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«La pension Caron» de Jean-Pierre Charland: des mentalités dures et intolérantes

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Photo Joël Lemay Portrait de l’écrivain Jean-Pierre Charland, à Chambly.

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L’historien et professeur Jean-Pierre Charland brosse un portrait très intéressant des mœurs de la société montréalaise à la fin des années 1930 dans sa toute nouvelle série, La pension Caron. Décrivant Montréal après une crise qui n’en finit plus, il montre, à travers des personnages colorés, comment les gens tentaient de tirer leur épingle du jeu, tant bien que mal. Les «fréquentations» étaient enrégimentées, codées et bien complexes à l’époque!

En 1937, Louis Bujold doit faire comme les autres célibataires de l’époque lorsqu’il part d’Ottawa pour trouver du travail à Montréal. Il s’installe dans une pension de famille tenue par la veuve Cédulie Caron et sa fille Précile, toujours sans cavalier à 30 ans. Sa vie s’organise autour de son travail dans une compagnie d’assurance vie, sous l’œil attentif des femmes qui rêvent d’un «bon parti».

Jean-Pierre Charland montre avec finesse et humour à quel point les relations sociales pouvaient être crispées à cette époque. «Le vrai changement surviendra à la fin des années 50 et au début des années 1960. En ce qui concerne les mentalités, ça reste aussi cliché que ça l’était 30 ans plus tôt», note-t-il.

Amour et argent

Il souhaitait aborder beaucoup de thématiques dans cette nouvelle série, entre autres les contraintes liées à l’argent, la notion de «femme perdue», les «bonnes convenances» et le «marché du mariage». 

«On n’a pas l’habitude tellement, de nos jours, de soumettre les rapports amoureux à la conjoncture économique. Mais à l’époque, compte tenu qu’il n’existe aucun programme d’aide, les gens sont très fortement touchés. La société sera sur pause. Les mentalités de l’époque étaient très dures et très intolérantes.»

Les pensions

Le romancier explique qu’il était courant, à l’époque, que les célibataires s’installent dans une pension de famille lorsqu’ils vivaient en ville. Dans son roman, on a le sentiment qu’il soulève un pan de rideau pour permettre à ses lecteurs de voir comment les choses se passaient. Et c’est divertissant à souhait!

«Ce n’était pas possible de s’installer seul. Tout était beaucoup plus compliqué. Faire le lavage, faire à manger, c’était beaucoup plus compliqué qu’aujourd’hui : on ne passait pas chez IGA dans le rayon des aliments préparés pour s’amener un petit souper à la maison! Quand un homme vit seul et que personne ne commence à préparer le souper pour lui à 2 h 30 l’après-midi, eh bien, il ne mangera pas, le soir. Il n’y a aucune alternative. Soit on vit dans une pension, soit on vit dans une chambre, avec accès à un restaurant.»

Il aime l’effet «microcosme» de la pension. «Ce sont des gens qui viennent d’horizons divers. Rappelez-vous la dynamique de La Pension Velder à Radio-Canada : elle ressemble beaucoup à celle de la pension Caron. La dernière émission de télévision où il y avait une pension, c’était Symphorien. C’était une vraie pension au modèle traditionnel.»

Les gens vivaient en pension avant de se marier, précise-t-il. «L’idée de la pension telle que je la présente dans mon roman, ça ressemble à un mode de vie d’une petite auberge, au fond. On est logé et nourri, un peu comme un bed and breakfast. Dans les campagnes, des gens avaient aussi des pensionnaires : un seul locataire qui vivait au sein de la famille. Ça se faisait beaucoup dans les campagnes. Louis Hémon a vécu chez des cultivateurs.»

Une panne de courte durée!

Par ailleurs, Jean-Pierre Charland a appliqué un remède de cheval à l’anxiété qui lui a causé une petite panne d’écriture pendant le confinement : le travail. Cette année, il publiera quatre romans! «Comme je ne peux rien faire d’autre, j’écris!»

EXTRAIT  

«Chaque samedi soir passé dans le salon de la pension représentait un échec pour les célibataires. À la campagne, les habitants prenaient leur bain pour ne pas empester le lendemain à la grand-messe. Une gentille attention pour le curé. À la ville, chacun invitait sa chacune au restaurant, au cinéma. Les plus audacieux allaient danser ou assistaient à un spectacle dans un cabaret.»

<b><i>La pension Caron, Tome 1: Mademoiselle Précile</i></b><br />Jean-Pierre Charland<br />Éditions Hurtubise<br />366 pages
Photo courtoisie
La pension Caron, Tome 1: Mademoiselle Précile
Jean-Pierre Charland
Éditions Hurtubise
366 pages

  

  • Jean-Pierre Charland est titulaire d’un doctorat en histoire et d’un autre en didactique.     
  • Il a publié de nombreuses séries à succès, dont Les Portes de Québec, Les Années de plomb, Le Clan Picard et Les Folles Années.     
  • Le tome 2 sortira en novembre et le tome 3, en février 2021.     
  • Il a écrit un roman d’anticipation qui sortira au printemps 2021, Covid 23, mettant en scène un bibliothécaire et son chien.