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À la conquête d’un irréductible record

Melanie Myrand tentera de battre la marque québécoise féminine sur marathon, qui tient depuis 37 ans

Melanie Myrand
Courtoisie Melanie Myrand

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Il y a de ces records qui ont la couenne plus dure que d’autres. Le meilleur chrono québécois féminin en marathon, détenu par Jacqueline Gareau depuis 1983, fait partie de ces exploits qui résistent au temps. Le 4 octobre, Melanie Myrand, une infirmière qui a travaillé au cours des derniers mois en première ligne auprès de patients atteints de la COVID-19, souhaite s’attaquer à cette marque toujours inébranlable.

C’est dans le cadre du Marathon du P’tit Train du Nord, dans les Laurentides, que Myrand ciblait le record. Vendredi, toutefois, l’organisation a été contrainte d’annuler cet événement puisqu’elle aurait été obligée de garantir qu’en tout temps, il n’y aurait pas plus de 250 personnes sur les 42,2 km du parcours pendant tout le marathon.

La Montréalaise doit donc se tourner vers un plan B, toujours le 4 octobre. Le P’tit Train du Nord tente actuellement d’obtenir l’approbation de la Santé publique pour présenter sa compétition en version élite, avec seulement huit coureuses. Si la tentative échoue, Myrand pourrait aussi se rabattre sur le marathon de Waterloo, une boucle de 1,7 km à compléter 25 fois. L’événement est aussi présenté le 4 octobre. « Dans le contexte sanitaire actuel, ce n’est pas totalement une surprise. Reste que je suis dans une excellente forme, donc je veux vraiment avoir l’opportunité de courir un marathon », a réagi l’athlète de 34 ans.

Un record qui perdure

Le 18 avril 1983, Jacqueline Gareau franchissait la ligne d’arrivée du Marathon de Boston en 2 h 29 min 28 s. Depuis, jamais une coureuse québécoise n’a parcouru la mythique distance sous la barre des 2 h 30 min.

Myrand a explosé sur la scène canadienne du marathon l’an dernier quand elle a établi une marque personnelle en négociant le parcours de Rotterdam en 2 h 33 min 20 s. Ce temps impressionnant lui a valu une qualification pour les mondiaux au Qatar, où elle a pris le 27e rang en septembre dernier.

Fait remarquable, il s’agira seulement du sixième marathon à vie pour celle qui rêve des Jeux olympiques.

« Cet hiver, je discutais avec mon entraîneur à propos des standards olympiques pour Tokyo, en 2021. Je soignais une blessure à la hanche et on s’est demandé s’il valait mieux de forcer la note pour les standards olympiques ou de trouver un marathon pour tenter d’établir le record québécois. On a choisi de viser le record », a expliqué celle qui jongle entre l’entraînement et son travail prenant d’infirmière praticienne spécialisée en soins de première ligne.

Horaire chargé

Contrairement à d’autres coureurs qui ont la chance de consacrer 100 % de leurs énergies à leur sport, Myrand a dû parfaire son entraînement à travers un emploi du temps chargé. En plus de son boulot régulier au CLSC de Saint-Polycarpe, en Montérégie, elle a prêté main-forte dans un hôtel spécialement aménagé en avril pour des patients déclarés positifs à la COVID-19.

« C’est devenu comme un petit hôpital où 130 patients sont passés sur trois étages. Je ne me suis jamais posé de questions et j’ai voulu travailler pour le bien de ma communauté. Je me définis d’abord comme une infirmière et ensuite comme une coureuse », a-t-elle souligné.

Fierté et admiration

Même si Melanie Myrand a l’opportunité de passer à l’histoire, elle préfère garder profil bas. « Le record québécois, c’est très spécial et je serais fière de le battre, mais je cours d’abord pour moi, pour mon bien-être. Si jamais j’établis le record, il y a d’autres jeunes coureuses très talentueuses qui poussent et qui vont me battre dans quelques années », a-t-elle affirmé en riant. Ce qui anime par-dessus tout Myrand, c’est la profonde admiration qu’elle voue à la détentrice du record, Jacqueline Gareau.

« Elle est l’une des grandes coureuses de l’histoire du Canada. Le fait qu’elle ait réussi un tel chrono il y a tant d’années, c’est impressionnant. On était loin de l’évolution qu’on connaît aujourd’hui en course à pied. Nous avons de plus en plus d’informations à tous les jours sur la nutrition ou les techniques de course et d’entraînement. Ce n’était pas le cas à l’époque. Jacqueline Gareau, c’est quelqu’un de très spécial », a louangé l’aspirante à sa couronne.

