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Citoyens et citoyennes à la rescousse de la biodiversité, l’exemple de la Fiducie foncière du Mont-Pinacle

Citoyens et citoyennes à la rescousse de la biodiversité, l’exemple de la Fiducie foncière du Mont-Pinacle
Photo Jean-François Petit

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«Il existe une relation d’amour difficile entre l’humain et son environnement naturel. Pourtant, l’humain fait partie de la nature au même titre que la flore et la faune. Depuis des temps immémoriaux, il en dépend pour s’abriter, se nourrir, se soigner, apprendre, s’inspirer, rêver. En retour, dans un monde parfait, il doit en prendre soin avec humilité et gratitude», explique Danielle Dansereau, dont la bienveillance du regard n’en fait pas moins une battante redoutable.

Cofondatrice et présidente de la Fiducie foncière du Mont-Pinacle, Danielle a été de tous les combats pour protéger le milieu de vie d’une grande diversité d’espèces dans la région de Frelighsburg, dans les Cantons de l’Est où elle vit depuis 46 ans. Si plus de 360 hectares de milieux naturels sont aujourd’hui protégés à perpétuité autour du mont Pinacle, c’est grâce à la détermination et à l’engagement de citoyens et de citoyennes comme Danielle. 

Citoyens et citoyennes à la rescousse de la biodiversité, l’exemple de la Fiducie foncière du Mont-Pinacle
Photo Laure Waridel

Un combat citoyen

À la fin des années 1980, un grand projet récréotouristique de centre de ski, de golf et de condos est mis en avant par un promoteur qui souhaite développer l’un des derniers massifs encore à l’état sauvage à proximité de Montréal. Ce projet divise la communauté locale. Certains y voient un eldorado possible dans un contexte de relative morosité économique, alors que d’autres prédisent un désastre écologique dans un milieu fragile où habitent des espèces rares et à statut précaire. Deux visions s’affrontent quant à l’avenir du mont Pinacle et de ses environs. 

Un groupe de citoyens propose d’agir concrètement en créant une fiducie foncière qui donne à ses membres des outils pour la protection du patrimoine naturel. Les pressions politiques et les actions judiciaires se multiplient de part et d’autre, au point d’aboutir devant la Cour suprême des années plus tard. 

Inspirée par la tradition des land trusts états-uniens, la fiducie foncière a un statut d’organisation charitable qui lui permet d’amasser des fonds pour acheter des terres afin de les soustraire aux pressions spéculatives. Après les avoir dotées de conditions de protection à perpétuité, elle peut par la suite les revendre.

Afin de pouvoir jouer ce rôle, la Fiducie foncière du Mont-Pinacle s’incorpore donc en 1991, grâce à un formidable investissement en temps, en expertise et en argent de la communauté locale et bien au-delà. Non seulement la fiducie achète rapidement un premier terrain sur le flanc nord du mont Pinacle, mais elle est désormais en mesure de négocier des servitudes de conservation sur les propriétés privées avoisinantes, dans le but de maintenir, restaurer et préserver le patrimoine naturel de la région. De nombreux propriétaires acceptent de s’engager, signant des actes notariés qui permettront de protéger leurs terres à perpétuité, même lorsqu’elles changeront de propriétaires. 

Toujours plus d’aires protégées par des citoyens

Dimanche dernier, la Fiducie foncière du Mont-Pinacle et Corridor appalachien célébraient l’ajout de 79 hectares d’aires protégées supplémentaires grâce à l’engagement de la famille Sactouris. 

Tout en demeurant propriétaires de leur terre, les Sactouris ont mis sous conservation une magnifique forêt et des milieux humides où habitent plusieurs espèces à statut précaire. Cette entente de conservation à perpétuité porte à plus de 14 400 hectares l’étendue des aires protégées par Corridor appalachien, duquel fait partie la Fiducie foncière du Mont-Pinacle. 

Comme dans les Cantons de l’Est, un peu partout à travers le Québec, des citoyens et des citoyennes décident de ne plus attendre après les gouvernements pour protéger la biodiversité. De nombreuses fiducies foncières comme celle du Mont-Pinacle ont vu le jour. Elles créent des synergies avec des organisations plus grandes, comme Corridor appalachien, la Fondation de la faune, Conservation de la nature Canada, Nature Québec, Nature-Action, le Réseau des milieux naturels protégés, Canards illimités et plusieurs autres organisations sans but lucratif qui jouent un rôle clé dans la protection des milieux naturels au Québec. 

Si le dernier rapport des Nations unies sur l’état de la biodiversité donne envie de pleurer, tant les objectifs que se sont donnés les États sont loin d’être atteints, il démontre aussi que, lorsque des actions sérieuses sont entreprises localement, elles donnent des résultats probants. La biodiversité ne sera pas protégée sans engagement citoyen. Ça, c’est certain! 

Comme Danielle Dansereau dans son petit village de Frelighsburg et tant d’autres citoyens et citoyennes, nous avons tous un rôle à jouer pour protéger la nature que l’on habite et qui nous habite. Quand je suis découragée, je me répète cette phrase de Margaret Mead, souvent citée mais pas encore assez intégrée à notre vision du monde: «Ne doutez jamais qu’un petit groupe de personnes peuvent changer le monde. En fait, c’est toujours ainsi que le monde a changé.» 

Mettre sa terre sous conservation   

  • Si vous êtes propriétaire d’une terre et avez envie d’en protéger une partie à perpétuité, un petit guide publié par le gouvernement du Québec peut vous éclairer sur les différentes options qui s’offrent à vous. Vous pouvez y accéder en cliquant ici. 
  • Une page, disponible ici, sur les aires protégées du Ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, peut aussi vous être utile.