/investigations/polices
Navigation

Il a été forcé de démissionner en trois petites minutes

Un employé du gouvernement l’aurait menacé de congédiement s’il ne partait pas

Marcel Forget
Pierre-Paul Poulin / Le Journal

Coup d'oeil sur cet article

L’ancien numéro 2 de l’UPAC, Marcel Forget, dit s’être fait donner trois minutes par un représentant du gouvernement pour démissionner de ses fonctions le jour de la publication d’un article sur lui en novembre 2017.

• À lire aussi: Le Journal rectifie les faits

• À lire aussi: L’UPAC en crise en 2017, dit son ex-no 2

• À lire aussi: L’ex-ministre Coiteux mis sur le gril en cour

• À lire aussi: L’ex-no 2 de l’UPAC n’avait plus la confiance du ministre

• À lire aussi: L’ex-patron de l’UPAC forcé de sortir de son mutisme

« Vous avez trois minutes pour démissionner. [...] Si vous démissionnez pas, on vous congédie », lui aurait lancé le matin du 30 novembre André Fortier, ex-secrétaire général associé aux emplois supérieurs, une entité du Conseil exécutif du gouvernement du Québec.

C’est ce qu’a relaté Marcel Forget hier, lors d’un témoignage extrêmement émotif au palais de justice de Montréal. Le témoin a dû s’arrêter plusieurs fois pour pleurer longuement. 

« C’est honteux d’être ici à pleurer comme un enfant, a-t-il regretté à un moment. J’ai été démoli, j’ai été détruit », a-t-il poursuivi.

Forget poursuit le gouvernement du Québec pour 2 millions $ pour ce qu’il estime être un congédiement illégal. Dans les semaines qui avaient précédé l’ultimatum d’André Fortier, Marcel Forget avait déjà été rencontré à deux reprises à Québec pour s’expliquer au sujet de reportages publiés par notre Bureau d’enquête.

Plus confiance en lui

« On entend beaucoup trop parler de toi. [...] Le lien de confiance est ébranlé, lui aurait dit Fortier. Dans les pires dossiers de crime organisé, j’ai jamais eu cette pression-là », a assuré Forget. 

Un troisième reportage a semblé être la goutte qui a fait déborder le vase. Notre Bureau d’enquête donnait de nouveaux détails sur le rôle de Forget dans la vente d’actions de l’entreprise Newtech, alors qu’il ne détenait pas de permis de l’Autorité des marchés financiers. C’est dans ce contexte qu’on lui a demandé de choisir entre la démission et le congédiement.

Câlin téléphonique

Marcel Forget nie toutefois catégoriquement avoir accepté de donner sa démission à la suite de l’appel de Fortier le matin du 30 novembre. Plus tôt dans la journée, le patron de l’UPAC, Robert Lafrenière lui avait d’ailleurs dit de ne pas s’en faire, lors d’un appel qualifié de « câlin téléphonique ».

Malgré tout, vers 11 h, le ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux, déclarait devant les médias avoir été « informé » de la démission de Forget.

« Bienvenue en politique. T’es jeune, tu vas te replacer », lui aurait dit Lafrenière, lors d’un deuxième appel. À midi, brisé, Forget a reconnu avoir accepté de signer une lettre de démission. « Tout le monde se sacrait de moi, c’était fini. [...] », a-t-il lâché.