/sports/football
Navigation

«J’ai frappé le mur et je ne pouvais plus continuer»

L’entraîneur-chef de l’équipe de football du CNDF, Marc-André Dion, s’ouvre sur sa dépression

Quebec
Photo Stevens LeBlanc À l’aube du début de la saison, Marc-André Dion est un homme transformé. Après avoir demandé de l’aide pour soigner une dépression, il a retrouvé l’énergie nécessaire.

Coup d'oeil sur cet article

Dans un milieu macho comme le football où tout le monde s’efforce de cacher tout ce qui pourrait être interprété comme un signe de faiblesse, Marc-André Dion a eu le courage de demander de l’aide pour vaincre ses démons.

Même s’il traînait ce problème depuis un certain temps, l’entraîneur-chef du CNDF a été frappé par la tempête parfaite en novembre dernier. 

«C’était en moi, mais je ne le réalisais pas, confie Dion au sujet de sa dépression, qui l’a gardé à l’écart, de novembre à mars, avant qu’il reprenne le collier de façon graduelle. Il y a eu une séquence d’événements qui m’ont poussé à demander de l’aide. Ma femme a fait une fausse-couche le mardi ; nous avons été éliminés le samedi ; et mon beau-père est décédé le dimanche. La semaine suivante, alors que débutait le recrutement, la période la plus importante de l’année, je n’étais pas là. J’ai frappé le mur et je ne pouvais plus continuer. J’ai décidé de consulter. Pour mon médecin, le diagnostic était évident.»

Si la séquence d’événements qui s’est produite en novembre a été le point de rupture, Dion réalise plus que jamais qu’un meilleur équilibre de vie est primordial. 

«Ce n’est pas mon employeur qui me mettait de la pression, mais la défaite venait me chercher plus qu’un individu normal. Je me souviens qu’au baptême de mon fils, j’étais à terre, frustré, et j’avais l’air bête plus qu’à l’habitude parce que nous avions perdu la veille contre le Vieux-Montréal, au lieu de vivre pleinement ce moment spécial.»

«Mon travail prenait trop de place dans ma tête, de poursuivre l’ancien plaqueur étoile du Rouge et Or de l’Université Laval. Je passais des nuits blanches après une défaite. J’avais moins d’énergie. Je me suis écroulé parce que je ne dormais pas assez. Tous les entraîneurs sont “workaholic”, et c’est quasiment encouragé, mais il y a moyen d’avoir une vie plus balancée. C’est un défi quotidien de mener une vie plus équilibrée. Ma femme a été bonne. Elle vivait le deuil de son père, son mari était en dépression, et elle s’occupait d’un petit garçon d’un an et quelques mois.»

«Heure juste»

Si les retrouvailles avec ses joueurs ont été repoussées en raison de la pandémie de COVID-19, Dion n’a pas hésité à parler de sa situation à son retour après le confinement. «J’ai raconté mon histoire aux gars et j’ai assumé pleinement mes problèmes, résume-t-il. Si les joueurs vont mal, j’espère qu’ils vont m’en parler. Tant mieux si mon expérience peut les aider.»

«Je n’ai jamais eu peur de dire les vraies choses, d’ajouter celui qui dirige le CNDF depuis 2005, même si on ne peut pas montrer nos faiblesses au football. Ce fut la même chose quand nous avons consulté pour la fécondation in vitro. C’était une infertilité inexpliquée. La dépression comme la fécondation in vitro sont des sujets tabous. Plus on en parle, moins ça devient tabou. Il y a de gros préjugés à l’égard des antidépresseurs. En 2004 en quittant le Rouge et Or, j’ai arrêté mes médicaments pour mon trouble d’attention. Je devais travailler deux fois plus fort pour me concentrer, et ma batterie tombait à plat plus vite. Les médicaments m’ont permis de mieux dormir, de récupérer, et c’est pourquoi j’ai remonté la pente. C’est le jour et la nuit. Je suis motivé, j’ai de l’énergie, je suis plus productif et mieux structuré.»

Impatient de voir la saison débuter, Dion modifiera son approche. 

«Mes attentes envers moi-même et l’équipe ainsi que ma soif de victoire vont demeurer les mêmes, assure-t-il, mais je vais plus relativiser les choses après une défaite. Aussi je ne partirai plus dans un grand délire stratégique comme avant. Je vais passer plus de temps avec les jeunes qu’à élaborer de grandes stratégies. Je vais apprécier plus et moins essayer de faire la différence. Avant je n’étais jamais content, que je gagne ou perde.»

Craintes

Dion avait des craintes quand son psychologue lui a dit qu’il devait prendre un pas de recul et s’arrêter.

«Pas au sujet des personnes dans mon cercle rapproché, mais je craignais la réaction de nos adversaires qui auraient pu tenter de nous nuire en pleine période de recrutement, souligne-t-il. Je suis reconnaissant à l’endroit de Pascal [Masson], Victor [Tremblay] et Benjamin [Garand-Gauthier] qui ont redoublé d’ardeur et qui ont mené le recrutement à cent pour cent. J’ai appris à connaître les recrues à mon retour.»