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Les politiciennes et les médias

Conf presse Mélanie Joly Pierre Fitzgibbon
Photo d’archives, Chantal Poirier La mairesse de Montréal, Valérie Plante, a maintes fois dénoncé le « deux poids deux mesures » qui affecte les femmes en politique.

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Très soucieuses de leur performance médiatique, les femmes qui se présentent en politique municipale estiment recevoir un traitement différent encore aujourd’hui dans les médias.

Depuis des années, les partis politiques cherchent à savoir pourquoi les femmes hésitent autant à se lancer en politique.

Partant de cette préoccupation, des chercheuses de l’UQAM se sont penchées sur la relation qu’entretiennent ces femmes candidates avec les médias.

Une première étude portant sur l’espace médiatique démontrait que celui occupé par les hommes candidats était disproportionné par rapport à celui des femmes. Qu’on ne nourrissait pas les mêmes attentes ni les mêmes perceptions envers ces dernières. 

Cette fois, on a mené des entrevues avec des candidates aux élections municipales de 2017, dans 10 régions administratives, dont Québec, afin de connaître leur perception de la couverture médiatique.

Très peu d’études se sont penchées sur cette question dans le monde municipal en particulier, qui constitue pourtant une porte d’entrée très fréquente pour les femmes qui se lancent en politique.

Dans cette étude, on en vient à la conclusion qu’il existe toujours un « régime de genre » en politique municipale, qui se répercute de façon négative dans la représentation médiatique des femmes candidates. 

Vieux stéréotypes

Ainsi, la couverture médiatique accordée aux aspirantes politiciennes, rapporte l’étude, concerne souvent des enjeux typiquement associés aux femmes.

On leur parle de conciliation travail-famille, on leur demande qui s’occupe des enfants et des tâches pendant qu’elles mènent une carrière politique. 

Ces questions n’aboutissent pas dans la cour des hommes, note l’une des auteures de l’étude, Caterine Bourassa-Dansereau, professeure au Département de communication sociale et publique de l’UQAM.

Puis, on s’intéresse encore à l’habillement des femmes, à leur apparence, à leur sensibilité, ce qu’on ne fera pas avec les hommes, ou très rarement.

La politicienne émue s’attirera des reproches, tout comme celle qui se fâche et met son poing sur la table. Mais pas le politicien, à qui l’on trouvera plutôt des qualités humaines et de leadership dans de tels cas.

Candidate parfaite

Et il n’y a pas que les médias à blâmer. Ainsi, les femmes hésitent davantage à développer des contacts dans les médias. Elles se préoccupent beaucoup de leur performance médiatique, au point qu’elles auront tendance à refuser d’accorder des entrevues tant qu’elles ne sont pas convaincues d’être préparées parfaitement.

« Les politiciennes ont peut-être encore à prouver leur crédibilité, à défendre leur place encore plus que leurs homologues, ce qui fait qu’elles veulent être vraiment très préparées dans les médias », observe Mme Bourassa-Dansereau. 

J’ajouterai que les femmes doivent prendre confiance et cesser d’être aussi exigeantes envers elles-mêmes. Et que plus il y aura de modèles, plus cette obligation de construire l’image de la politicienne sans faille s’estompera. 

Comme le mentionne la chercheuse, notre société a fait beaucoup de chemin... mais il reste encore beaucoup de chemin à faire.