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L’autonomie alimentaire réaliste

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Photo d'archives, Simon Clark On dit souvent qu’on achète un prix. C’est vrai, mais on achète un goût, aussi.

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Elle est très porteuse, l’idée du gouvernement Legault de soutenir le développement de la surface de culture de légumes en serre, notamment en offrant des tarifs d’électricité avantageux aux producteurs. Il faut toutefois y aller avec des objectifs réalistes.

Dès qu’on parle d’autonomie alimentaire au Québec, il y a toujours des esprits chagrins pour venir dire qu’on ne fera pas pousser de citrons sur la Côte-Nord et qu’on ne se contentera pas de manger du navet à l’année. Cela tient de l’évidence.

Par contre, on peut très réalistement penser faire augmenter de façon considérable la part de produits québécois qui se retrouvent dans notre assiette, et ce, de deux manières : en s’assurant qu’ils soient visibles et accessibles et en misant sur ce dans quoi on est bon.

«  Fabriqués au Québec »

D’abord, il faut admettre que ce n’est pas simple de savoir si on a un produit québécois dans les mains. D’abord, on ne s’entend pas toujours sur ce qu’est un aliment du Québec. Pour des fraises de l’île d’Orléans, c’est simple, mais on sait que le café torréfié et moulu au Québec n’a pas poussé sur le flanc sud des collines des Appalaches.

Il y a bien les petits logos jaunes « Aliments du Québec » et « Aliments préparés au Québec » que l’on peut apercevoir sur différents items qu’on trouve à l’épicerie et qui nous permettent d’y voir plus clair. Bien souvent, toutefois, il faut vraiment vouloir les chercher. Ça ne saute pas dans la face.

Heureusement, de plus en plus de détaillants comprennent que c’est populaire de mettre les aliments du Québec de l’avant, à tout le moins pendant la belle saison. La popularité des marchés publics en témoigne : tout le monde aime dire à ses invités qu’il leur sert du blé d’Inde qui a poussé à Neuville.

Ça ne suffit toutefois pas à maximiser la part d’aliments québécois consommés ici. Sans ça, on n’aurait pas plus de facilité certains jours à trouver des framboises de Californie qui goûtent l’air alors que les champs d’ici en sont pleins. 

La saveur Québec

On dit souvent qu’on achète un prix. C’est vrai. Une proportion importante de consommateurs, si ce n’est la majorité, fera toujours le choix de mettre l’aliment le moins cher dans son panier. Ça ne sert à rien de donner l’électricité aux producteurs en serre si l’actionnaire d’Hydro-Québec qu’est le citoyen québécois n’en a pas pour son argent rendu à l’épicerie.

Cela dit, on achète un goût, aussi. Des carottes de jardin qui goûtent encore vaguement la terre, c’est un produit supérieur à un deux livres de grosses carottes en sac venu d’on ne sait où. Les petits emballages de pommes de terre à assaisonner et à mettre sur le barbecue venus des États-Unis font bien pour dépanner, mais ça ne battra jamais des patates nouvelles du Québec qui viennent de sortir de terre.

Il faut miser sur l’authenticité et la fraîcheur de nos aliments, donc, surtout l’été et l’automne. Il faut toutefois être réaliste et reconnaître qu’il y a des limites à ce qu’on peut faire pousser en serre pour avoir la même satisfaction. C’est de valeur, mais une tomate hydroponique, ça ne goûte pas comme une tomate de champ.

Il faut miser dans ce dans quoi on est bon. On n’aura jamais de bananes du Québec ou de kiwis de la Montérégie (encore que, avec la génétique, ça pourrait être surprenant !), mais on peut étirer la saison de ce qu’on réussit bien ici en misant sur la conservation et la transformation.

Plein les armoires

La volonté du gouvernement de la CAQ issue d’une promesse électorale est donc très louable. Oui, il y a des gains à faire en misant sur la production en serres. La proportion d’aliments ainsi cultivés augmente déjà dans notre frigo, alors que le Québec, pesant pour 20 % de la population canadienne, ne produit que 10 % de ses légumes.

Investissons dans la production en serre, donc, mais encourageons également le développement d’entreprises qui peuvent rendre nos produits accessibles à l’année. Des confitures, des marinades, des produits surgelés, lyophilisés ou lactofermentés, on en a déjà plein les armoires. Pourquoi ne pas en avoir plus en provenance du Québec ?

Le savoir-faire québécois ne se cultive pas que dans les champs. Conserver nos aliments pour passer les hivers, ça fait des siècles que l’on fait ça.