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Trump, le Nobel de la paix et la présidentielle

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Photo AFP Le premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, et le président américain, Donald Trump, saluent la foule depuis le balcon Truman de la Maison-Blanche.

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Trump est en nomination pour le prix Nobel de la paix. C’est un député norvégien d’extrême droite qui l’a proposé pour son rôle dans les récents accords de paix entre Israël, les Émirats arabes unis et Bahreïn. Trump ne peut sans doute pas trouver Bahreïn sur une carte du monde.

En 2018, ses partisans voulaient qu’il obtienne le Nobel pour ses ouvertures à la Corée du Nord qui n’ont rien donné. Sauf de lui permettre de se pavaner au bras de Kim Jong-un à Singapour pour des occasions photo.

Hitler, prix Nobel de la paix !

Contrairement aux autres prix Nobel, le lauréat de celui de la paix est choisi par un comité du parlement norvégien. Créé par Alfred Nobel, l’inventeur de la dynamite, il vise à récompenser des réalisations remarquables en faveur de la paix. Parmi ses lauréats les plus célèbres figurent Mère Teresa, Nelson Mandela et Martin Luther King Jr. Le nom de Gandhi a été proposé cinq fois et jamais retenu.

L’histoire du Nobel de la paix a été marquée par des mises en nomination ahurissantes qui ont miné sa crédibilité.

Adolf Hitler a été sélectionné pour le Nobel de la paix en 1939 par le député social-démocrate scandinave Erik Brandt, vantant son « amour ardent de la paix ». C’était un canular pour dénoncer le premier ministre britannique Neville Chamberlain, qui venait de signer avec le Führer des accords lui permettant d’annexer une partie de la Tchécoslovaquie.

La proposition fut retirée, mais Hitler figure toujours dans les registres des candidats au Nobel de la paix. Le monstrueux Joseph Staline a été sélectionné deux fois, en 1945 et en 1948. Le dictateur italien Benito Mussolini a aussi été proposé.

Les Émirats et Bahreïn embrassent Israël : quoi de neuf ?

Cette « normalisation » des relations de Bahreïn, des Émirats arabes unis et d’Israël ne mérite pas un Nobel : comme l’Arabie saoudite, ils entretiennent déjà depuis longtemps des relations secrètes avec l’État juif. C’est coup de pub pro-Trump.

Ces trois pays arabes, comme le premier ministre Benjamin Netanyahou, espèrent si ardemment la réélection de Trump qu’ils vont même jusqu’à renier la cause palestinienne. Et il fallait que ça se fasse vite pour que l’homme à la longue cravate rouge puisse se péter les bretelles dans le Bureau ovale devant les caméras.

En 2009, Barack Obama a obtenu le prix Nobel de la paix alors qu’il venait d’être élu et n’avait encore rien fait pour le mériter. Par la suite, il n’a réussi ni à apporter la paix en Afghanistan ni en Irak et n’a pas réconcilié les Israéliens et les Palestiniens pendant ses huit années au pouvoir.

C’est l’accord de 2015 destiné à contrôler le programme nucléaire iranien, endossé par l’Union européenne, la Chine, la Russie, le Royaume-Uni et l’Allemagne, qui aurait dû lui mériter le Nobel de la paix. De connivence avec Netanyahou, Trump a retiré les États-Unis de l’accord, qu’il a dénoncé avec véhémence dès son élection.

Trump, lui, mérite le prix récompensant le maître du chaos et de la zizanie politiques.