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Artistes en voie de disparition

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En apprenant la mort de Juliette Gréco, on constate que toute une génération d’artistes nous quitte. 

Des figures marquantes, des icônes, des voix et des visages qui ont vieilli avec nous, puis sortent de scène pour retourner dans les coulisses de l’éternité.

Certaines de ces étoiles auront scintillé jusqu’à la fin, d’autres survivaient, pâlottes, ou étaient tombées dans l’oubli sidéral dont l’annonce de leur décès les a tirées momentanément.

De sommets de gloire en traversées du désert, elles auront parcouru leur chemin en éclairant le nôtre. Des vies qui s’achèvent dans un monde en plein tumulte que plusieurs d’entre eux ne reconnaissaient plus. 

Restent les vivants, les artistes d’aujourd’hui qui cherchent leurs repères en cette période pour le moins houleuse.

Le monde de la culture, fortement ébranlé par cette pandémie, fut le premier touché et le dernier autorisé à se relever de sa chute vertigineuse et brutale de mars dernier.

Quelques tournages ont repris, les théâtres ont pu rouvrir leurs portes, nos émissions favorites font leur retour en ondes. Et tout va bien, madame la marquise?

Loin de là, le milieu culturel en sort très affaibli. Il y a pléthore d’acteurs et d’artisans épuisés de se réinventer.

Les tournages emploient un bassin restreint d’acteurs que l’on retrouve dans toutes les séries endossant des rôles différents. 

Les théâtres ont dû revoir leur programmation, sans assurance de pouvoir poursuivre une saison normale.

De plus, ils fonctionnent à perte. On a beau réduire le coût de production en montant des pièces à petit budget avec peu de personnages, le nombre autorisé de spectateurs en salle ne couvre pas les frais d’exploitation. 

Les écoles de théâtre forment de jeunes acteurs qui n’ont pas beaucoup de perspectives d’emploi.

Pour le nombre d'acteurs sur scène et à l’écran, combien demeurent en coulisses? Combien seront forcés d’envisager une réorientation de carrière? Encore faut-il avoir l’âge et la capacité d’y parvenir.

La vie d’artiste, en 2020, n’a rien d’une fable hollywoodienne avec robes longues, paillettes et Oscar à la clé. 

Dans un récent sondage, on demandait quel était le secteur à privilégier pour effectuer des compressions: on aurait répondu, à forte majorité: la culture! Bravo! On fermera la télé, les théâtres, les cinémas, les librairies, les musées. Adieu patrimoine culturel québécois, resteront les séries américaines et les GAFA.

Sachant que la culture demeure le parent pauvre de tous les programmes politiques tous partis confondus, l’avenir s’annonce sombre.

Les artistes comme les gloires du matin, fragiles et bleues, s’ouvrent à la promesse du jour, mais se referment sur la nuit...