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Des préposés craignent d’être bernés

Jeff Begley
Photo Audré Kieffer Jeff Begley, président de la Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS–CSN), montre l’avis d’engagement au salaire de 20,55 $/h que les nouveaux préposés ont dû signer dans les derniers jours.

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Des préposés aux bénéficiaires dont la formation vient de se terminer craignent toujours d’être floués par le gouvernement Legault, à qui ils demandent de tenir son engagement en leur versant le salaire de 26 $/h qui leur a été promis.

«La seule fois où on nous a parlé de notre salaire, c’était avant la formation, pour nous appâter. Mais après, on n’a eu aucune nouvelle information sur ça, jusqu’à [la semaine dernière]», dénonce un nouveau préposé aux bénéficiaires de Montréal qui a requis l’anonymat, comme tous les autres avec lesquels Le Journal s’est entretenu, par peur de représailles.

Le 27 mai dernier, le premier ministre François Legault annonçait la mise en place d’une formation accélérée payée pour former 10 000 préposées aux bénéficiaires (PAB) en CHSLD.

Il promettait alors que le salaire horaire offert dès la fin de cette formation devait être de 26 $/h, soit 49 000 $ par année.

En contrepartie, les futurs PAB ainsi formés devaient travailler au moins un an à temps complet en CHSLD, sous peine de devoir rembourser leur bourse d’études qui s’élève à 9120 $. 

Or, bien que le gouvernement Legault ait réitéré sa position encore récemment (voir plus bas), les nouveaux préposés ont dû signer un avis d’engagement au salaire de 20,55 $/h dans les derniers jours. 

  • ÉCOUTEZ la chronique politique de Rémi Nadeau, chef du Bureau parlementaire à Québec pour Le Journal de Montréal et Le Journal de Québec, sur QUB Radio:   

Des primes temporaires

En attendant la signature de la nouvelle convention collective qui pourrait prendre des semaines, voire des mois, et qui inclura un salaire de base à 26 $/h, le gouvernement a ajouté plusieurs primes qui font grimper le salaire des nouveaux préposés à 25,60 $/h (voir plus bas). 

Toutefois, deux d’entre elles, totalisant 4,40 $, ne sont en place que pour la durée de la crise sanitaire. Si on se fie aux promesses du gouvernement, elles devraient être remplacées par la suite par une autre prime, si la convention n’a pas été signée avant la fin de la crise.

Une note du ministère de la Santé devait être envoyée aux futurs préposés pour leur expliquer en détail ces modalités.

Mais comme plusieurs ne l’ont pas reçue avant la signature de leur contrat, ils craignent de s’être fait flouer et dénoncent le manque de communication dans ce dossier.

Pas surpris

Jeff Begley, président de la Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS–CSN) qui représente ces travailleurs, dit comprendre la frustration et l’incertitude des préposés. Toutefois, il n’est pas surpris de la situation.

  • Écoutez l'entrevue de Jeff Begley avec Benoit Dutrizac sur QUB Radio:

«Nous savions depuis le début qu’on n’atteindrait jamais le 26 $/h promis, on ne comprenait pas de quelle façon [Legault] pouvait y arriver. Et lorsque la pandémie sera terminée, le salaire va diminuer de façon importante», croit-il, soulignant que le montant forfaitaire attribué pour travailler en CHSLD sera retiré à compter du 30 septembre. 

  • ÉCOUTEZ La rencontre Dutrizac-Dumont sur QUB radio:  

«Pas logique»

La problématique est telle que plusieurs étudiants ont quitté la formation à la toute fin de celle-ci, rapporte le président de la FSSS-CSN.

Une nouvelle préposée de Saguenay pense d’ailleurs retourner à son ancien emploi en pharmacie, comme plusieurs de ses collègues. «Le gouvernement va avoir formé 10 000 personnes, mais en perdra la moitié parce que l’entente n’est pas respectée. Ce n’est pas logique», déplore-t-elle.

