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Lesbos: opération de police pour transférer les réfugiés à la rue dans un nouveau camp

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La police grecque a commencé, jeudi, à évacuer une partie des milliers de réfugiés jetés à la rue par l'incendie de Moria vers un nouveau camp.

Ce nouvel emplacement sera «provisoire», ont promis l'ONU et les autorités grecques, qui ont évoqué Pâques comme date butoir pour transférer les exilés de l'île de Lesbos.

Vers 7h (heure locale), la police, présente en force après avoir bloqué la zone à Médecins sans frontières et aux médias, faisait le tour des tentes, dans le calme, pour progressivement vider le secteur de ses sans-abri et les amener vers le nouveau camp érigé à la hâte après l'incendie, il y a une semaine. 

Sous un soleil déjà chaud, et sur fond de pleurs d'enfants, plusieurs réfugiés pliaient leurs couvertures, apportaient des sacs contenant leurs affaires sauvées des flammes la semaine dernière, ou se mettaient à démonter les tentes de bric et de broc installées sur l'asphalte. 

Des femmes et des enfants rejoignaient également la barrière de police, baluchons sur le dos, a constaté un journaliste de l'AFP.

Quelque 70 policières participent à l’opération. Sur des vidéos diffusées par la police, on voit des femmes policières en uniforme blanc discutant avec des familles et des femmes réfugiées.

Depuis l'incendie de Moria, où vivaient près de 13 000 réfugiés dans des conditions dramatiques, des milliers de personnes s'étaient installées sous des abris de fortune sur un coin de route et des stationnements de supermarché fermés.

Médecins sans frontières, qui a ouvert une clinique d'urgence dans cette zone, s'est vu interdire l'accès dans la nuit, alors que des rumeurs d'évacuation couraient, a indiqué l'ONG à l'AFP. À 7h30 (heure locale), ses membres ne pouvaient toujours pas rejoindre leur clinique.

«Une opération de police est en cours pour amener les réfugiés vers le nouveau camp. Cela ne devrait pas empêcher l'aide médicale», a twitté l'ONG.

Poussés par l'épuisement

Le camp de Moria, le plus grand d'Europe, mis en place il y a cinq ans au pic de la crise migratoire, a été entièrement détruit par l'incendie, prémédité, selon les autorités grecques. Six jeunes migrants afghans ont été arrêtés, dont quatre ont été mis en examen pour «incendie volontaire».

Les autorités grecques et l'ONU construisent, depuis samedi, un nouveau camp à partir duquel, assurent-ils, les procédures d'asile pourront reprendre. Mais de nombreux réfugiés ont refusé de s'y installer, par crainte de se voir de nouveau coincés pendant des mois dans l'attente d'un éventuel transfert vers le continent grec, ou un autre pays européen.

Mais, poussé par l'épuisement d'une semaine à la rue sous un soleil de plomb, sans mesures sanitaires, un mouvement a fini par s'amorcer vers le nouveau camp, où plusieurs centaines de migrants sont arrivés mercredi, selon des humanitaires.

Selon les derniers chiffres des autorités grecques, mardi, 1200 personnes avaient rejoint ce camp d'urgence, érigé non loin des ruines de Moria.

Mercredi soir, 1000 tentes, pouvant chacune accueillir 8 à 10 personnes, y étaient érigées. Des tentes médicales doivent encore être dressées, et deux zones de quarantaine sont prévues, alors que quelques dizaines de cas de COVID-19 ont été détectés, mais qui sont, pour l'heure, sans gravité. 

L'objectif de ce nouveau camp «provisoire» est que les réfugiés «puissent progressivement, et dans le calme, quitter l'île pour Athènes» ou «être réinstallés ailleurs», a indiqué mercredi le représentant en Grèce du Haut commissariat de l'ONU aux réfugiés (HCR), Philippe Leclerc.

«Le HCR pousse les autorités [grecques] à accélérer le processus [de demande d'asile] pour que les gens ne restent pas trop longtemps» ici, a-t-il ajouté. 

Le ministre grec de la Protection civile, Michalis Chrysochoidis, a estimé que «la moitié» des exilés pourrait quitter Lesbos «d'ici Noël» et «les autres d'ici Pâques».