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Trudeau fils offrira-t-il des excuses pour le geste de Trudeau père?

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Photo d'archives, Pierre-Yvon Pelletier

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Avec le 50e anniversaire, le 16 octobre, de la promulgation de la Loi sur les mesures de guerre par Trudeau père, la pression sera forte sur Trudeau fils.

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Pression pour qu’il présente des excuses officielles au nom de l’État canadien.

« Justin Trudeau s’est excusé pour tellement de choses depuis quelques années. Je pense qu’il pourrait aussi s’excuser pour ça », affirme Louis Fournier, auteur de FLQ, histoire d’un mouvement clandestin (VLB), dont une réédition paraîtra le 24 septembre.

Lui qui était journaliste au moment des faits voit dans l’invocation de cette loi « l’événement probablement le plus traumatisant au Québec au XXe ». Il s’agit à ses yeux d’« une infamie, une loi épouvantable » qui a permis des « arrestations sans mandat, sans raison, injustifiables, de personnes innocentes ».

L’idée de réclamer des excuses officielles à Ottawa pour cette fameuse loi circule depuis plusieurs années. Notamment au Bloc québécois, qui envisage de déposer une motion en chambre le 16 octobre. Si jamais la conjoncture politique changeait et qu’un scrutin était déclenché d’ici là, il en ferait une demande électorale officielle, a-t-on appris.

En 2015 déjà, lors d’un des débats de la campagne électorale, Thomas Mulcair avait fait sortir Justin Trudeau de ses gonds en pourfendant la décision de Trudeau père de suspendre les droits et libertés au Québec en 1970. Et en rappelant qu’à l’époque, seuls les néo-démocrates avaient refusé d’appuyer cette mesure radicale.

Joint cette semaine, l’ancien chef du NPD soulignait que la pensée de Justin Trudeau sur cette affaire « a semblé évoluer récemment ». Il note qu’après le déboulonnage de la statue de John A. Macdonald, Trudeau fils a dit que l’on devait oser débattre publiquement des « bonnes choses » et des « quelques erreurs » de « tous nos leaders du passé », y compris son propre père. « On sait jamais, peut-être qu’il est rendu là », s’interroge Mulcair.

Lalonde outré

Que Justin Trudeau offre des excuses officielles ? « C’est totalement ridicule ! On aura tout vu. Franchement, là, c’est la première fois que j’en entends parler, mais j’ai de la difficulté à croire qu’il y a des gens qui pensent sérieusement à ça », s’indigne Marc Lalonde, 91 ans. En 1970, il était chef de cabinet de Pierre Elliott Trudeau.

C’est même lui qui s’est rendu physiquement à Québec et à Montréal pour faire signer des lettres officielles par le gouvernement Bourassa et l’administration du maire Drapeau. « Deux demandes formelles par écrit parce que Trudeau se disait que ces gens-là se devaient d’être engagés, car si la soupe devenait chaude, il ne pourrait offrir de réponses évasives. »

Trudeau père, malgré ce que son fameux « Just watch me » a pu laisser penser, était des plus réticents, insiste Lalonde. Il a pris cette décision à contrecœur : « Regardez toute l’histoire de cet homme-là, ses positions idéologiques, ses écrits antérieurs et tout ce que vous voudrez, ce n’était pas du tout dans sa ligne de pensée. »

De plus, il souligne que les arrestations ont été « essentiellement » faites par les forces policières de Montréal et la Sûreté du Québec, en vertu des pouvoirs qu’elles avaient.

Et si l’armée a débarqué au Québec, c’est encore une fois à la demande explicite du gouvernement Bourassa et de la Ville de Montréal : « On n’avait pas le choix ! La loi dit bien que si une province demande l’intervention de l’armée, le fédéral la met à la disposition de la province. »

Il concède que les arrestations arbitraires ont pu être traumatisantes, « et, d’ailleurs, Québec s’est déjà excusé peu après les faits », du temps du premier gouvernement Bourassa : « Ils ont accepté de payer des compensations pour des gens qui ont été arrêtés illégalement et sans raison. »

Indemnités

Louis Fournier confirme : 103 personnes sur les 497 ont reçu des dédommagements réclamés par l’ombudsman de l’époque, Louis Marceau, « 400 $ en moyenne ». En 1978, la chanteuse Pauline Julien a réussi à soutirer une compensation symbolique d’un dollar, « mais surtout, la reconnaissance que son arrestation était une erreur ». C’est un avocat, Claude Samson, qui a obtenu l’indemnité la plus importante, dès 1975 : 16 000 $ du ministère québécois de la Justice.

« N’empêche, Ottawa devrait reconnaître sa part de responsabilité et offrir des excuses », dit Louis Fournier, en rappelant qu’Eric Kierans, membre du cabinet Trudeau en 1970, avait soutenu que l’adoption de cette loi avait été une « immense injustice ».