« C’est le temps que le record soit battu » 

C’est en compagnie des membres du club d’athlétisme Ville-Marie que Melanie Myrand a préparé dans les dernières semaines sa course à venir, sur le parcours du Marathon du P’tit Train du Nord.
Photo courtoisie
C’est en compagnie des membres du club d’athlétisme Ville-Marie que Melanie Myrand a préparé dans les dernières semaines sa course à venir, sur le parcours du Marathon du P’tit Train du Nord.

Jacqueline Gareau se range derrière Melanie Myrand dans sa tentative.

Quand Melanie Myrand a fait savoir sur ses réseaux sociaux qu’elle s’entraînait dans le but de faire tomber le record québécois féminin au marathon, elle a pu compter sur un encouragement de taille. « Vas-y, c’est à ton tour ! », lui a lancé nulle autre que Jacqueline Gareau. La grande dame du marathon au Québec n’allait certainement pas ménager son appui. Garder jalousement son record pour elle, après toutes ces années, ne fait pas partie de sa philosophie.

« Si Melanie réussit à le battre, je vais la célébrer. C’est le temps que le record soit battu », a assuré Jacqueline Gareau, en entrevue avec Le Journal.

Celle-ci n’a jamais rencontré sa prétendante, mais elle a constaté l’évolution fulgurante de sa carrière de coureuse. Tant qu’à voir le record filer, aussi bien que ce soit entre les mains d’une personne aussi dédiée.

« Tout le monde dans le milieu de la course à pied est bon. Si la personne qui bat le record y met autant de travail que de talent, comme Melanie le fait, je vais être la première à applaudir », a promis Gareau.

Pas de pression

Le record, qui tient depuis 37 ans, n’est pas encore battu. Tout peut arriver dans une course aussi éreintante, même avec la meilleure volonté du monde.

« Je pense que ça peut se faire, mais plein de choses peuvent arriver. Pour réussir un bon gâteau, ça prend tous les bons ingrédients », a imagé Gareau, qui enfile toujours les espadrilles de course aujourd’hui.

Pour avoir tracé la voie à une autre époque, la vénérable athlète est en mesure de prodiguer quelques conseils à Myrand.

« Melanie va essayer et l’objectif lui sert de motivation. Par contre, il ne faut pas qu’elle se mette de pression. Les records sont faits pour être battus et si c’est le bon jour, ce sera ça. Sinon, elle pourra s’essayer un autre jour. Les records, c’est bien, mais le but est de s’entraîner pour soi et pour bien performer », a-t-elle philosophé.

Une autre réalité

Pour Jacqueline Gareau, il va de soi que les barrières tombent. Les coureurs d’aujourd’hui sont infiniment mieux outillés que dans les années 1980 pour attaquer des chronos agressifs.

« Dans le temps, je ne prenais que de l’eau durant mes marathons. Je n’avais pas de gels ou de barres dans ma poche ! Pour l’entretien de mon corps, je n’avais pas beaucoup d’aide. J’ai été souvent livrée à moi-même », a-t-elle raconté.

« C’est sûr que c’est flatteur de savoir que je détiens le record québécois depuis tout ce temps, mais je n’ai jamais couru pour ça. J’ai toujours couru simplement parce que j’aimais courir. Je pense que de battre ce record-là, il faut que ça se fasse. On est rendu là ! »

LES MEILLEURES PERFORMANCES QUÉBÉCOISES  

Femmes 

  • 1. Jacqueline Gareau (2 h 29 min 28 s), 1983, Boston 
  • 2. Odette Lapierre (2 h 30 min 35 s), 1988, Boston 
  • 3. Carole Rouillard (2 h 30 min 41 s), 1994, Victoria 
  • 4. Lizanne Bussières (2 h 30 min 57 s), 1988, Boston 
  • 5. Ellen Rochefort (2 h 31 min 36 s), 1988, Boston  

Hommes 

  • 1. Alain Bordeleau (2 h 14 min 19 s), 1984, Ottawa 
  • 2. Janik Lambert (2 h 17 min 55 s), 1999, Chicago 
  • 3. Michel Brochu (2 h 18 min 47 s), 1991, Londres 
  • 4. Jean Lagarde (2 h 19 min), 1994, Ottawa 
  • 5. Rhéal Desjardins (2 h 19 min 26 s), 1984, Ottawa