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Québec achète un hélico allemand plutôt qu’un appareil construit ici

Le gouvernement a procédé sans appel d’offres afin d’épargner du temps

Hélicoptère Bell 206 de la SQ
Photo courtoisie Québec a acquis un Airbus H145 d’occasion pour remplacer le Bell 206 de la SQ qui s’est écrasé, en janvier, dans le lac Saint-Jean.

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Alors que François Legault veut miser sur le « fabriqué au Québec » pour la deuxième moitié de son mandat, voilà que son gouvernement vient d’acheter un hélicoptère assemblé en Europe plutôt que de choisir un appareil fait ici.

Le mois dernier, Québec a versé un peu plus de 13,1 millions $ à Airbus pour acquérir un hélicoptère H145 d’occasion construit en 2016 en Allemagne.

L’appareil remplacera l’hélicoptère Bell 206 de la Sûreté du Québec qui s’est écrasé en janvier dans le lac Saint-Jean alors qu’il participait aux recherches visant à retrouver des motoneigistes disparus.

  • Écoutez l'analyse d'Antoine Robitaille et de Caroline St-Hilaire avec Benoit Dutrizac sur QUB Radio:

Avant l’acquisition de cet Airbus H145, le gouvernement ne comptait dans sa flotte que des hélicoptères Bell. Depuis 1986, ce constructeur américain exploite une usine à Mirabel, au nord de Montréal. C’est dans ces installations, uniques au Canada, que sont assemblés tous les appareils civils de Bell.

« On a été surpris d’apprendre qu’un constructeur québécois n’avait pas été considéré et qu’il n’y avait pas eu d’appel d’offres », a déclaré au Journal une porte-parole de Bell, Patricia Bergeron.

Le Bell 206 de la SQ
Photo courtoisie
Le Bell 206 de la SQ

Surprise à Mirabel

« On a quand même une main-d’œuvre hautement qualifiée et une chaîne d’approvisionnement très forte au Québec, a-t-elle ajouté. L’achat par la SQ d’un hélicoptère Bell serait conforme au mot d’ordre “Achetons québécois” de M. Legault et aurait des retombées positives sur notre économie. »

La décision de Québec survient alors que Bell Textron s’apprête à mettre à pied 75 de ses 1200 travailleurs de Mirabel en raison du ralentissement de la demande. 

Au ministère des Transports du Québec (MTQ), responsable de la flotte d’aéronefs du gouvernement, on dit avoir opté pour un appareil usagé dans le cadre d’un contrat de gré à gré « afin d’accélérer la mise en service ».

« L’hélicoptère pourra être en service d’ici la fin de l’année, plutôt que dans deux ou trois ans pour un appareil neuf lorsqu’on tient compte du processus d’appel d’offres, des délais de construction [...] et de livraison », a indiqué une porte-parole du MTQ, Émilie Lord.

Mme Lord a soutenu qu’avec l’équipement de recherche et sauvetage dont sera doté l’Airbus H145, « les coûts d’un appareil neuf sont estimés à 22 millions $, et ce de manière très approximative ».

« Sans pouvoir divulguer nos prix, les solutions offertes par Bell auraient été nettement plus abordables que la somme déboursée pour l’achat de l’appareil Airbus », a martelé Mme Bergeron.

Dépenses additionnelles

De plus, l’ajout d’un nouvel appareil dans la flotte gouvernementale risque d’entraîner des coûts additionnels, selon Bell. 

« L’acquisition d’un H145 rendra nécessaire la formation sur un nouveau type d’appareil [...] sans compter qu’il faudra se procurer un nouvel outillage », a expliqué la porte-parole de Bell.

Banal en apparence, l’achat de cet hélicoptère a eu pour effet d’antagoniser deux des principaux maîtres d’œuvre de l’industrie aéronautique québécoise, une situation inusitée.

Rappelons que Québec est le partenaire d’Airbus dans l’avion A220, également construit à Mirabel. Le gouvernement québécois a perdu 1,3 milliard de dollars dans ce programme lancé par Bombardier sous le nom de C Series.