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Marguerite Blais: qui est surpris?

La ministre des Aînés, Marguerite Blais
Photo d'archives, Simon Clark La ministre des Aînés, Marguerite Blais

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François Legault se félicitait, au printemps 2018, d’avoir convaincu la libérale Marguerite Blais de faire le saut à la CAQ...

Chronique d’un fiasco annoncé

La scène se passe en avril 2018. Marguerite Blais, ex-députée et ministre libérale, se trouve dans la circonscription de Prévost. Dans le cadre d’un rassemblement politique partisan. Il ne s’agit pas de l’annonce de son retour en politique, pas du tout. 

Ce jour-là, Marguerite Blais est venue appuyer sa famille politique libérale et offrir son soutien à la candidate Naomie Goyette, qui vient d’être investie par le PLQ dans Prévost.

Tout sourire, Marguerite Blais pose avec ses anciens collègues. Le 8 avril 2018.

Quoi de plus banal, n’est-ce pas? 

Le 8 mai, un mois plus tard bien sonné, l’ex-ministre responsable des Aînés sous le gouvernement de Jean Charest d’avril 2007 à septembre 2012 annonce qu’elle sera candidate pour la CAQ!

Oui, oui. Après avoir offert son soutien à la candidate libérale dans Prévost un mois avant, voilà que Marguerite Blais annonce qu’elle essaiera de défaire cette candidate en se présentant contre elle, pour la CAQ.

Faut dire que les sondages étaient très favorables à la CAQ. 

Dissonances idéologiques

Cette nouvelle avait eu l’effet d’une petite bombe politique, à l’époque. «Marguerite Blais à la CAQ?» avait-on entendu à l’Assemblée nationale. La principale intéressée avait dit que «le courant avait passé» entre elle et François Legault. Peut-être aussi l’attrait d’une limousine ministérielle, mais, bon...

C’est que Marguerite Blais était perçue comme une libérale «progressiste». 

Le journaliste du Soleil Jean-Marc Salvet avait recueilli les réactions de députés à propos de cette nouvelle: 

«L’étonnement dominait, mardi, sur la colline Parlementaire. La ministre de la Justice, Stéphanie Vallée, a laissé tomber qu’elle aurait davantage imaginé Mme Blais chez Québec solidaire. Son collègue de la Santé, Gaétan Barrette, a évoqué une incompatibilité intellectuelle entre elle et son parti d’adoption. [...]

«Pour le solidaire Gabriel Nadeau-Dubois, l’arrivée de Mme Blais à la CAQ illustre l’existence de “portes tournantes” entre le parti de François Legault et les libéraux.

«La vice-chef du Parti québécois, Véronique Hivon, juge la décision de l’ex-ministre libérale “assez incroyable”, elle qui était “réputée la plus progressiste des libéraux”.»

Dans un texte intitulé «Dissonances caquistes», j’avais aussi fait remarquer que ce changement d’allégeance avait quelque chose de troublant. Surtout que la prémisse de l’explication de Marguerite Blais pour justifier son geste avait quelque chose de faux.

Sables mouvants

Cette conversion caquiste était assez difficile à expliquer, même pour la principale intéressée. 

Par exemple, dans le cadre d’une entrevue à l’émission estivale de Jean-Philippe Waultier Le beau dimanche, en juillet 2018, Marguerite Blais avançait qu’elle avait quitté son parti, le PLQ, depuis trois ans

«On s’est quittés il y a trois ans. Trois ans plus tard, est-ce que je peux choisir un autre chum? [...] Est-ce qu’on entre en politique comme on entrait en religion? Ç'a changé énormément.»

Ah, bon. Pendant que Marguerite Blais faisait cette affirmation, elle apparaissait toujours sur la photo de famille libérale des réseaux sociaux de la candidate du PLQ Naomie Goyette dans la circonscription où Blais se présentait pour la CAQ!

Surtout, ce qui est frappant, dans l’entrevue citée plus haut, c’est l’explication de l’ex-ministre responsable des Aînés concernant la situation dans les CHSLD: 

«Quand j’étais ministre responsable des Aînés, je n’avais pas la responsabilité des CHSLD, qui sont dans le ministère de la Santé et des Services sociaux. [...] mais c’était le ministre de la Santé [qui avait le pouvoir concernant les CHSLD], sauf quand je suis allée à l’opposition, le Parti libéral a été à l’opposition et j’ai eu la responsabilité des dossiers qui concernaient l’entièreté des aînés. J’ai initié une commission parlementaire pour examiner les conditions de vie des aînés hébergés en CHSLD et j’ai déposé le projet de loi 399 pour combattre la maltraitance chez les personnes en CHSLD.»

En 2018, dans Prévost, le candidat du PQ était nul autre que Paul St-Pierre Plamondon. À ces assertions de Marguerite Blais, il avait tenu à répliquer: 

«Il est absolument faux d’affirmer qu’à titre de ministre des Aînés de 2007 à 2012, Marguerite Blais n’avait pas le pouvoir d’aider les plus vulnérables et nos aînés dans les CHSLD. Son ministère avait les pleins pouvoirs sur tout ce qui touchait la condition des aînés, mais, tel qu’on l’apprenait la semaine dernière, jamais le gouvernement de Jean Charest n’a cru bon de s’enquérir de la situation des aînés en CHSLD ou de la désuétude de ces bâtiments.»

Aujourd’hui, on s’étonne que Marguerite Blais «jette une part du blâme» pour le fiasco des CHSLD sur François Legault et Horacio Arruda (comme le titrait en ces mots, hier, Le Soleil). 

Rien de surprenant là. C’est un refrain que l’on a déjà entendu maintes fois dans le passé. 

À l’émission La Joute, hier, l’ex-député et toujours médecin Amir Khadir a eu des mots durs, mais justes, concernant l’action ministérielle de Marguerite Blais: 

«Sur le plan politique, elle n’a jamais pris ses responsabilités. Moi, je lui parlais de la corruption chez les libéraux. Eh bien, elle s’en lavait les mains, puis, aujourd’hui, elle se lave les mains de toute responsabilité... Alors, pourquoi est-elle en politique? Moi, je pense qu’il est plus que temps que Marguerite Blais démissionne.»

Ce à quoi la panéliste et ex-députée Caroline St-Hilaire ajoute qu’en démissionnant, Marguerite Blais rendrait service à François Legault...

La réalité, c’est que ce fut une erreur de François Legault, que de recruter cette politicienne. 

S’il est vrai que ce fut payant, lors de la campagne électorale de 2018, que de compter sur une certaine caution, une image plus à gauche socialement que lui offrait la candidature de Marguerite Blais, aujourd’hui, le chef caquiste paie cash l’ajout de cette transfuge qui, manifestement, ne s’embête pas avec le concept de solidarité ministérielle.

Le premier ministre doit donc se dépatouiller avec les déclarations de sa ministre. Pas de sa faute. 

Quand la CAQ a recruté Marguerite Blais, en 2018, on disait que ce parti, étant une «coalition», pouvait très bien accueillir à la fois un Youri Chassin de l’Institut économique de Montréal et une Marguerite Blais. 

On est en droit de se demander si cette dernière y a vraiment cru.