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Prêt-à-porter prêt à tuer

SLAXX
Photo Pierre-Paul Poulin Elza Kephart, réalisatrice, et Romane Denis, comédienne pour le film d’horreur québécois Slaxx.

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Des pantalons meurtriers? Il n’en fallait pas plus pour capter l’attention des cinéphiles et médias autant québécois qu’étrangers, le synopsis de Slaxx se répandant comme une traînée de poudre sur le web au cours de la dernière année. Ce n’est pas sans un soupçon de fierté dans la voix que la cinéaste montréalaise Elza Kephart discute avec Le Journal de cette fable horrifique cousue de fil rouge... sang.

« Ça peut paraître arrogant – et ce n’est pas mon intention – mais je savais qu’il y aurait un buzz autour de Slaxx. Oui, le synopsis est complètement fou (rires), mais c’est bien plus qu’un simple film d’horreur. C’est un film qui a quelque chose à dire », raconte la réalisatrice.

Car oui, sous cette prémisse somme toute plutôt loufoque se cache un commentaire social à peine dissimulé. Car les pantalons meurtriers de Slaxx servent bien plus qu’à décimer les employés d’une boutique branchée. Ils illustrent un problème beaucoup plus vaste – et important – selon la réalisatrice : le fast fashion, ou « mode éphémère », cette propension qu’ont les grandes compagnies à encourager la surconsommation.

SLAXX
Photo courtoisie, Marlène Gélineau Payette

« Les grandes compagnies réussissent à convaincre les gens qu’il leur faut absolument différents produits, et ces produits sont souvent toxiques. Dans le fond, dans Slaxx, ce ne sont pas les jeans qui sont les véritables monstres, mais bien les entreprises qui les fabriquent en détruisant tout sans se soucier des gens », précise-t-elle.

Plaidoyer pour le changement

Et maintenant, la question qui tue : un film d’horreur peut-il réellement inspirer les cinéphiles à changer leurs habitudes de consommation ?

« Bien sûr ! » lâche Elza Kephart.

Puis, après une brève pause, elle se ravise et nuance sa pensée.

SLAXX
Photo courtoisie, Marlène Gélineau Payette

« En fait, on ne sait jamais comment nos films vont toucher les gens. Mais j’espère que Slaxx les fera réfléchir. On n’y pense peut-être pas tout le temps parce que les vêtements peuvent nous sembler anodins, mais l’industrie de la mode est vraiment horrible », explique-t-elle.

Même son de cloche du côté de Romane Denis, qui prête ses traits à l’héroïne de Slaxx, Libby.

« C’est un film qui nous remet en pleine face le côté néfaste de l’industrie. Après ça, les gens peuvent décider de fermer les yeux ; c’est leur choix. Mais ils ne pourront plus dire qu’ils ne savent pas que ça existe », renchérit la comédienne.

Baptême sanglant

Si la réalisatrice baigne dans l’horreur depuis maintes années – elle a grandi avec la filmographie du maître italien Dario Argento –, cet univers était beaucoup moins familier pour Romane Denis. Slaxx marque aujourd’hui sa première incursion dans le genre... et son baptême a été pour le moins sanglant.

« Je n’ai jamais été fan de l’horreur. En fait, je ne comprends pas le concept de vouloir payer pour avoir peur ! Mais les rares fois où j’ai regardé des films du genre, j’étais fascinée par l’envers du décor. Je me disais que les acteurs devaient tellement avoir du fun à tourner ça. Et j’avais raison », lance-t-elle en riant.

« Tourner un film d’horreur, c’est quelque chose qui ne se compare à absolument rien d’autre. On travaille différemment, on va chercher des émotions qui sont complètement différentes aussi. Le côté fantastique nous donne une liberté beaucoup plus grande », avance-t-elle.

Femmes fortes

Bref, la jeune comédienne tenait à tenter l’expérience d’un genre dont elle ignorait les codes. Mais un autre facteur a également titillé son intérêt : l’aspect féminin – et féministe – du projet.

« Ça faisait du bien d’être sur un plateau avec une réalisatrice, des productrices, des auteures... Travailler avec autant de femmes, c’est très excitant », avance Romane Denis.

« Le but de Libby, ce n’est pas de trouver un garçon. Et ça, c’est quelque chose que j’ai toujours beaucoup plus de plaisir à jouer. En fait, aucun des personnages féminins de Slaxx n’est une petite fille perdue : ça paraît que ça a été écrit par deux femmes. C’est aussi pour ça qu’on a besoin de plus de femmes qui écrivent des scénarios parce que ça donne des personnages féminins plus réalistes », complète-t-elle. 

Des propos qui trouvent écho chez Elza Kephart.

« Pour nous, ça vient naturellement de mettre des personnages féminins de l’avant. Et on n’a pas non plus le réflexe d’écrire des rôles stéréotypés. Ça prend plus de femmes dans l’industrie. Mais ça prend aussi plus de gens de différentes origines, de différents milieux, de différente orientation sexuelle... Sinon, on raconte toujours les histoires du même point de vue. Et ça, c’est plate, non ? » explique la réalisatrice.


Slaxx est présentement à l’affiche