux communiqués » et autres appels bidon. 

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Photo d'archives, Jacques Bourdon

Pendant des années, l’avocat Robert Lemieux représentera les membres du FLQ. On le voit ici chevauchant une moto Triumph. À ses côtés, en veston-cravate, le célèbre chroniqueur judiciaire Claude Poirier. 

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Photo d'archives, Jacques Bourdon

Après la découverte du corps de Pierre Laporte dans le coffre d’une voiture, la police inspectait fréquemment les véhicules suspects, allant jusqu’à forcer le coffre avec une crow bar (pied de biche) au besoin.

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Photo d'archives, Jacques Bourdon

Sur la photo, à gauche de la voiture, on peut voir un camion de la police de Montréal avec, à l’arrière, un dispositif pour faire détoner des explosifs.

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Photo d'archives, Jacques Bourdon

La petite maison de Saint-Hubert où Pierre Laporte a été détenu pendant une semaine.

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Photo d'archives, Jacques Bourdon

Pour transporter le corps de Pierre Laporte dans le coffre de la voiture qui était dans le garage, sans passer par l’extérieur, les ravisseurs ont percé un trou (à droite) dans le mur de la maison. Par terre, on voit une mare de sang.

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Photo d'archives, Jacques Bourdon

 Ce cliché a été pris dans la salle de rédaction du Journal de Montréal. Le premier ministre du Canada, Pierre Elliott Trudeau, vient de s’adresser à la nation afin d’expliquer pourquoi il a imposé la Loi sur les mesures de guerre la nuit précédente. Sur la photo, on voit les journalistes Daniel Rioux (premier à gauche) et André Dalcourt (deuxième) et, assis au centre, le patron de la salle, Denis Lamoureux.

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Photo d'archives, Jacques Bourdon

En pleine nuit du 16 octobre 1970, Pierre Elliott Trudeau proclame la Loi sur les mesures de guerre, qui suspend les libertés civiles. 

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Photo d'archives, Jacques Bourdon

 Dans les heures suivantes, de 6000 à 8000 soldats de l’armée canadienne sont déployés à Montréal et 500 personnes sont arrêtées et seront détenues jusqu’à 90 jours sans accusations. Parmi celles-ci, on compte de nombreux artistes, journalistes et syndicalistes indépendantistes.


La promulgation de la Loi sur les mesures de guerre a mené au déploiement de 6000 à 8000 soldats canadiens à Montréal, en raison d’une « insurrection appréhendée ». Pour justifier ce déploiement exceptionnel de l’armée dans les rues de la métropole québécoise, les autorités ont souligné que 3000 personnes réunies à l’aréna Paul-Sauvé la veille scandaient « FLQ, FLQ, FLQ... », alors même que le groupe venait d’enlever James Cross et Pierre Laporte.

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Photo d'archives, Jacques Bourdon

La présence de l’armée canadienne visait à protéger les lieux publics contre de nouveaux attentats ou enlèvements, en plus de permettre aux policiers de la métropole de se consacrer aux fouilles et aux perquisitions pour retrouver les deux otages. Ci-dessus, on voit un hélicoptère militaire devant le quartier général de la Sûreté du Québec, rue Parthenais, à Montréal. 

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Photo d'archives, Jacques Bourdon

Les gens devaient ouvrir leur mallette avant d’entrer dans les bâtiments publics.

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Photo d'archives, Jacques Bourdon

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Photo d'archives, Jacques Bourdon

Syndicaliste bien connu, Michel Chartrand, accompagné sur ces photos de son épouse, Simone, tout aussi engagée, sera parmi les premières personnalités arrêtées en vertu de la Loi sur les mesures de guerre, à l’instar de Charles Gagnon, Jacques Larue-Langlois, Pierre Vallières et Me Robert Lemieux. Ensemble, ils se défendront au cours d’un procès surnommé « le procès des Cinq ». Michel Chartrand sera libéré seulement quatre mois plus tard, le 17 février 1971.

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Photo d'archives, Jacques Bourdon

Pour le photographe Jacques Bourdon, la présence des soldats était « moins pire que la COVID-19 ». « Les gens ordinaires savaient qu’ils n’avaient rien à se reprocher, se remémore-t-il. Les soldats n’avaient pas une attitude menaçante. » 

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Photo d'archives, Jacques Bourdon

Sur cette photo, on peut voir deux militaires devant le poste de police numéro 16, tout près du parc La Fontaine, à Montréal.


