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Les agriculteurs québécois au front contre les énormes frais de Walmart

Ils craignent de perdre près de 465 M$ si d’autres chaînes imitent la multinationale

WalMart
Photo Pierre-Paul Poulin Pour les agriculteurs, ces frais additionnels s’ajoutent aux pertes de revenus des hôtels, restaurants et autres institutions, qui ont été paralysés par la pandémie. Sur la photo, le Walmart de Saint-Bruno-de-Montarville, sur la Rive-Sud de Montréal, jeudi.

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L’Union des producteurs agricoles (UPA) demande au Bureau de la concurrence du Canada d’ouvrir une enquête sur le géant américain Walmart et ses «frais exorbitants», a appris Le Journal.

«Ils imposent leurs lois et leurs conditions. Les fournisseurs québécois n’osent pas se plaindre de crainte de représailles. C’est malsain. On espère que l’enquête du Bureau de la concurrence va faire ressortir ça», a indiqué Marcel Groleau, président de l’Union des producteurs agricoles (UPA). 

  • Écoutez l'entrevue de Marcel Groleau avec Benoit Dutrizac sur QUB Radio:  

Selon l’UPA, si toutes les grandes bannières vont de l’avant avec les mêmes hausses de frais que Walmart, la facture pourrait être de 100 millions $ à 465 millions $ pour les agriculteurs et les transformateurs.

Imposés par surprise

«Walmart va trop loin. Elle fait la preuve de son pouvoir absolu sur les fournisseurs québécois», a déploré Marcel Groleau de l’UPA, qui a transmis le dossier à l’organisme fédéral, jeudi, pour interdire l’imposition de ces frais aux fournisseurs de Walmart et de ses concurrents. 

À la mi-juillet, Walmart Canada a prévenu ses fournisseurs qu’elle imposerait des «frais de développement des infrastructures» de 1,25 % et de «développement du commerce électronique» de 5 % pour les produits vendus sur le site de Walmart.ca ou de l’un de ses partenaires, pour un total de 6,25 %.

Cinq jours plus tard, la centrale d’achats United Grocers inc. (UGI), qui représente 34 % du marché alimentaire au pays, a envoyé une lettre similaire en indiquant «qu’elle s’attendait à bénéficier du même avantage», note l’UPA. 

«Je crois qu’il y a une forme d’entente, peut-être tacite, quand Walmart prend la peine de rendre pratiquement publics ses nouveaux frais et que l’autre se sent confortable de l’imiter», analyse Marcel Groleau, en rappelant que sept associations agricoles et des transformateurs ont dénoncé la situation en août.

Omerta

Jeudi, des agriculteurs québécois interrogés par Le Journal ont tous refusé de témoigner de peur d’être ciblés par le géant américain par la suite. 

«C’est indécent. Il y a une limite. C’est bien beau de dire que l’on veut leur faire payer les rénovations de magasin, mais assez, c’est assez», a confié un important fournisseur de Walmart, exigeant l’anonymat.

«C’est de l’abus. Les grands détaillants sont en quasi-monopole. Il faut faire enquête. Il doit y avoir un code de conduite pour qu’il y ait davantage d’équité dans le marché», a ajouté Jocelyn St-Denis, directeur général à l’Association des producteurs maraîchers du Québec (APMQ).

«Les demandes de Walmart sont déraisonnables. Elles auront des répercussions sur les prix», a déploré Sylvie Cloutier, PDG du Conseil de la transformation alimentaire du Québec (CTAQ).

Pour Sylvain Charlebois, professeur en science agroalimentaire de l’Université Dalhousie, «l’effet domino» guette l’industrie.

«Walmart envoie une balloune pour que les autres puissent suivre. Leur geste étouffe la chaîne, les agriculteurs et les transformateurs. C’est sauvage», a-t-il imagé.

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