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La location sur 60 mois : à proscrire

Nombreux sont les constructeurs qui proposent désormais la location de leurs produits sur une période de cinq ans.

La location sur 60 mois : à proscrire

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Nombreux sont les constructeurs qui proposent désormais la location de leurs produits sur une période de cinq ans.

Non pas pour faire économiser le client, mais parce que l’industrie a compris qu’il est tout à l’avantage du concessionnaire d’étirer la sauce au maximum. Et bien sûr, sans même que le client ne le réalise, il se retrouve pris dans un engrenage duquel il est difficile de s’extirper.  

Le cas qui suit est l’histoire d’une connaissance qui, il y a quelques mois, a choisi de retourner vivre dans son pays d’origine, la France. Ce faisant, elle devait donc se défaire de sa Chevrolet Cruze LT 2018, qu’elle avait louée sur un terme de 60 mois en octobre 2018. Une voiture dont elle était très satisfaite, bien qu’elle n’ait jusque-là parcouru que 21 000 km.

Les clauses de son contrat étaient les suivants : 60 mensualités de 333,21 $ pour un total de 19 992,60 $, après quoi survient une possibilité de rachat pour 6 367 $, plus taxes. Louée à un taux de seulement 0,5%, la petite Chevrolet Cruze allait pourtant être payée à plus de 80% à la fin du terme, le prix de détail suggéré incluant les frais de transport étant de 24 490 $. Il faut dire que la cliente, par souci de tranquillité d’esprit, avait choisi d’ajouter à cette location une garantie prolongée protégeant la voiture pour la totalité du terme, ajoutant ainsi un montant taxable de 1 218 $. Et puisque cet ajout est non « résidualisable », il lui fallait inclure la pleine somme de cette garantie dans son terme de location.

Évidemment, vous aurez ici compris que la voiture a ainsi été vendue au plein prix, sans aucun rabais, ce qui en soi, n’a rien de malhonnête. Sauf qu’il ne s’agissait clairement pas d’une aubaine. Maintenant, après 20 mois de location et seulement 21 000 km de parcourus, la cliente s’est présentée chez le concessionnaire, afin de savoir à quel montant il rachèterait la voiture. Elle savait qu’il lui faudrait composer avec une équité négative, mais à combien?

11 000 $

Le concessionnaire lui offrait donc 11 000 $ taxes incluses (9 567,30 $) pour la voiture, alors que sa dette incluant le montant de rachat à la fin du terme avoisinait toujours 22 000 $. Pourtant, chez ce même concessionnaire se trouvait à ce moment une Chevrolet Cruze d’occasion, identique à la sienne et avec un kilométrage similaire, pour laquelle on demandait 16 495 $. Cela signifiait un profit approximatif de 7 000 $ pour le concessionnaire, excluant les produits financiers pouvant accompagner la revente de cette même voiture.

Insultée et ne sachant trop quoi faire, elle m’a demandé s’il existait un moyen de pouvoir se défaire de cette voiture, sans qu’elle doive assumer une perte de plus de 10 000 $. Ne connaissant pas les clauses de son contrat, je lui ai suggéré de placer pour elle une annonce pour un transfert de bail, ce qui, à mon sens, allait se régler rapidement étant donné le kilométrage et la condition de la voiture. Or, je ne savais pas encore qu’il s’agissait d’un terme de 60 mois, ce qui m’a ainsi permis de comprendre dans quel pétrin elle se trouvait.

Rapidement, je lui ai expliqué qu’en louant sa voiture pendant 36 ou 48 mois, elle n’aurait eu qu’à débourser entre 25 $ et 40 $ de plus mensuellement. Un montant à peu près similaire au coût de la garantie prolongée qu’elle a choisie pour couvrir les deux ans non couverts par le manufacturier. Or, au bout du terme, la valeur résiduelle aurait été plus élevée, réduisant ainsi le montant total de l’obligation en location. Maintenant, dans son cas, pour se défaire de sa voiture chez le concessionnaire, il lui fallait néanmoins acquitter la dette totale du véhicule, incluant le montant de rachat.

La solution allait donc être de transfert le bail de location à un nouvel acheteur, en incluant un incitatif. Pourquoi? Parce qu’il n’est aucunement alléchant pour un acheteur de reprendre un bail durant encore plus de trois ans, plutôt que de louer une voiture neuve sur un terme similaire. Pour réussir à trouver un acheteur, il a fallu donner les pneus d’hiver, payer les frais de transfert de bail de 575 $, et offrir six mois de location en guise d’incitatif. Grosso modo, la cliente a dû débourser un peu plus de 2 500 $ pour se défaire de sa voiture, alors qu’il lui en coûtait 11 000 $ chez le concessionnaire.

Des obligations à considérer

Retenez ceci : plus votre terme de location est long, plus votre obligation en tant que locateur est élevée.

Comme plusieurs, vous risquez aussi de vouloir changer de voiture avant terme, un geste qui sera bien sûr encouragé par votre concessionnaire. Ce faisant, vous tomberiez alors dans le piège de l’équité négative, ce qui signifie que l’on financerait sur votre nouvelle voiture la somme négative à couvrir de votre ancien véhicule.

Puis, à l’opposé, si vous êtes parmi ceux qui tiennent à conserver leur voiture jusqu’à la fin du terme, vous auriez alors à remplacer des freins, des pneus ou autre, ce que vous ne feriez probablement pas avec une location à plus court terme. Vous seriez donc celui qui, par obligation, remettrait une voiture en condition avant de redonner les clés au concessionnaire, qui la revendrait ensuite à gros profit sans y investir un sou, ou presque.

Ainsi, au même titre qu’un financement sur plus de 72 mois, la location durant plus de 48 mois est à mon sens un piège dans lequel il ne faut pas tomber. En terminant, vous auriez raison de dire que la Chevrolet Cruze aujourd’hui disparue est une voiture qui dévalue plus rapidement qu’une Toyota Corolla. Or, le principe demeure le même. Une location à trop long terme n’est à l’avantage que du concessionnaire.