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Quel nationalisme pour le PQ?

Débat PQ
Photo courtoisie Les candidats à la course à la chefferie du Parti québécois Frédéric Bastien, Sylvain Gaudreault, Paul St-Pierre Plamondon et Guy Nantel

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On verra ce soir si les péquistes ont retenu la leçon de leur déchéance politique des deux dernières décennies. Dans le cadre de ce troisième et dernier débat de la course à la chefferie de leur parti, ils devront aborder la question de la définition de leur nationalisme, à travers la place qu’ils sont prêts à réserver à la question identitaire. Ils sont conscients, je suppose, que la CAQ s’est emparée de cet enjeu, et qu’ils ne pourront pas se le réapproprier en en proposant une lecture affadie, sans substance, faite pour plaire à la classe médiatique.

Comment refaire du souverainisme un nationalisme décomplexé? Telle est la question.

On devine qu’ils aborderont la question de la langue. À cause de leur histoire, ils sont généralement à l’aise avec elle, même s’ils sont timides lorsque vient le temps d’expliquer les raisons de l’anglicisation de Montréal et de Laval et de proposer des mesures fermes pour renverser la tendance. Le contexte est favorable à la renaissance du nationalisme linguistique. Oseront-ils s’en emparer?

On suppose qu’ils aborderont aussi la question de la laïcité, même s’ils sont nombreux, dans leurs rangs, à avoir honte de l’épisode de la Charte des valeurs, alors qu’ils devraient en être fiers. De quelle manière entendent-ils défendre la loi 21 devant le travail de sape annoncé par le gouvernement fédéral et les activistes qui veulent utiliser les tribunaux pour neutraliser la souveraineté populaire? La défense de la loi 21 n’est pas qu’une question d’identité, mais de démocratie.  

Reste à voir si les péquistes oseront transgresser les tabous de la rectitude politique et aborder de front ces deux questions au cœur de l’actualité de 2020 que sont l’immigration et l’accusation de racisme systémique contre le Québec. 

La question de l’immigration, je l’ai souvent écrit ici, est d’une importance fondamentale, même si le régime diversitaire cherche à en faire un tabou, sauf lorsqu’il s’agit de nous imposer la logique du toujours plus, comme si des flux migratoires élevés relevaient d’un élan démographique rédempteur. La question de l’immigration touche à l’existence même du peuple québécois, dont les capacités d’intégration ne sont pas infinies et qui, en plus, voit sa prétention légitime à faire de son identité la norme collective contestée par le multiculturalisme canadien qui travaille à le mettre en minorité chez lui, en institutionnalisant un procès permanent contre lui, en plus d’assimiler systématiquement le nationalisme au racisme. 

Les candidats aborderont-ils ouvertement la question cruciale des seuils? Car soyons sérieux: qui l’esquive ou cherche à ne pas y répondre d’une manière ou d’une autre décide de fuir une question centrale pour l’avenir de la nation. 

On en trouve pour dire que la question du nombre n’est pas importante, que seuls comptent les moyens investis dans l’intégration. C’est évidemment l’esquive préférée de ceux qui ont peur de leur ombre. Michel Brunet disait qu’en histoire, trois facteurs pèsent: le nombre, le nombre et le nombre. En d’autres mots, si vous recevez 1 000 000 d’immigrés demain, vous aurez beau mettre de l’avant un modèle «assimilationniste» jacobin à la française, cela ne servira à rien: la pression démographique sera telle que vous ne parviendrez jamais à les intégrer. Même une loi 101 survitaminée ne parviendrait à peu près à rien. Or, l’immigration massive est la règle au Québec depuis au moins 20 ans – sauf qu’en plus, nous n’avons même pas pris des mesures fortes pour favoriser leur intégration, alors que le Canada anglais les intégrait naturellement, quant à lui, dans son univers symbolique, non pas parce qu’il est plus «ouvert» que le Québec, mais parce qu’il est plus fort, tout simplement.

Inversement, si vous recevez quelques milliers d’immigrés par année, vous n’aurez pas besoin de telles mesures, les processus sociologiques d’intégration fonctionneront d’eux-mêmes. Les nouveaux arrivants devront prendre le pli de la société d’accueil rapidement. 

Il y a quelque chose de triste à devoir rappeler de telles évidences. Il faut y voir un signe de l’appauvrissement de notre conscience collective, de plus en plus imperméable aux réalités qui viennent contrarier le grand récit de la diversité heureuse. 

Les péquistes oseront-ils aussi se demander publiquement pourquoi les partis nationalistes sont désormais condamnés à la disparition politique à Montréal et à Laval, comme le démontrait encore récemment Frédéric Lacroix? 

Le débat sur l’immigration est une chance pour le PQ, dans la mesure où la CAQ, soumise à son aile fédéraliste et affairiste, a décidé d’entériner les seuils d’immigration fixés par le Parti libéral. S’il décide de parler franchement de cette question, sans peur et sans tabou, il pourra l’occuper politiquement. 

La question du racisme systémique devra aussi être abordée. On s’en souvient, en juin, que de violentes accusations de «racisme systémique» ont été lancées contre le Québec par des militants racialistes qui confondent notre pays et les États-Unis au temps de la ségrégation et qui travaillent à la colonisation mentale du Québec et à son américanisation. La pression médiatique était immense pour que la classe politique se soumette à ce concept, comme s’il allait de soi. Même François Legault a failli céder, même si tout en lui le poussait à résister à cette accusation. 

On a vu que les candidats à la chefferie du PQ ne s’entendaient pas tous pour condamner ce concept. Il serait essentiel qu’ils clarifient leur position. Car un PQ incapable de tenir tête à la rectitude politique et qui légitimerait un concept comme celui de «racisme systémique» serait non seulement inutile mais nuisible. 

On y revient, la définition du nationalisme est essentielle. S’agit-il d’un nationalisme assumant clairement le rôle central de la majorité historique francophone dans la définition du Québec et rompant explicitement avec le régime diversitaire, ou s’agit-il d’un nationalisme intellectuellement dominé, et cherchant sans cesse à donner des gages au politiquement correct, sous prétexte «d’inclusion», comme si le nationalisme québécois était jusqu’à tout récemment «exclusif», jusqu’à sa domestication par le multiculturalisme, qu’on cherche à nous refiler frauduleusement au Québec en l’appelant interculturalisme? 

Je précise une chose: on sait que les candidats se sont prononcés sur ces questions, et ils l’ont globalement fait clairement. Ils ont précisé leur vision du Québec. Mais qui ne suit pas la course attentivement ne le sait pas. Et ce n’est pas de leur faute.

On verra, ce soir, si les apparatchiks du parti qui ont décidé du format des débats et qui décideront des questions permettront aux candidats de s’exprimer librement et clairement sur ces sujets, ou s’ils ont décidé de les neutraliser comme s’il fallait les laisser de côté. Ces apparatchiks nuisent à leur parti en cherchant à l’amidonner exagérément, comme s’il devait absolument s’habiller idéologiquement pour plaire à Radio-Canada. 

Chose certaine, ce débat, par ce qu’il révélera ou étouffera, sera d’une grande importance pour la suite des choses au Parti québécois.