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Le clown aux deux visages

Gilles Vachet
Photo d'archives Gilles Vachet a assuré la couverture des courses sous harnais pendant 17 ans à l’hippodrome Blue Bonnets. Il adorait les chevaux.

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C’est arrivé le 21 juillet dernier. Par une journée chaude et ensoleillée, mon ancien collègue Gilles Vachet est parti pour le grand voyage. Son départ a causé une onde de choc. Mourir à 65 ans, c’est encore trop tôt. Deux mois plus tard, sa famille et ses amis ne le réalisent toujours pas tout à fait.

Gilles a été une dynamo du Journal de Montréal durant 37 ans. C’est le mot que Jacques Beauchamp utilisait quand il parlait des jeunes loups qu’il avait embauchés pour former la section sportive du Journal dans les années 1970.

La paie n’était pas grosse, mais les petits gars se défonçaient pour M. Beauchamp et Pierre Péladeau, le fondateur du Journal. Monsieur Pierre, comme l’appelait son directeur de la section sportive qu’il avait « arraché » au Montréal-Matin.

Boule d’énergie

La première gang des sports était hétéroclite. On y retrouvait des bonshommes de toutes les sortes. 

Gilles était le boute-en-train du groupe. Pas très grand, il était une boule d’énergie. Quand il arrivait quelque part, il monopolisait l’attention. Il pouvait monter sur une table et imiter Elvis.

C’était sa façon de s’attirer la sympathie des gens. Tout ce qu’il voulait, c’est d’être aimé. 

Or, son côté désinvolte ne plaisait pas à tout le monde. Certains de ceux-là pouvaient être méchants avec lui et si quelqu’un ne méritait pas ça, c’était bien Gilles. Il était un tendre. Il n’avait aucune malice. 

C’était un être d’une grande candeur.

Mal de vivre

Derrière son masque de fou du roi se cachait un homme qui avait le mal de vivre. C’est le cas de bien des comiques.

Ce sont des clowns tristes.

Gilles gardait pour lui les tracas qui le minaient. Il n’avait personne à distraire quand il rentrait chez lui. Son amour, il le donnait aux perroquets qu’il a eus au fil des années.

Larry Beseski, qu’il avait connu quand il suivait les activités de la Ligue de baseball Montréal élite, a été son plus grand ami. Les moins jeunes se souviendront de ce grand blond qui a évolué avec les Aigles et le Concorde de Laval.

Ses connaissances du baseball l’ont mené à la tête de l’Académie de baseball du Québec, qu’il dirigeait conjointement avec Richard Émond et Jean-Gilles Gagnon.

Ami du baseball junior

Pendant plusieurs années, Larry a été entraîneur en chef des Élites du Québec, qui regroupaient des joueurs de 15 et 16 ans qui jouaient contre les formations de l’ancienne Ligue Montréal junior et des équipes américaines.

Les jeunes s’entraînaient une partie de l’hiver en Floride. C’était du jamais vu dans le baseball québécois.

Larry raconte : « C’est Gilles qui nous avait mis au monde. Il avait mis les élites sur la mappe avec ses articles.

« Il nous suivait partout. Ses reportages sur la Ligue Montréal junior contribuaient à créer des rivalités entre les équipes. Il mettait du monde dans tous les parcs. »

Quand la saison de baseball junior prenait fin, il passait à la Ligue de hockey junior AAA.

Amant des chevaux

Gilles couvrait plusieurs autres sports. Quand M. Beauchamp ou ses successeurs, Gilles Terroux, Bertrand Raymond et tous les autres qui l’ont suivi au poste de directeur de la section sportive, avaient besoin d’un journaliste au pied levé, Gilles était leur homme.

Gilles rimait avec les Mardis cyclistes de Lachine, fondés par l’infatigable Tino Rossi, un autre de ses fidèles amis. Il a aussi longtemps couvert les Régates de Valleyfield.

Il raffolait également des courses sous harnais, dont il a couvert les activités pendant 17 ans à l’hippodrome Blue Bonnets. Il adorait les chevaux. 

La disparition des Québécois de Montréal, dont il a suivi les péripéties durant leurs deux années d’existence dans la Ligue nationale de crosse, lui causa un grand chagrin.

C’est de là que lui vint son surnom de Sad Pup.

Il était assigné à la couverture des Canadiens de Sherbrooke quand l’ancien club-école du Canadien a remporté la coupe Calder en 1985, grâce au brio d’un certain Patrick Roy qui venait de terminer son stage junior. 

Comme son petit frère

Henri Richard, qui habitait la même tour à condos que lui à l’Île-Patton, l’aimait bien. Quand on lui parlait de Gilles, il répondait toujours : « Tout un numéro, ce Gilles ! Mais c’est un bon p’tit gars ».  

Comme Beseski, le bon Henri, qui nous a quittés lui aussi en mars dernier appréciait Gilles pour ce qu’il était. Un gars simple et attentionné.

« Gilles, c’était comme mon petit frère que je voulais protéger, dit Larry. Il ne faisait de mal à personne. »

Sa famille, ses amis et ses anciens collègues vont lui rendre hommage, dimanche. De concert avec Larry Beseski, sa sœur Mélissa a mis sur pied un petit musée où on retrouvera plusieurs souvenirs de la carrière de Gilles dans la grande salle du salon Alfred-Dallaire, boulevard Saint-Martin Est, à Laval. 

On entendra même une chanson d’Elvis que Gilles avait enregistrée. Pour se faire plaisir et pour faire plaisir à ses chums.

Ses amis Larry et Tino porteront son cercueil lors de ses funérailles, qui se tiendront à l’église Saint-Martin (boulevard Saint-Martin Ouest), lundi. L’ancien conducteur de courses attelées Gilles Gendron et le journaliste retraité François Ferland seront du groupe.

Au revoir, Pup.