D’autres individus ayant suivi la formation rappellent que plusieurs d’entre eux n’avaient pas réellement besoin de cet emploi, mais qu’ils s’y étaient engagés pour aider leur prochain.

«J’avais une entreprise qui fonctionne, avec un bon salaire et de bonnes conditions, mais j’ai décidé de me lancer dans la formation pour faire une différence ! Mais finalement, on nous a menti», tranche une préposée de Québec. 

Les promesses de Legault  

Jeff Begley
Photo d'archives, Simon Clark

27 mai 2020

«On parle d’emplois à temps plein, avec tous les avantages sociaux et autres, avec un salaire de 940 $ par semaine (26 $/h), 49 000 $ par année, suite à une formation [...] pendant laquelle les personnes recevraient un salaire de 760 $ par semaine.» —François Legault lors de l’annonce d’une formation accélérée de trois mois pour recruter 10 000 préposés qui iront travailler en CHSLD  

21 août 2020

«Une fois que la formation est terminée, le 15 septembre, c’est 26 $ l’heure ; 49 000 $ par année. Ça, c’est très clair, non négociable. Et ça va être dans la convention collective. Puis, tant que la convention collective ne sera pas signée, c’est ce qui va être payé.» —François Legault, répondant aux inquiétudes soulevées par des préposés, réitère son engagement concernant le salaire des futurs préposés 

Un salaire qui diffère   

  • Salaire actuel 20,55 $  
  • Prime de non-chevauchement (2 %) 0,41 $  
  • Prime COVID (8 %)** 1,64 $  
  • Montant forfaitaire en CHSLD 180 $/750 heures 0,24 $   
  • Montant forfaitaire pour du temps complet (100 $/semaine)** 2,76 $    

Sous-total* 25,60 $ 

* D’autres primes peuvent s’appliquer advenant une éclosion de COVID ou selon les quarts de travail 

** Ces primes sont offertes seulement pendant la crise sanitaire 

Source : Avis d’engagement du CIUSSS de la Capitale-Nationale 

Ce qu’ils ont dit  

Comme celui qui se trouve sur cette photo, six nouveaux préposés aux bénéficiaires à qui Le Journal a parlé ont demandé l’anonymat par crainte de représailles.
Photo Chantal Poirier
Comme celui qui se trouve sur cette photo, six nouveaux préposés aux bénéficiaires à qui Le Journal a parlé ont demandé l’anonymat par crainte de représailles.

«Nous, on a respecté notre engagement : on a suivi la formation, les cours, le stage, même si c’était difficile. Apprendre un métier en seulement quelques semaines, c’était vraiment intense. Mais là, c’est le gouvernement qui ne nous respecte pas !» –Un futur PAB de Montréal

«On a de très bonnes valeurs, on veut aider, mais il ne faut pas non plus nous prendre pour des cons. Aujourd’hui, ce n’est pas une question d’argent, mais une question de principe.» –Une future PAB de Québec

«On n’a pas seulement menti aux gens qui se sont inscrits à cette formation en pleine face en promettant ces 26 $ de l’heure, on a aussi menti à tous les Québécois.» –Un futur PAB de Montréal

«J’ai sacrifié mon emploi pour faire cette formation, et aujourd’hui, si je ne signe pas le document d’embauche, je dois rembourser la bourse qu’ils nous ont donnée, alors que j’ai respecté mon engagement en suivant les cours et en faisant mon stage.» –Un futur PAB de Montréal

«Je ne trouve pas ça correct. Je ne vois pas pourquoi nous, on devrait respecter notre contrat d’une durée d’un an, si [le gouvernement] ne respecte pas sa part du marché. Ce n’est pas ce qu’on nous avait promis.» –Une future PAB de Québec

«Si ça reste comme ça, moi je vais retourner travailler en pharmacie avec le même salaire et je n’aurai pas à travailler de nuit ou de soir. Ils [le gouvernement] nous ont vraiment niaisés.» –Une future PAB de Saguenay