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Elle dénonce l’insouciance des jeunes face à la COVID-19

Une apprentie infirmière est encore sévèrement affectée par le virus attrapé en mai

Quebec
Photo Stevens Leblanc L’étudiante en soins infirmiers Camille Grégoire-Doré s’inquiète de son état de santé. La jeune femme de 22 ans ressent encore les effets de la Covid-19, qu’elle a pourtant contracté en mai dernier.

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Encore sévèrement affectée par la COVID-19 plus de quatre mois après avoir contracté la maladie, une jeune femme dans la vingtaine condamne les agissements de certains jeunes qui n’hésitent pas à se regrouper et faire la fête.

Camille Grégoire-Doré, 22 ans, n’en revient pas de voir autant de jeunes insouciants par rapport à la COVID-19, que ce soit sur la rue ou encore en s’affichant en groupes sur les réseaux sociaux.

« Je trouve ça vraiment irresponsable et même irrespectueux de leur part. Je pense que la majorité n’a sûrement pas travaillé dans les centres de santé. Ils n’ont pas vu des personnes mourir de la maladie », déplore l’étudiante en soins infirmiers au Cégep Limoilou, qui a notamment travaillé à l’Hôpital Jeffery Hale lors de la première vague.

Aux prises avec plusieurs symptômes tels des maux de ventre, de la fièvre, de la toux et de l’essoufflement depuis son diagnostic positif le 2 mai dernier, la jeune femme souhaiterait voir moins de regroupements chez les jeunes. « Je trouve ça vraiment frustrant de voir que des personnes ne prennent pas les travailleurs de la santé au sérieux et continuent de faire à leur tête. »

Côtoyer la mort

En mai dernier, la jeune femme est allée prêter main-forte comme préposée aux bénéficiaires à l’Hôpital Jeffery Hale, où elle a côtoyé la mort de près. « Il y avait une vingtaine de patients sur mon étage et en deux semaines à peine, au moins la moitié étaient décédés », raconte-t-elle.

Avec sa seule année d’études en soins infirmiers en poche, elle s’est rapidement retrouvée à devoir « emballer » les corps des personnes décédées. « Je m’attendais plutôt à changer des culottes et leur apporter du soutien psychologique, mais pas les emballer », dit celle qui garde un souvenir « traumatisant » de son court passage à l’hôpital.

Puis, deux semaines après avoir amorcé son boulot, elle a contracté la COVID-19.

Une vingtaine de jours plus tard, elle refait un test qui s’avère négatif, avant de retourner travailler dans deux autres résidences privées pour personnes âgées. 

Mais sa santé devenue précaire à la suite de la maladie l’a obligée à s’absenter à plusieurs reprises. Fièvre, toux, essoufflement, maux de ventre, elle dit avoir été affaiblie par ces symptômes à au moins quatre reprises au cours de l’été.

« Symptômes résiduels »

Elle a été forcée de consulter plusieurs fois en clinique et aux urgences, pour des problèmes respiratoires. Au total, elle a subi sept tests pour la COVID-19. Chaque fois, le résultat était négatif. 

« Des médecins m’ont dit qu’il s’agissait de symptômes résiduels de la COVID, mais ils ne sont pas en mesure de m’expliquer exactement ce que c’est. Je n’ai pas le virus et je ne sais pas quand tout ça va s’arrêter. Ça m’inquiète beaucoup », ajoute-t-elle.

Encore aujourd’hui, la jeune femme admet être « très fatiguée » et doit prendre des pompes quotidiennement pour l’aider à respirer.

 

Les effets de la COVID pendant six mois 

Il n’est pas rare de voir des patients atteints de la COVID-19 aux prises avec des symptômes récurrents liés à la maladie pendant plusieurs mois, affirme un pneumologue.

Selon le Dr Mathieu Simon, pneumologue et chef des soins intensifs à l’Institut universitaire en cardiologie et pneumologie de Québec (IUCPQ), les patients atteints de la COVID-19 mettent habituellement de quatre à six mois à « récupérer l’ensemble de leur état », peu importe leur âge.

Ces derniers peuvent aussi développer d’autres problèmes de santé qui auraient été « amorcés » par la maladie. « C’est un stresseur pour le système. S’il y a un point faible, ça risque de le démasquer », illustre-t-il.

Ainsi, le cas de Camille Grégoire-Doré n’a rien « d’inhabituel », affirme-t-il.

L’inflammation liée à la COVID-19 a comme conséquence d’affaiblir le système immunitaire, rendant ainsi la personne plus vulnérable à d’autres bactéries plus communes, dit-il. 

« La COVID-19 peut créer des zones moins bien défendues contre les infections standards [...] Ça pourrait faire émerger une autre condition de santé comme de l’asthme par exemple, qui ne serait pas encore pris en charge », explique le spécialiste.

Le problème, dit-il, c’est que le système de santé actuel est tellement surchargé, que ces patients consultent, mais obtiennent peu ou pas de réponse sur leur état de santé post-COVID. « Ce n’est pas parce que la personne n’a pas la COVID qu’elle n’est pas malade [...] Les autres maladies sont un peu mal servies en temps de pandémie. »

« Troublé » et « choqué »

Par ailleurs, le spécialiste se dit lui aussi « troublé » et « choqué » par « l’insouciance globale » de la population face à la COVID-19. 

« Aucun groupe d’âge ne devrait se sentir immun face à cette maladie, même les jeunes. [...] J’ai moi-même intubé aux soins intensifs des jeunes de 19, 20, 21 ans qui avaient des conditions physiques supra normales, des athlètes. »