/opinion/columnists
Navigation

Jeunes: ceux d’en haut, ceux d’en bas

Concept étudiant et éducation
Chlorophylle - stock.adobe.com

Coup d'oeil sur cet article

Le Journal nous invite à réfléchir à l’impact de la pandémie sur les jeunes.

Il est vrai que les moins touchés sur le plan de leur santé personnelle risquent d’être les plus touchés à long terme, surtout quand on voit l’explosion de l’endettement public.

Mais en réalité, cela n’existe pas « les » jeunes. Il y a « des » jeunes, traversés par autant de différences que dans les autres cohortes d’âges.

Parmi eux, il y a des pauvres, des riches, des urbains, des régionaux, des instruits, des non-instruits, etc.

Certains prennent la pandémie au sérieux et se protègent, d’autres s’en foutent, comme chez leurs aînés, mais avec peut-être un coefficient d’insouciance plus élevé.

Inégalités

La pandémie est surtout une loupe qui fait voir plus crûment les inégalités entre eux.

Oui, beaucoup de jeunes occupaient des emplois qui furent parmi les premiers supprimés par la crise.

Mais certains les occupaient par nécessité, alors que d’autres les occupaient pour soutenir le train de vie souhaité.

Quand le confinement fut imposé, ma fille a perdu son emploi à la bibliothèque de l’université, mais elle était soutenue par des parents privilégiés.

Quand elle s’est déniché un emploi dans un kiosque de fruits et légumes, c’était pour se désennuyer.

Ces inégalités, on les voit aussi à l’école.

Dans le secteur privé, tous les enfants avaient des ordinateurs et de l’enseignement en ligne fut rapidement disponible.

Dans le secteur public, malgré le dévouement du personnel, beaucoup d’enfants furent largués.

Plusieurs n’avaient même pas de connexion internet à domicile.

Les enfants des milieux privilégiés ont aussi généralement des parents instruits qui pouvaient partiellement se substituer aux profs.

Mais si les parents sont analphabètes ?

Ces inégalités sont encore plus criantes ailleurs dans le monde.

En Amérique latine, il n’y a pas eu de rentrée scolaire cet automne dans la grande majorité des pays.

Il n’y a souvent même pas de date de retour prévue !

En Bolivie, selon ce que rapportait The Economist, il n’y aura enseignement ni en classe ni en ligne... avant l’automne 2021 !

Or, dans ces pays, on va à l’école pendant moins d’années. Les enfants perdent donc une proportion beaucoup plus importante de leur scolarisation globale.

Pire, dans ces pays pauvres, le dîner du midi à l’école est souvent le seul repas nutritif de beaucoup d’enfants.

Et forcément, dans ces pays, la privation d’école augmente plus que chez nous les chances d’un basculement dans la criminalité.

Les riches, eux, embauchent des tuteurs privés, recrutés parmi les profs mis au chômage par la pandémie.

Occasions

Remarquez que ce n’est rien de nouveau.

Les riches traversent toujours mieux les crises.

Quand on enrôlait de force des jeunes dans l’armée pendant les guerres, beaucoup de privilégiés faisaient jouer leurs contacts pour que leurs enfants soient dispensés de servir ou qu’on leur trouve des emplois de bureau, loin des balles.

Pour les riches, les crises sont même souvent de nouvelles occasions d’affaires.

Au fond, les crises changent, mais les gagnants et les perdants sont toujours les mêmes ou presque.