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Ce que la «bibitte» révèle de nous

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Photo capture d’écran TVA Nouvelles

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Bernard Landry me disait souvent : aime ton peuple comme il est, avec ses qualités et ses défauts.

Je me répète cette phrase tous les jours.

Il le faut quand je vois mon premier ministre, à court de mots, implorer, supplier les gens de faire attention. 

Ce n’est pas seulement l’insouciance de ceux qui mettent les autres en danger.

Ce n’est pas seulement ces « smattes » qui, dans les bars, accompagnaient l’alcool de croquettes de poulet pour dépasser le couvre-feu de minuit. 

C’est une attitude plus généralisée de relâchement.

Nous

Selon la firme Léger, un tiers des Québécois admet se laver les mains moins qu’avant.

Près de la moitié admet moins respecter la distanciation qu’avant.

L’inquiétude à l’idée d’attraper le virus est bien moindre (20 % de moins !) chez nous que dans le reste du Canada.

Au moment où ça redécolle, c’est comme si le printemps dernier était loin, loin, loin.

Les « crinqués », eux, sont de plus en plus agressifs et ne se cachent plus.

J’essayais de comprendre quand mes yeux se sont posés sur Le Code Québec, l’ouvrage de 2016 dans lequel Jean-Marc Léger décortiquait notre peuple à l’aide d’une foule de chiffres.

Il y a certes, disait-il, des différences de générations, de régions, de classes sociales, mais on peut dégager les traits généraux de notre peuple, qui est de culture française, mais vit dans une société anglaise, avec un mode de vie américain. 

Parmi les traits distinctifs de l’homo kebekensis dégagés par Léger, cinq éclairent, me semble-t-il, plusieurs attitudes qu’on voit en ce moment.

76 % des Franco-Québécois font passer la recherche du plaisir avant la réalisation du devoir. 

C’est 23 % de plus que chez les anglophones.

Or, ces temps-ci, la quête du plaisir est sérieusement entravée, d’où frustration. 

74 % des Franco-Québécois trouvent plus important de jouir du présent que de préparer l’avenir.

C’est 28 % de plus que chez les anglophones.

La prévoyance, ce n’est pas notre tasse de thé.

88 % des Franco-Québécois se disent heureux contre 77 % chez les anglophones.

Serait-ce qu’on est plus frustrés parce qu’on tombe de plus haut ?

70 % des Franco-Québécois disent A-DO-RER le magasinage contre seulement 45 % des anglophones.

Si vous tripez sur le Carrefour Laval ou le Quartier Dix30, les temps ont été durs. 

Bottines

Léger disait aussi que le Franco-Québécois était possiblement un champion du monde dans la catégorie « grand parleur, petit faiseur ».

Il se dit pour l’environnement, mais est un gros pollueur. 

Il se dit pour la « solidarité », mais fait peu de bénévolat et donne peu aux organismes de charité.

Il se dit pour la « défense » du français, mais passe à l’anglais devant une serveuse ou un immigrant qui a de la misère avec notre langue.

Grand parleur, petit faiseur ? Justement, face au virus, nos bottines suivent de moins en moins nos babines.

Et pourtant, tous les matins, je me rappelle Bernard : aime ton peuple comme il est.

C’est en effet le seul que j’ai.