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Avant qu’il ne soit trop tard

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Photo d’archives, Agence QMI Hôpital Royal Victoria

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Pendant que la COVID-19 retient toute l’attention, nous risquons de nous faire passer un autre sapin que nous regretterons longtemps.

Sur les flancs du mont Royal, le superbe édifice patrimonial qui abritait jadis le Royal Victoria Hospital est vide depuis le transfert du personnel, en 2015, au nouveau Centre hospitalier McGill (CUSM), sur le campus Glen.

Contrairement à une idée fausse largement répandue, le Royal Vic et le terrain n’appartiennent pas à McGill, qui rêve depuis longtemps de s’en porter acquéreur.

Catimini

Or, trois mois avant de perdre le pouvoir, le 22 juin 2018, pendant que personne n’y prêtait attention, le gouvernement Couillard fit discrètement savoir à McGill qu’il était prêt à lui donner le tout.

Imaginez, vous rêvez d’acheter un des sites les plus convoités à Montréal, d’une superficie équivalente à la Place Ville-Marie, et le gouvernement vous l’offre en cadeau.

On privatiserait un domaine somptueux sur les flancs du mont Royal, en catimini, sans débats, sans discussions, sauf avec celui qui en profitera.

McGill veut y ériger un complexe scientifique ultramoderne qui abritera 150 professeurs et chercheurs, 900 étudiants de maîtrise et de doctorat, et autour de 3000 étudiants de premier cycle.

Quel sera le coût de ce projet ? Qui va payer ? Mystère.

On évoque 700 millions $, mais on disait 800 millions $ pour un CUSM qui a finalement coûté 3,5 milliards $. 

Et pourquoi pas la même générosité pour l’UQAM ou l’Université de Montréal ? 

Apparemment, le scandale du CUSM, du temps d’Arthur Porter et du gouvernement Charest-Couillard, n’a pas calmé les ardeurs.

Les plans viennent d’être soumis au gouvernement Legault. Il doit trancher d’ici Noël. 

En aviez-vous entendu parler ? Non, et on échappe difficilement à l’impression que c’est ce qui est souhaité.

McGill se justifiera probablement en prétextant son manque d’espace.

D’abord, les établissements universitaires francophones de Montréal sont aussi en manque d’espace.

Ensuite, il y a un manque d’espace parce que McGill veut grossir en attirant encore plus d’étudiants francophones et d’étrangers qui paieront le gros prix avant de retourner dans leurs pays d’origine.

Souvenez-vous, nous prenant pour des cons, le cégep Dawson avait aussi voulu nous faire croire que son agrandissement projeté ne visait qu’à loger plus confortablement les étudiants déjà là. Foutaises...

Audace

Le projet de McGill au Royal Vic ne saurait être considéré indépendamment de la situation linguistique globale dans la région métropolitaine. 

Soixante ans après la Révolution tranquille, les établissements postsecondaires anglophones, dopés par les étudiants étrangers et les meilleurs francophones, diplôment beaucoup plus que les établissements francophones, et reçoivent un financement public très supérieur au poids démographique de la communauté anglophone.

Au Québec, en proportion de leur population, les anglophones reçoivent deux fois plus de doctorats que les francophones. 

Le gouvernement Legault dit vouloir redresser la situation linguistique. 

Des mesurettes cosmétiques et défensives ne suffisent plus.  

S’il est sérieux, un débat public est nécessaire sur le projet de McGill et sur cette iniquité séculaire. 

Pourquoi ne pas faire preuve d’audace, de vision, et ne pas établir un pôle universitaire à vocation internationale, mais francophone, sur le site du Royal Vic ?