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Des enjeux qui divisent les électeurs

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Le sondage Léger de cette semaine interroge les électeurs canadiens et américains sur leurs préférences politiques. Les différences et les ressemblances en disent long.

Ce sondage, comme beaucoup d’autres, donne une avance assez stable d’environ sept points de pourcentage à Joe Biden sur Donald Trump, mais ce sont les différences entre leurs partisans qui retiennent mon attention.

Un coup d’œil aux différences entre républicains et démocrates sur quelques enjeux clés aide à comprendre pourquoi l’électorat américain est si imperturbable et le ton de la campagne si impitoyable. Ces résultats comportent aussi quelques enseignements pour nous.

Primauté des enjeux identitaires 

À quelques exceptions près, les écarts entre républicains et démocrates aux États-Unis sont plus élevés que ceux entre conservateurs et libéraux au Canada.

Les écarts majeurs entre démocrates et républicains sont sur des enjeux culturels auxquels de nombreux électeurs attachent une grande importance. Qu’on parle d’avortement, d’armes à feu, d’homosexualité, d’immigration, de peine de mort ou de manifestations contre les injustices raciales, ces enjeux touchent des considérations identitaires sur lesquelles plusieurs électeurs sont imperméables au compromis.

Ces écarts d’opinions sur des enjeux propices à la division sont plus importants du côté américain, où ils sont exacerbés par un bipartisme uniforme à l’échelle du pays.

Polarisation et « tribalisme partisan »

À une époque pas si lointaine, les républicains et les démocrates avaient des opinions moins alignées avec les orientations de leur parti sur ces enjeux identitaires qu’aujourd’hui. Le fait que bon nombre de partisans pouvaient se reconnaître dans certaines orientations du parti adverse rendait plus facile de voter contre un candidat de son propre parti.

Aujourd’hui aux États-Unis, les électeurs alignés avec leur parti sur tous ou presque tous ces enjeux culturels ou identitaires sont beaucoup plus nombreux. 

Fait intéressant : les divisions sur l’intervention de l’État dans l’économie sont plus faibles aux États-Unis qu’au Canada. Les partis américains se démarquent davantage sur les enjeux identitaires. 

Certaines recherches démontrent que les partis américains sont devenus eux-mêmes des groupes identitaires de plus en plus hermétiques.

C’est ce qui pousse un grand nombre d’Américains à appuyer leur parti contre vents et marées, même s’ils désapprouvent le candidat ou s’ils sont désavantagés par ses politiques. Cela explique aussi en partie le ton extrêmement négatif des campagnes électorales qui font appel au « tribalisme partisan » en visant davantage à mobiliser les convertis qu’à persuader les rares électeurs ouverts à la persuasion. 

Des leçons ?

Donald Trump n’a pas créé cet environnement polarisé, mais il l’a exploité pour ses propres fins et a contribué à creuser davantage le fossé entre les partis.

La division entre libéraux et conservateurs au Canada est davantage axée sur des considérations plus pragmatiques (notamment le degré d’intervention gouvernementale dans l’économie), mais notre paysage politique n’est pas exempt de divisions profondes sur des enjeux qui touchent des cordes identitaires, notamment l’immigration.

Si on s’inquiète de ce qu’est devenue la politique américaine, il n’est pas déraisonnable de se demander s’il pourrait s’agir d’un avant-goût de notre propre paysage politique.