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OQLF: déferlement de mépris...

Le ministre Simon Jolin-Barrette
Photo d'archives Simon Clark Le ministre Simon Jolin-Barrette

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Le ministre Simon Jolin-Barrette a présenté les grandes lignes de son plan pour consolider la place du français au Québec comme langue officielle. Et si l’on en juge par les commentaires que cela a suscités dans les médias anglophones, préparez-vous à une autre ronde de mépris décomplexé envers les francophones du Québec.

La Gestapo linguistique

Sans surprise, l’annonce du ministre Jolin-Barrette pour renforcer les capacités d’action de l’Office québécois de la langue française (OQLF) a fait grincer des dents certains anglophones du Québec, lesquels sont allergiques à cet organisme, et ce, depuis longtemps. 

On aime bien qualifier les inspecteurs de l’OQLF de «language police», ou même les associer à la Gestapo. Et au diable le «vivre-ensemble», une telle nouvelle nous rappelle plutôt que les deux solitudes sont encore bien loin de la réconciliation. 

J’espère que vous êtes prêts à une autre ronde de salves méprisantes envers le gouvernement du Québec et ceux qui l’appuient. On l’a vu (et on le constate encore) lors des débats sur la laïcité, quand le Québec ose affirmer des jalons de sa spécificité, le ressac est fort, parfois même violent. 

Le dossier de la langue promet d’être traité de la même façon par ceux qui s’offusquent d'une quelconque manifestation de nationalisme québécois, ou de la réaffirmation que le français demeure la seule langue officielle du Québec, et de Montréal. Ce que le ministre a réaffirmé pour l’occasion: 

«Le gouvernement de François Legault entend “redonner à la langue de la nation québécoise la place qui lui revient”, affirme Simon Jolin-Barrette [...].

De plus, le fait d'instaurer trois bureaux de l'OQLF à Longueuil, Laval et Drummondville permettra aux ressources déployées à Montréal “de se consacrer exclusivement à la francisation de la métropole”, dit le ministre responsable de la Langue française. D'ailleurs, la majorité des 50 employés supplémentaires qui s'ajouteront aux effectifs de l'OQLF seront affectés à la métropole.

Car Montréal comporte “des défis particuliers”, dit Simon Jolin-Barrette. “La métropole québécoise est francophone et elle doit faire davantage pour l'affirmer”, dit-il.»

Le ressac

Fallait lire comment la nouvelle a été accueillie au sein des médias anglophones du Québec. Bien entendu, la section des commentaires sur les réseaux sociaux est rarement un haut lieu de nuances, mais comme il est courant de mentionner les dérives quand celles-ci viennent des méchants Québécois, il importe de rappeler que ceux-ci n’ont certainement pas l’exclusivité de l’épiderme sensible.

Car ce qu’on lit dans ces commentaires donne parfois la nausée. 

Le ministre Simon Jolin-Barrette
Capture d'écran

Gestapo, nazi, que le ministre s’étouffe dans sa bave... 

Mais surtout, ce qui revient le plus souvent, «ce n’est pas le temps en pleine pandémie de s’occuper des questions linguistiques». Remarquez que ce raisonnement n’est pas exclusif aux anglophones qui abhorrent l’OQLF...

Le ministre Simon Jolin-Barrette
Capture d'écran Twitter

Ironiquement, ce sont souvent les mêmes qui affirmaient, chaque fois que l’on débattait de laïcité, que ce n’était pas le bon moment. S’il faut régler les inégalités sociales et la crise climatique avant de pouvoir légiférer sur la laïcité ou la langue, autant dire qu’on ne le fera jamais.

Et c’est précisément ce que souhaitent celles et ceux qui opposent «crise climatique» et dossiers identitaires comme la langue et la laïcité: qu’on ne légifère pas là-dessus. 

Ce qui agace souverainement ceux qui tentent d’instrumentaliser la crise climatique et la pandémie pour écarter toute discussion sur la langue ou la laïcité, c’est précisément que les Québécoises et les Québécois aient élu un gouvernement un tantinet nationaliste qui avait annoncé qu’il s’attaquerait à ces dossiers-là. 

Ils étaient confortables à l’époque de la quinzaine libérale; la vérificatrice générale a eu beau affirmer haut et fort, à plus d’une reprise, que la francisation des nouveaux arrivants était un fiasco, pas de quoi fouetter un chat.

Idem quand le Conseil supérieur de la langue française ou l’OQLF tire la sonnette d’alarme concernant la situation du français à Montréal, à Laval... Meeeh! 

D’ailleurs, pas de hauts cris concernant la «crise climatique» quand le PLQ a déposé ses délétères projets de loi 59 et 62, à propos desquels Julius Grey et Julie Latour ont dit ceci: 

«Le projet de loi no 59 participe d’une rectitude politique dangereuse, issue de l’idéologie de multiculturalisme canadien, que le Québec n’a jamais cautionnée [...].

Dans les circonstances, nous nous expliquons mal pourquoi le gouvernement libéral continue d’aller de l’avant avec ce projet de loi, alors même que sa pertinence et sa légalité ont été largement contestées par tous les intervenants de la société civile, lors de la consultation publique en commission parlementaire tenue aux mois d’août et septembre derniers.

Par comparaison et de façon totalement inexplicable, le projet de loi 62, présenté de façon concomitante, réduit la neutralité religieuse de l’État à une peau de chagrin, car il n’affirme ni ne reconnaît le principe de laïcité et de neutralité religieuse de l’État dans la charte québécoise, ce qui est une omission d’importance pour les assises sociétales d’un État de droit.»

Non, j’imagine que là, le timing était tout à fait le bon...

Le gouvernement de la CAQ devrait faire fi des accusations de racisme et de toutes les autres invectives méprisantes dont on l’affublera. Il a été dûment élu en fonction de promesses que la population a cautionnées. Qu’il agisse. 

Sur le plan de la langue, le laisser-aller a duré beaucoup trop longtemps.