Le 3 décembre 1970, à 8 h 30, l’armée canadienne encercle le lieu où est retenu James Richard Cross. L’appartement où se terrait la cellule Libération, au 10 945, avenue des Récollets, à Montréal-Nord, a été découvert par la Gendarmerie royale du Canada. Les membres de la cellule, Jacques Lanctôt, Jacques Cossette-Trudel, Pierre Séguin et Marc Carbonneau, ainsi que leurs proches, obtiendront d’être transportés vers Cuba dans un avion militaire en échange de la libération de Cross. C’est le leader communiste Fidel Castro, lui-même un révolutionnaire, qui autorisa la venue des felquistes en exil sur son île. Ils y passeront quatre ans aux côtés d’autres « guérilleros » de partout en Amérique du Sud, en Afrique ou au Proche-Orient venus trouver refuge sur l’île.

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Photo d'archives, Jacques bourdon

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Photo d'archives, Jacques bourdon

James Richard Cross à Dorval, après sa libération et peu avant de prendre l’avion pour l’Angleterre. On voit derrière lui sa fille, Susan. Comme on pouvait s’y attendre, le diplomate britannique était très émotif au moment de sa libération, après 59 jours de captivité. En 2010, il confia au quotidien Le Devoir avoir appris la mort du ministre du Travail, Pierre Laporte, à la télé, alors qu’il était encore aux mains de ses ravisseurs. Jusqu’à la fin, il ne fut jamais rassuré sur son propre sort.  

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Photo d'archives, Jacques bourdon

L’armée canadienne a nolisé un de ses avions pour ramener James Richard Cross chez lui, après sa libération.

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Photo d'archives, Jacques bourdon

Après avoir abandonné le corps de Pierre Laporte dans le coffre d’une voiture, près de l’aéroport de Saint-Hubert, les felquistes de la cellule Chénier (les frères Paul et Jacques Rose ainsi que Francis Simard) se sont réfugiés dans cette maison de Saint-Luc, en Montérégie. Leur complice, Bernard Lortie, avait été arrêté dans un autre événement en novembre, permettant aux trois autres membres de prendre la fuite.  

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Photo d'archives, Jacques bourdon

Surnommé « le policier le plus dur au Canada » par des journalistes de l’époque, Albert Lisacek a participé à la traque des felquistes. « Dans les années 1960 et 1970, je faisais mes propres lois et je travaillais à ma manière. Pour moi, c’était la seule méthode efficace », a-t-il déclaré à la Revue de Terrebonne en 2008. Sur cette photo, l’ancien policier de la Sûreté du Québec patiente à l’extérieur de la maison où les frères Rose ont été retrouvés. Paul Rose avait exigé qu’il sorte de la résidence avant de se rendre, selon un article de La Presse. Son frère, Jacques, a même asséné un coup de poing au visage de Lisacek lors de son procès. 

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Photo d'archives

C’est dans un réduit, au bout d’un passage souterrain creusé derrière la fournaise au sous-sol, que les trois membres restants de la cellule Chénier ont été retrouvés. « Cet abri était muni de toutes les dernières commodités : plancher de bois bien fait, éclairage électrique, radio, sacs de couchage à l’épreuve de l’humidité, vestes de nylon, victuailles pour nourrir le trio pendant plusieurs jours... », écrivait Le Journal de Montréal à l’époque. Un système avait même été installé pour souffler l’air chaud de la fournaise vers le tunnel.  

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Photo d'archives

La une du Journal de Montréal, au lendemain de l’arrestation de Paul Rose, Jacques Rose et Francis Simard, dans une maison de Saint-Luc où ils se cachaient.

Jacques Bourdon
Photo courtoisie, Jacques Bourdon

Durant l’hiver qui a suivi la crise d’Octobre, le photographe Jacques Bourdon a été le premier à arriver sur les lieux où une bombe avait été signalée, à l’angle des rues Papineau et Mont-Royal. « J’ai entendu l’appel sur les ondes de la police, mais quand je suis arrivé j’étais seul. Apparemment, on avait dit aux policiers de ne pas s’y rendre parce que l’endroit était sous surveillance. Ils sont finalement arrivés après que j’ai rappelé pour leur signaler qu’une bombe s’y trouvait. » 

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Photo d'archives, Normand Pichette

Plusieurs felquistes condamnés à la prison ont purgé leur peine au pénitencier de Sainte-Anne-des-Plaines, dans les Laurentides. Sur cette photo de 1975, on voit, dans la rangée du haut, Paul Rose, Edmond Guenette, Pierre Boucher et François Schirm. En bas, Bernard Lortie, Daniel Lamoureux, Francis Simard, Pierre Demers, Robert Hudon, Pierre-Paul Geoffroy et Reynald Levesque.