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Les hésitations de François Legault

GEN - MANIFESTATION DES ANTIMASQUES
Photo Martin Alarie La démocratie en danger

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Le premier ministre en bon père de famille semble porté à croire que la persuasion vaut mieux que la contrainte. C’est tout à son honneur, car il n’est pas autoritaire de nature.

Rappelons que René Lévesque avait été réticent à légiférer pour imposer la loi 101. Il l’avait d’ailleurs admis un jour. Il trouvait «humiliant» d’avoir à imposer le français au Québec comme seule langue officielle. Il aurait préféré de loin que les anglophones québécois acceptent cette mesure pour assurer la pérennité du français, clé de voûte de la survivance de la majorité francophone.

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Depuis le début de la pandémie, François Legault s’est montré patient, bienveillant, même à l’égard des réticences des sceptiques sur les mesures contraignantes mises en place pour minimiser les effets de la COVID-19.

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Tergiversation

François Legault ne peut plus tergiverser. Malgré le confinement et les restrictions moins sévères pendant la période du déconfinement, une lame de fond a déferlé sur nous. Les opposants de tout genre tiennent le haut du pavé. Dans la rue ils s’en donnent à cœur joie. Les hordes de défenseurs des « libertés » ont l’avantage de s’appuyer sur des conspirationnistes et autres délinquants sociaux et politiques à vision apocalyptique.

On sait qu’aux États-Unis, actuellement, 35 % des Américains appartiennent à la mouvance complotiste. Il n’y a pas de statistiques récentes pour le Québec. Certains avancent le chiffre de 10 %. Une chose est certaine par contre. Samedi dernier, 10 000 personnes se sont réunies à Montréal pour dénoncer le masque, la distanciation obligatoire, les vaccins, etc. Eh bien, combien de gens se seraient retrouvés dans la rue pour défendre le français en recul ? Cent, peut-être trois cents dans le meilleur des cas.

Le premier ministre Legault nous annonce qu’il prendra solennellement la parole à l’Assemblée nationale.

Le mot « solennel » est important. Les inquiétudes des citoyens croissent au fil des semaines. François Legault devrait utiliser les réseaux de télévision pour s’adresser à la nation. Il faut encadrer cette intervention d’une solennité qui souligne la gravité de la situation actuelle, qui accable le fondement de notre démocratie.

Déstabilisation

Le premier ministre est seul habilité par sa fonction à parler au nom de tous les Québécois. Il ne peut plus sous-estimer--- la force de la déstabilisation sociale provoquée par des manifestants dont une partie non négligeable est manipulée par des complotistes professionnels.

Contrairement à d’autres chroniqueurs, je ne crois pas que la grande popularité de François Legault – 78 % des Québécois l’appuient – soit inquiétante. Il devrait au contraire s’appuyer sur cette marque de confiance et ne plus tergiverser face à ceux qui se fichent des règles actuelles adoptées par le gouvernement caquiste.

Personne n’est au-dessus de la loi. François Legault ne peut plus dépendre que de la bonne volonté des citoyens. Ce n’est pas avec de la compréhension ou grâce à une thérapie comportementale qu’on va amener les Québécois qui ne craignent pas la police et vomissent leur haine sur les politiciens à changer d’attitude et à respecter la démocratie. Il faut des sanctions financières et sociales afin de prouver que la démocratie n’est pas impuissante devant ces nouveaux convertis aux théories aussi irrationnelles qu’inquiétantes.