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Les péquistes débattent de leur vision du nationalisme. Retour sur le débat d’hier.

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Je me permets quelques mots sur le débat d’hier soir au Parti québécois, qui portait sur le nationalisme et l’environnement.

CAPTURE D'ÉCRAN, TVA NOUVELLES

Sylvain Gaudreault ferait un excellent chef du Parti vert. Manifestement, l’écologisme est la cause qui l’anime, le passionne, l’inspire. Nul n’aurait l’idée de mettre en doute sa compétence en la matière. Mais dès qu’il est question de nationalisme, il ne parvient pas à cacher son malaise. D’ailleurs, il esquive le débat autant qu’il peut, comme on l’a vu hier, généralement en n’en parlant pas, ou alors en se contentant de quelques formules rituelles un peu usées qui ont l’effet de platitudes rhétoriques. C’est le représentant type du souverainisme sans nationalisme qui a caractérisé les grandes orientations du Parti québécois post-1995. Voilà un homme mal à l’aise avec la raison d’être du parti qu’il veut diriger. Ce n’est pas un détail. Qu’on me comprenne bien: je ne doute pas un instant des convictions souverainistes de Gaudreault, dont la constance est indéniable, mais j’observe qu’elles sont coupées des fondements identitaires qui ont historiquement alimenté et alimentent encore le désir de faire du Québec un pays. Son refus d’aborder sérieusement la question de l’immigration témoigne d’ailleurs du déphasage entre sa vision du souverainisme et l’état de la question identitaire au Québec. On se souvient aussi qu’en juin, il a souscrit à l’idée selon laquelle le racisme systémique sévirait au Québec. Sylvain Gaudreault se vante même de l’appui de Gérard Bouchard, le principal idéologue du souverainisme multiculturaliste post-référendaire. C’est le genre de soutien dont il ne devrait pas nécessairement s’enorgueillir. Avec Gaudreault comme chef, le PQ serait certainement un parti progressiste de gouvernement (qu’on distinguera de la gauche radicale version QS) aux contributions pertinentes dans le débat public, mais ce ne serait plus vraiment un parti nationaliste. À tout le moins, il offre une option claire dans la présente course et une compétence politique réelle qui n’est pas de trop dans un parti qui s’éloigne de plus en plus de sa tradition gouvernementale. 


CAPTURE D'ÉCRAN, TVA NOUVELLES

Paul St-Pierre Plamondon se pose comme le principal challenger de Gaudreault. Les militants, en dernière instance, au moment de voter, devront probablement se demander lequel des deux ils préfèrent comme chef. La différence entre les deux candidats n’est pas artificielle. Elle témoigne de deux visions distinctes de l’avenir du PQ et du mouvement souverainiste. PSPP assume clairement son nationalisme, même si sa stratégie de coalition l’empêche d’en tirer toutes les conséquences – à moins qu’il ne se soit montré exagérément conciliant avec des adversaires qui ne le sont pas avec lui. Sur la question cruciale de l’immigration, il va dans la bonne direction, et y va franchement. Il revendique le droit de parler d’immigration et propose une vraie baisse des seuils. Il pourrait proposer de les baisser davantage. Mais l’essentiel est là: il a rompu clairement avec le tabou diversitaire. PSPP cherche à réconcilier le nationalisme et le centre gauche, en liant intimement la question identitaire et la social-démocratie, on le voyait encore hier. Il a aussi eu l’immense mérite de dénoncer ceux qui assimilent le nationalisme québécois au racisme et de faire le procès de l’américanisation de notre culture, ce qui est essentiel à un moment où la colonisation de nos esprits s’accélère. C’est fondamental: plus les souverainistes seront capables de se délivrer de l’empire mental américain, plus ils pourront formuler une politique répondant aux réalités véritables du Québec. PSPP a manifestement une vocation pour le service public: sa maîtrise des dossiers en témoigne. Il pourrait aujourd’hui être confortablement ministre d’un parti conformiste. Il a décidé de chercher à relever un parti qui risque l’extinction politique au nom d’une cause à laquelle il s’est sincèrement rallié. C’est un pari qui l’honore.


