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Le politicien qui disait n’importe quoi

Cuties (Mignonnes)
Photo courtoisie, Netflix Mignonnes

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Bon, il semble bien que je vais devoir écrire une deuxième chronique pour prendre la défense du film français Cuties (Mignonnes), diffusé sur Netflix depuis le 9 septembre.

Non seulement ce film se fait faussement accuser d’être de la pornographie infantile, non seulement des milliers de gens annulent leur abonnement à Netflix à cause de ce film, mais en plus, en fin de semaine, un politicien canadien a écrit une énorme sottise au sujet de ce film qu’il n’avait manifestement pas vu.

Je ne sais pas, vous, mais quand un politicien veut nous dire ce qu’on devrait voir ou ne pas voir, ça m’inquiète.

HOU, C’EST MAL !!!!

Depuis cinq jours, le mot-clic #annulernetflix se répand sur les médias sociaux comme une traînée de poudre. Tout ça parce que le film Mignonnes de Maïmouna Doucouré montre pendant quelques minutes des jeunes filles de onze ans danser de façon très suggestive.  

Samedi, le tout nouveau chef du Parti conservateur Erin O’Toole, pensant manifestement que cette controverse pouvait lui amener des votes, a tweeté : « Je suis un père profondément troublé par cette émission, sur Netflix. L’enfance est une période d’innocence. Nous devons en faire plus pour protéger nos enfants. C’est de l’exploitation, et c’est mal ». 

Par où commencer ? Premièrement, ce n’est pas une émission, c’est un film. Deuxièmement, c’est précisément parce que la réalisatrice considère qu’on doit protéger l’innocence des enfants qu’elle a fait ce film.

Mignonnes raconte l’histoire d’Amy, 11 ans, écolière à Paris, qui étouffe dans sa famille musulmane originaire du Sénégal.

Elle s’emmerde dans les rencontres religieuses et se cache sous son voile islamique pour regarder des vidéos de danseuses à la mode qui se dandinent le derrière pour être populaires.

Amy est révoltée que son père amène une deuxième épouse à la maison : la polygamie fait pleurer sa mère.

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Amy est tiraillée entre les valeurs extrêmement traditionnelles de sa famille et les valeurs extrêmement sexuelles (et même pornographiques) que la société française banalise.

Comme bien des jeunes filles de 11 ans, elle découvre le pouvoir de son jeune corps sur les garçons et les hommes, ce qui la déstabilise. Alors quand elle croise un groupe de jeunes filles de son école qui dansent librement, elle est fascinée.

Pendant à peu près une minute, à la fin du film, Amy et ses copines font une chorégraphie très explicite pour un concours de danse. Mais le film ne fait pas l’apologie de la sexualisation de gamines de 11 ans ! Au contraire !

Le public de ce spectacle de danse est choqué de voir des gamines être aussi explicites.

Amy elle-même maîtrise mal cette sexualité, comme un enfant qui se brûle les doigts en jouant avec des allumettes. Voilà ce que Monsieur O’Toole aurait vu et entendu et compris s’il s’était donné la peine de voir le film et d’y réfléchir deux secondes.

PROFONDÉMENT TROUBLÉ

Je me demande ce qu’un politicien populiste comme Erin O’Toole aurait dit en 1976 quand le film Taxi Driver est sorti.

Jodie Foster, qui n’avait que 12 ans, y jouait le rôle d’une prostituée.

Le chef du Parti conservateur aurait-il accusé le film de faire la promotion de la pornographie juvénile ? Aurait-il considéré que Jodie Foster était exploitée ? Aurait-il dit que parler de prostitution, « c’est mal » ?