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«On m’a volé quatre ans et demi»

Nathalie Normandeau dit avoir «énormément souffert» depuis 2016 et clame toujours son innocence

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Nathalie Normandeau se réjouit d’avoir obtenu « justice », plus de quatre ans après son arrestation, mais n’en revient toujours pas d’avoir été accusée, en premier lieu, pour des gestes qu’elle dit n’avoir « jamais commis ».

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« On m’a volé quatre ans et demi de ma vie. Ces années perdues, je ne pourrai jamais les retrouver », a-t-elle déclaré en réaction à la décision du juge André Perreault, qui a ordonné l’arrêt des procédures, vendredi, en raison des délais « déraisonnables ».  

Photo Didier Debusschère

Très émue lorsqu’elle a abordé les impacts de son arrestation sur sa vie personnelle et professionnelle, l’ancienne ministre libérale, sous Jean Charest, a dû faire une pause d’une dizaine de secondes avant de pouvoir enchaîner, lors d’une mêlée de presse devant le palais de justice de Québec. 

« C’est extrêmement difficile de vivre avec des accusations criminelles. Bien honnêtement, je ne souhaite pas ça à mon pire ennemi. Ma vie a été mise en suspens, ma famille et moi avons énormément souffert [...] Humainement parlant, c’est totalement inacceptable que j’aie attendu quatre ans et demi avant d’obtenir justice. »      

  • ÉCOUTEZ l'entrevue avec l'avocat de Nathalie Normandeau, Me Maxime Roy, sur QUB radio:    

Une décision « inattaquable »

Mme Normandeau a dit espérer que le DPCP accepte la décision du juge Perreault, et renonce à faire appel. La décision de 81 pages est « précise, savante, réfléchie », voire « inattaquable » selon son avocat, Me Maxime Roy. Ce dernier considère que le dossier est « maintenant terminé ».

Photo Didier Debusschère
  • Écoutez Nicole Gibeault, juge à la retraite, sur QUB radio:    

« Dès le jour de mon arrestation, mon avocat a affirmé que cette histoire avec la justice n’aurait jamais dû avoir de commencement. Ça aura pris quatre ans et demi pour lui donner raison. Jamais je n’aurais dû être accusée, jamais », a insisté Nathalie Normandeau, rappelant qu’elle avait toujours clamé son innocence.

« Malgré la décision de la Cour suprême (NDLR l’arrêt Jordan), on s’est foutu royalement des délais en question, et moi, j’ai posé une multitude de gestes pour obtenir un procès, pour accélérer les procédures et chaque fois, je me suis fait dire non, et les portes se sont fermées. À un moment donné, tu dis : “Elle est où la justice ?” » a-t-elle renchéri. « J’aurais souhaité avoir un procès pour faire éclore la vérité, mais bon... » 

  • Écoutez Amir Khadir, ancien député de Québec solidaire, sur QUB radio:    

« Ma réputation est entachée »

Sachant pertinemment que des doutes subsisteront à son égard, Nathalie Normandeau a indiqué qu’elle avait déjà suffisamment payé et qu’elle devra vivre avec le poids de sa mise en accusation jusqu’à la fin de ses jours.

Photo Didier Debusschère

« Ma réputation est entachée et mon nom a été sali sur la place publique. » En entrevue en après-midi au micro de son ex-employeur, le FM93, elle a confirmé qu’elle n’excluait pas de poursuivre l’État.

« Je ne dis pas oui, je ne dis pas non. C’est long, la justice. J’ai-tu encore le goût d’embarquer là-dedans ? J’aurai une décision à prendre au cours des prochaines semaines. »

Mme Normandeau n’a pas caché qu’elle « aimerait beaucoup » refaire de la radio. Elle planche toujours, par ailleurs, sur la rédaction d’un livre pour raconter sa propre version des faits.

— Avec la collaboration de Taïeb Moalla

Des réactions de la classe politique  

Photo Stevens LeBlanc

« Ce que je demande aujourd’hui, c’est des explications. C’est un examen de conscience autant des forces policières de l’UPAC que du DPCP, et que cet examen-là se fasse avec une résonance publique. » 

— Véronique Hivon, députée du Parti québécois

Photo Jean-François Desgagnes

« C’est honteux. Je suis en colère et je comprends la colère des gens. Cette décision abîme la confiance des Québécoises et des Québécois envers nos institutions. La justice est incapable d’épingler un seul responsable du régime de corruption instauré par
le Parti libéral. »

— Gabriel Nadeau-Dubois, député de Québec solidaire

Photo Jean-François Desgagnes

« Nous prenons connaissance du jugement et nous en ferons l’analyse. Nous n’émettrons pas davantage de commentaires pour l’instant. »

— Le cabinet de Simon Jolin-Barrette, ministre de la Justice

Photo Simon Clark

« Les Québécois sont assez intelligents pour comprendre qu’elle a été injustement accusée, et je lui souhaite de pouvoir faire une carrière et mettre ça derrière elle pour regarder en avant. [...] Je l’appuyais, je l’appuie et je vais toujours l’appuyer. »

— Christine St-Pierre, députée du Parti libéral 

Les six coaccusés qui sont libres comme l’air  

Nathalie Normandeau

Photo Didier Debusschere
  • Ancienne vice-première ministre libérale et ex-ministre des Affaires municipales   

Marc-Yvan Côté

Photo Didier Debusschere
  • Ex-dirigeant de la firme Roche, ex-ministre libéral aux Transports et à la Santé, ex-organisateur politique   

Bruno Lortie

Photo Didier Debusschere
  • Ancien chef de cabinet de Nathalie Normandeau   

Mario Martel

Photo Simon Clark
  • Ex-président de la firme d’ingénierie Roche   

France Michaud

Photo Didier Debusschere
  • Ex-vice-présidente de la firme Roche   

François Roussy

Photo Didier Debusschere
  • Ex-maire de Gaspé et ex-attaché péquiste  

L’UPAC et le DPCP les soupçonnaient d’avoir participé à un système de financement politique occulte en échange de contrats publics.