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Le seul assassinat politique prémédité de l’histoire du Canada?

Les journalistes Antoine Robitaille et Dave Noël dans le cadre de la sortie du documentaire «Le dernier felquiste».
Photo Stevens Leblanc Les journalistes Antoine Robitaille et Dave Noël dans le cadre de la sortie du documentaire «Le dernier felquiste».

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Le 29 mars 1971, un jeune felquiste est assassiné de deux balles dans la tête en banlieue de Paris. Un demi-siècle plus tard, les meurtriers courent toujours.

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Dans le cadre d’une série documentaire présentée à compter du 1er octobre, le chroniqueur au Journal de Montréal Antoine Robitaille et l’historien Dave Noël (Le Devoir) se replongent dans cette aventure rocambolesque à la conclusion tragique dans l’espoir de tirer les choses au clair.

«C’est plus qu’un meurtre non résolu. C’est un meurtre politique, c’est vraiment ce qui le distingue, estime ce dernier. Un felquiste assassiné en exil, en banlieue de Paris, il n’y a pas d’autres exemples de cas aussi étonnant qui implique potentiellement plusieurs pays et plusieurs services de police aussi.»

  • Écoutez l'entrevue d'Antoine Robitaille avec Louis Fournier, journaliste et auteur du livre "F.L.Q.: histoire d'un mouvement clandestin":

Mario Bachand, 27 ans au moment de sa mort, était un peintre qui a milité au sein de la première vague du Front de libération du Québec (FLQ) dès 1963. Arrêté cette même année pour avoir posé des bombes dans des boîtes aux lettres à Westmount, il est finalement libéré en 1965 avant d’être coffré de nouveau trois ans plus.

Il fuit finalement le Québec pour Cuba, puis la France, où il loge en banlieue de Paris, à Saint-Ouen, chez un ami, Pierre Baral. Le jour de sa mort, Mario Bachand reçoit vers midi la visite d’un couple de Québécois qu’il ne connaît pas. Après avoir dîné avec la bande, Pierre Barral part pour l’université, puis revient en soirée et trouve le corps ensanglanté de son ami.

Mario Bachand, assassiné le 29 mars 1971
Photo d'archives
Mario Bachand, assassiné le 29 mars 1971

Encore aujourd’hui, l’affaire Bachand alimente les théories les plus folles qu’exposent, dans le documentaire Le dernier felquiste, les journalistes Robitaille et Noël au terme d’une enquête d’une décennie.

  • Écoutez l'entrevue de Pierre Nantel avec Dave Noël sur QUB radio:

Parmi celles-ci, la possibilité d’un assassinat politique commandé par la Gendarmerie royale du Canada (GRC) marque les esprits. C’est d’ailleurs la découverte d’un document inédit dans les archives de la police politique de Robert Bourassa, le CAD (Centre d'analyse et de documentation), qui a lancé l’idée de cette série documentaire.

«On a pris conscience que le FLQ c’était un mouvement avec des ramifications internationales. Ils connaissant les Blacks Panthers, l’IRA. Ils se promenaient. Ils étaient à Cuba, ils avaient une délégation générale à Alger et Bachand était mêlé à tout ça», explique Antoine Robitaille.

Les journalistes Antoine Robitaille et Dave Noël dans le cadre de la sortie du documentaire «Le dernier felquiste».
Photo Stevens Leblanc

Mais tout n’est pas simple puisque Mario Bachand, considéré au sein même du FLQ comme un extrémiste de gauche, s’était fait plusieurs ennemis au fil des ans et de ses voyages à travers le monde. D’où la thèse d’un règlement de compte au sein même de l’organisation.

Malgré le caractère rocambolesque de cette affaire, elle reste relativement méconnue et occultée par la crise d’octobre, estiment les deux journalistes.

«La mémoire a retenu essentiellement du FLQ les bombes dans les boîtes aux lettres à Westmount et les enlèvements de la crise d’octobre. Le reste a été complètement oublié», dit Noël avant d’ajouter que les membres du FLQ continuent d’être actifs au-delà de l’année 1970.

Leur documentaire, présenté sous la forme d’une enquête en six épisodes d’une heure, sera présenté sur le service Club Illico à compter du 1er octobre.

CITATIONS-CHOCS      

«Bachand, c'est un des personnages les plus fascinants de toute l'histoire du FLQ»

-Louis Fournier, historien

«Franchement là. Les gens sont malades. Penser à une chose comme ça c’est ridicule, totalement ridicule et irresponsable. Pourquoi la gendarmerie aurait envoyé un assassin pour descendre Mario Bachand. Il était à Paris, so what? Il n’était pas une menace pour l’État canadien»

-Marc Lalonde, ancien chef de cabinet de Pierre-Elliott Trudeau