CAPTURE D'ÉCRAN, TVA NOUVELLES

Guy Nantel est un habile communicateur, tous en conviennent, et il apporte indiscutablement quelque chose de neuf au PQ, qui va au-delà de la notoriété dont il ne cesse de se vanter, mais il devrait se rappeler qu’un minimum de fair-play ne fait pas de mal en politique, surtout dans le cadre d’une course à la chefferie. S’il a le style d’un outsider, ses propositions sont plus convenues. Il aurait un grand potentiel transgressif, mais il le neutralise. On ne peut que lui souhaiter de se libérer de la conception trop étroite de la respectabilité à laquelle il se soumet et de devenir l’homme politique qu’il pourrait être, mais qui n’est manifestement pas celui qu’il cherche à devenir en ce moment. Ceux qui le suivent l’imaginent renverser la table. Sur l’immigration, il est confus et en appelle à une grande étude censée nous éclairer une fois pour toutes sur la question, mais ne semble pas savoir que des études de grande qualité existent déjà et concluent que la baisse des seuils est urgente. D’ailleurs, il le dit en d’autres circonstances, mais ne semble pas en tirer les conséquences. Il croit tout résoudre en promettant l’indépendance dans les deux ans suivant les prochaines élections générales remportées par le PQ, comme s’il avait une recette magique pour nous y conduire. Certes! On le voudrait bien! Mais il ne suffit pas de vouloir l’indépendance très fort pour la réussir rapidement. Nantel devrait savoir que les seuils actuels jouent contre le nationalisme québécois: c’est d’abord pour cela que le PLQ les a fixés à ce niveau. Fait à noter: il a rappelé l’importance de l’application de la loi 101 au niveau collégial. C’est une proposition essentielle, qui contribuerait à redéployer la dynamique linguistique en faveur du français. Plus Guy Nantel assumera la question identitaire, plus il pourra déployer son plein potentiel. Voyons plus large: plus les souverainistes miseront sur la question identitaire, plus ils dégageront un espace politique pour permettre leur renaissance électorale et plus ils créeront une situation politique favorable à la remise en question du régime fédéral. 


CAPTURE D'ÉCRAN, TVA NOUVELLES

Frédéric Bastien a eu une très bonne soirée. Une très, très bonne soirée, en fait. C’était son débat. C’était sa soirée. Il maîtrise la question identitaire et oblige les autres candidats à l’aborder alors qu’ils pourraient vouloir la fuir. S’il obtient l’appui de nombreux militants de qualité et d’une base dévouée, c’est moins pour sa proposition constitutionnelle que pour sa capacité à formuler intelligemment un nationalisme décomplexé qui frappe les fondements mêmes du régime diversitaire. Son discours sur l’immigration est celui que devrait adopter le PQ s’il veut vraiment faire concurrence à la CAQ et servir l’intérêt national. Il veut baisser les seuils et les baisser clairement. Le Québec a besoin d’un parti qui parle clairement de cette question centrale que le système médiatique fait tout pour refouler ou réduire au fantasme patronal de la pénurie de main-d’œuvre. Le PQ renaîtra dans la mesure où il se transformera en adversaire déclaré du régime diversitaire et cessera de vouloir l’amadouer. Si les sondages ne mentent pas trop, il serait très surprenant que Bastien remporte la course – le vote stratégique ne jouera pas à son avantage, d’autant que cette course à quatre est de plus en plus une course à deux. Et pourtant, il a déjà remporté son pari: l’intellectuel s’est transformé en figure politique essentielle à notre vie publique, une figure dont le PQ ne pourra pas se passer s’il entend assumer sérieusement son positionnement identitaire et nationaliste. Frédéric Bastien n’est plus seulement un historien respecté, mais un homme politique qui incarne une tendance essentielle du nationalisme québécois. C’est majeur. 


Un dernier mot. Je l’ai souvent écrit et les circonstances m’obligent à le refaire: les apparatchiks péquistes qui ont pensé ces débats ont mal travaillé. Ils ont tout fait pour noyer les sujets essentiels, et les candidats ont dû les imposer dans le débat malgré la résistance de l’appareil. Ils sont probablement atteints du syndrome de la respectabilité, qui pousse les souverainistes à tout faire pour plaire à leurs adversaires, ce qui implique d’inhiber ou de limiter toute expression trop affirmée de leur nationalisme. On en revient à cette vérité désagréable: les péquistes, laissés à eux-mêmes, sont particulièrement doués pour se nuire. Il reste deux semaines à la course. Elles seront importantes. C’est peu dire que la course ne passionne pas grand monde. Même les péquistes la suivent d’un œil distrait. Les Québécois ont globalement la tête ailleurs. Les membres et sympathisants voteront probablement de manière stratégique, en votant au premier tour pour leur candidat préféré et, au deuxième, pour celui qu’ils préfèrent parmi les favoris. Les machines électorales de chaque candidat pèseront beaucoup dans la suite des choses. On peut s’attendre à ce que, d’ici la fin, elles soient très actives. Comment les candidats chercheront-ils à garder l’attention de leur base d’ici la première semaine d’octobre? Leurs derniers messages nous en diront beaucoup sur le créneau qu’ils croient gagnant pour la suite des choses.