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C’est la faute à l’internet

ART-GALA PRIX GÉMEAUX-2019-TAPIS ROUGE
Photo Agence QMI, Joêl Lemay

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Climat de polarisation, insultes, menaces : on a l’impression que le débat dégénère dangereusement ces temps-ci.

Deux parlementaires ont publiquement, dans les dernières semaines, porté plainte à la police pour protéger leur sécurité.

Le dernier en date est Pascal Bérubé, chef parlementaire du PQ, à qui un internaute, sur Twitter, a dit : « Vous et votre conjointe ne pourrez plus marché [sic] dans les rue [sic] bientôt. »

L’homme a retiré son Tweet en prétendant qu’il ne voulait pas menacer le couple.

Malheureusement, ce n’est pas un acte isolé. Le premier ministre Legault a eu droit à des menaces de mort plus explicites encore récemment. La police a enquêté.

L’été dernier, ce n’était pas un élu, mais un personnage clé de notre lutte contre la pandémie, le Dr Horacio Arruda, qui faisait l’objet d’inquiétants propos dont l’auteur a finalement été arrêté.

  • ÉCOUTEZ Antoine Robitaille sur QUB radio au sujet des menaces qu'a reçues le chef intérimaire du Parti québécois, Pascal Bérubé

Moins de violence

Que des citoyens menacent des politiciens au nom d’idéologies n’est pas nouveau. Pensons seulement à la crise d’Octobre de 1970, à l’enlèvement et au meurtre de Pierre Laporte. Depuis, on n’a cessé de resserrer les mesures de sécurité autour de nos élus.

Paradoxalement, notre époque est moins violente politiquement que les précédentes.

Mais le débat public, lui, gagne en violence verbale depuis l’avènement de l’internet pour le commun des mortels en 1995. Et se sont ajoutés entre-temps les réseaux sociaux.

Des inventions à bien des égards fabuleuses ; tellement pratiques en fait qu’elles nous rivent à nos écrans pour le travail, pour communiquer, pour nous divertir, pour payer nos comptes, etc.

Cette vie en ligne obsessive a toutefois des effets pervers. Elle rassemble chacun d’entre nous dans ses communautés d’intérêts abstraites. Lesquelles peuvent finir par nous enfermer. L’autre n’appartenant pas à cette niche devient un être méchant, haïssable. D’autant plus qu’il ose remettre en question les petites « certitudes » que la niche renforce et confirme prétendument à coup d’informations déformées, dévoyées ou trafiquées.

En plus, on peut, dans un clic, envoyer paître le « méchant » dont on vient à oublier qu’il est une personne réelle. Avant, il fallait au moins prendre un bout de papier, écrire, acheter un timbre, poster la lettre...

« Vous êtes trop caves les FakeNews pour vous rendre compte que ce complot est chinois. Un acte de guerre », m’a récemment écrit un lecteur. Des affiches de la même eau, trahissant l’américanisation de nos débats (autre sous-produit de l’internet), sont légion dans les manifestations contre le port du masque.

« Autoroutes de l’information »

L’ère des médias de masse avait bien des défauts, mais on y était au moins contraints à un moment ou à un autre de sortir de nos niches.

Comment combattre les faussetés qui ont trouvé une infinité de chemins jusqu’aux extrêmes (droites et gauches) sur les « autoroutes de l’information » (pour employer un archaïsme trahissant la naïveté des années 1990) ? En développant une « hygiène numérique » ; en sortant de ses « niches » ; en cultivant l’art de la nuance ; en refusant d’obéir à l’injonction à s’indigner. Je le sais : plus facile à dire qu’à faire.