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Rêve ou lubie?

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L’idée de rendre au Québec son indépendance alimentaire est à la mode. Plusieurs y voient l’occasion de stimuler l’économie locale. Certains, plus militants, croient qu’on devrait nourrir tout le Québec avec le seul travail de petits producteurs. Voici quatre raisons qui, selon moi, font en sorte que ce rêve restera inachevé.

1. La spécialisation extrême

Certains pensent qu’indépendance alimentaire rime avec petits artisans. Or, avec une population qui augmente et des terres agricoles transformées en condominiums, l’enjeu de la productivité n’a jamais été aussi important.

La triste réalité, c’est que ce sont les grosses exploitations agricoles qui nourrissent les Québécois. Pas les petits jardiniers qui font pousser un peu de tout.

Les grandes exploitations agricoles sont technologiquement avancées. Elles automatisent de plus en plus de procédés et sont très efficaces. Par conséquent, elles engendrent des surplus alimentaires qui doivent être exportés. 

Pensez-y : presque 20 % de nos exportations agricoles sont des produits du porc. On se verrait très mal manger des côtes levées trois fois par jour au nom de l’autonomie alimentaire ! 

2. La relève agricole

Notre secteur agricole a des problèmes de main-d’œuvre. C’est l’éléphant dans la pièce. En 2018, nous avons accueilli 14 653 travailleurs temporaires étrangers. Et ce nombre est en croissance.

Les Québécois ne veulent pas fournir d’huile de coude dans ce secteur. C’est un problème difficile à résoudre. Comment peut-on prétendre avancer vers l’indépendance alimentaire lorsque ce sont des Mexicains qui cueillent nos propres légumes ?

Ce n’est pas tout. Les propriétaires d’exploitations agricoles ont de la difficulté à trouver de la relève. On n’est plus à l’époque où hériter de silos et de quotas de lait était le rêve d’une vie. 

3. Les distributeurs récalcitrants

L’ancien ministre péquiste Jean Garon – avec qui je n’ai pas de lien de parenté – rêvait d’indépendance alimentaire. Comme il le disait lui-même, l’atteinte de cet objectif repose sur une volonté commune des producteurs, des transformateurs, des gouvernements et des distributeurs.

L’ex-ministre pensait que les épiceries étaient aussi stratégiques pour notre développement qu’Hydro-Québec. Or, on constate aujourd’hui que les distributeurs étrangers ont parfois tendance à bouder les produits locaux. Le prix de nos produits se doit donc d’être des plus compétitifs !

4. Notre climat

Je suis surpris d’avoir à l’écrire tellement c’est évident. Le climat du Québec n’est pas adapté à la majorité des cultures. Comment se fait-il qu’on doive répéter, encore et encore, que nous ne ferons pas pousser d’oranges et de cacao ici ?

Même dans le cas de cultures mieux adaptées, fournir tout le Québec en légumes frais pendant l’hiver n’est peut-être pas une bonne chose. On doit se poser la question : à quel prix ?

Certains demandent à ce qu’Hydro-Québec fournisse de l’électricité aux agriculteurs à des tarifs préférentiels. C’est une idée intéressante, mais ça reste une subvention, ultimement payée par le contribuable. 

5. Un idéal à contre-courant ?

Pour terminer, notons que l’Organisation mondiale du commerce (OMC) travaille fort pour réduire le protectionnisme en matière agricole. Plusieurs pays africains sont d’avis que nos subventions aux agriculteurs les maintiennent dans la pauvreté en les empêchant d’exporter.

Ajoutons que les consommateurs se soucient beaucoup des prix des aliments. L’épicerie représente une grosse partie du budget de beaucoup de familles. Si l’importation d’aliments permet de les vendre moins cher, alors pourquoi pas ?

L’idée de vouloir s’isoler sur le plan alimentaire ne va pas nécessairement de soi. Surtout si on aime avoir de la diversité dans nos assiettes. Ce qui ne m’empêche pas de penser que notre secteur agricole a besoin de plus de soutien, d’innovation et qu’il s’agit d’un enjeu prioritaire.