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«À train perdu» de Jocelyne Saucier: le trajet d’une vie

Jocelyne Saucier
Photo courtoisie, Ariane Ouellet Jocelyne Saucier

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Neuf ans après la publication de son best-seller Il pleuvait des oiseaux, récemment adapté au cinéma, l’écrivaine Jocelyne Saucier invite les lecteurs à la suivre dans un roman étonnant qui s’attarde le long des lignes ferroviaires des régions éloignées du nord du Québec et du nord de l’Ontario : À train perdu. 

Son narrateur, habile détective, raconte le trajet hors normes de Gladys, une femme dont on perd la trace, entre son enfance dans les school trains et sa relation complexe avec sa fille. 

Gladys, une femme âgée, flâne à bord des trains qui sillonnent le Nord, comme une vagabonde. Personne ne sait trop où elle va ni dans quel but. D’aucuns l’ont vue passer, d’autres débarquer, mais tout reste un peu flou. Intrigué, le narrateur rencontre les gens qu’elle a connus et remonte le fil de l’histoire. Il raconte sa vie, ses amitiés, mais en même temps un Nord porteur d’espoir et de quête de liberté.

<strong><em>À train perdu</em><br> Jocelyne Saucier,</strong><br>Éditions XYZ,<br>264 pages.
Photo courtoisie
À train perdu
Jocelyne Saucier,

Éditions XYZ,
264 pages.

Le roman est né d’une femme âgée qu’elle a vue dans un train entre Cochrane et Toronto, il y a quelques années. «Le voyage est long et j’ai vu une vieille dame, toute petite, maigrichonne, dans son siège, et qui n’a pas bougé de tout le trajet. Et pourtant c’était un trajet de 9 ou 11 heures», relate Jocelyne Saucier, bonne conteuse. 

«Elle mangeait ses sandwichs, elle lisait ses magazines. Tous les gens se parlaient... mais elle ne parlait à personne. J’écrivais Il pleuvait des oiseaux quand la vieille dame est arrivée dans ma vie.»

L’écrivaine est allée chercher des trouvailles extraordinaires, propres au territoire et à l’histoire ferroviaire, dans son roman. Curieusement, elle n’entretient pas de fascination pour les trains et n’est pas un de ces train buffs dont elle parle dans le livre. «J’ai une fascination pour eux.»

Ces gens ont une passion dévorante pour les trains. «Il y a des Australiens qui viennent au Canada pour faire le trajet Montréal-Senneterre. Les chefs de train les connaissent et les reconnaissent. Il y a une confrérie de train buffs

Promenades ontariennes

Jocelyne Saucier, en cours de documentation et de repérage pour ce roman, s’est promenée dans les petites villes du nord de l’Ontario. Elle a rencontré beaucoup de gens qui lui ont parlé de choses étonnantes, dont les school trains, ces wagons de train qui servaient d’écoles roulantes dans certaines régions éloignées.

«C’est un autre cadeau de la vie... Je faisais mes recherches en Ontario pour Il pleuvait des oiseaux, et j’ai rencontré un survivant des grands feux. Sa femme était une ancienne des school trains, et c’est elle qui a commencé à me parler de ça. Et puis j’ai cherché, j’ai cherché... et personne n’était au courant de ça.»

Elle s’est promenée dans les biblio-thèques, les musées, et a réussi à rencontrer des anciens des school trains, dont une dame en particulier. «C’est une semi-ermite qui a fait sa scolarité jusqu’en 10e année dans ces écoles. Elle en gardait de très bons souvenirs. C’est surtout elle qui m’a impressionnée : son positivisme, le bonheur qu’elle avait.» 

En voulant servir l’histoire de Gladys, Jocelyne a immortalisé des anecdotes savoureuses, comme le passage présumé de Léon Trotsky à Kirkland Lake... et une ville portant le nom de Svastika. «Oui, le lieu existe, à près de 30 km de Rouyn-Noranda.»